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Quand manger devient risqué
Consommer de la nourriture vendue dans la rue comporte-t-il des risques ? Les faits parlent d?eux-mêmes. Il y a deux semai-nes, quelque 200 personnes étaient victimes d?empoisonnement alimentaire à Flacq après avoir consommé des kebabs vendus par un marchand.
« Avec le nombre de personnes infectées, nous avons frôlé un drame à Flacq, et heureusement que les séquelles n?ont pas été plus graves. Le Food Act pèche par son manque d?application et de suivi », constate Jayen Chellum de l?Association des consommateurs de l?île Maurice (ACIM).
La législation sur la sécurité des aliments aurait-elle pu prévenir et empêcher ces cas d?empoisonnement dans la région de l?Est ? Le chef inspecteur sanitaire au ministère de la Santé, Sunil Sohun, tempère les choses et estime que dans toute chaîne alimentaire, il y a des événements qui restent au-delà du contrôle des inspecteurs. « Les dispositions du Food Act sont certes très strictes. Toutefois, pour ce qui est arrivé à Flacq, nous ne savons pas comment le marchand a conservé la viande. Tout dépend de son niveau de conscience professionnelle. En voulant vendre le maximum de kebabs, il a écoulé une viande qui était mal cuite. »
Toutefois, des critiques pour le moins acerbes fusent pour déplorer le manque d?application du Food Act et les dispositions de la législation qui sont restées lettre morte. Preuve de l?indulgence des autorités : ces marchands de dholl puris et de kebabs qui manipulent en même temps la nourriture et l?argent, déplore José Mondré, secrétaire exécutif de l?Institute for Consumer Protection (ICP).
Les marchands affirment agir ainsi pour des raisons pratiques, quitte à enfreindre les dispositions du Food Act, et ils ne veulent pas employer une tierce personne pour réceptionner l?argent. Plusieurs autres infractions ont lieu, comme le non-usage de verres jetables dans la vente d?alouda, sans parler de ceux qui fument et manipulent la nourriture en même temps.
Si dans les années 90, il y avait une moyenne de 50 cas d?empoisonnements alimentaires par an, en 2004, 160 cas ont été répertoriés. Et jusqu?au mois de novembre 2007, 650 cas ont été enregistrés, tandis que pour la même période, les inspecteurs sanitaires du ministère de la Santé ont donné 167 contraventions pour non-respect de l?hygiène, en vertu des normes du Food Act.
« La situation risque d?empirer »</B>
Outre ce faible taux de verbalisation, Jayen Chellum observe que « la situation risque d?empirer. L?augmentation du chômage s?est traduite par le développement du secteur informel de l?alimentation ». Si les marchands de fast food sont plus nombreux, l?hygiène alimentaire aurait, u contraire, tendance à se réduire comme une peau de chagrin.
Autre faille constatée : l?absence de coordination entre les différentes cellules de veille. « Quelle coordination existe-t-il entre le gouvernement et les autorités municipales et villageoises pour optimiser les ressources pour la sécurité alimentaire ? », s?interroge Jayen Chellum. Et là, c?est la guéguerre entre officiers sanitaires du gouvernement et inspecteurs sanitaires basés dans les administrations régionales.
Un préposé du ministère de la Santé estime que les inspecteurs sanitaires employés par les administrations locales manquent de « volonté d?agir » et il dénonce leur laxisme. « Il y a des inspecteurs en permanence dans les marchés.
Or, c?est nous, les inspecteurs sanitaires du ministère, qui agissons en mettant de l?ordre », déclare un interlocuteur.
Or, du côté des Administrations régionales, on rétorque que la loi sur la sécurité des aliments est restrictive.
« À la municipalité, nous ne nous servons pas du Food Act car les définitions de cette loi n?incluent pas les inspecteurs municipaux comme vecteurs de sanction. Certes, il y a des high-risk foods, comme la viande dans un bazar. Or, quand il y a des con-traventions à dresser, nous ne pouvons pas les exécuter. On est obligé de faire appel aux inspecteurs sanitaires du ministère de la Santé. C?est frustrant car nous ne pouvons pas agir », déclare un officier municipal sous le couvert de l?anonymat.
Mais au-delà de ces querelles, les comportements alimentaires des Mau-riciens seraient pour beaucoup dans la hausse au niveau des empoisonnements. « Le public doit développer un sens de l?hygiène, et cela commence dès le plus jeune âge, par l?éducation à l?hygiène alimentaire. On ne peut pas placer un officier sanitaire en permanence derrière un marchand », déclare Sunil Sohun.
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