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Quand l?inconscience tue
Bindu BOYJOO
Les transports sont importants dans le développement économique d?un pays. Ils provoquent aussi de lourds préjudices. Collisions, décès, traumatismes sont hélas, encore nombreux à Maurice comme ailleurs. Ainsi, l?Organisation mondiale de la santé estime que si les tendances actuelles se poursuivent, le nombre de morts et de blessés sur les routes du monde augmentera de 60 % entre 2000 à 2020.
« La plupart de ces accidents surviendront dans des pays en développement. À Maurice, où le parc automobile augmente de 10 000 véhicules en moyenne chaque année, nous sommes très vulnérables, surtout quand on sait que le réseau routier reste presque inchangé. Ceux qui seront les plus exposés aux traumatismes dus aux accidents de la circulation sont, comme c?est le cas actuellement, les piétons, les motocyclistes et les automobilistes », affirme le sergent Barlen Munusami affecté à la sécurité routière de la police.
La Global Road Safety Week , organisée par le ministère des Infrastructures publiques, et qui s?achève aujourd?hui, est dédiée aux jeunes usagers de la route. Ceux âgés entre 18 et 25 ans paient, en effet, un lourd tribut. Chaque année, sur une moyenne de 140 victimes répertoriées, ils sont 30 % à trouver la mort dans des accidents de la route, dont 27 % se produisent entre 18 heures et minuit.
S?agit-il d?une plus grande prise de ris-que ou d?une inconscience face au danger ? Pour le président de la Driving Instructors?Association, Gora Golamaully, il faut souligner surtout le manque d?expérience des jeunes conducteurs impliqués dans un accident. « Nous avons constaté qu?ils n?avaient, pour la plupart, obtenu leur permis que depuis deux ans. C?est clair qu?ils n?ont pas acquis suffisamment d?expérience de la route », affirme-t-il.
Rs 2,6 milliards, c?est ce que les accidents de la route ont coûté à l?État en 2005, selon une étude publiée l?année dernière par le ministère des Infrastructures publiques. Le coût des accidents par catégories en 2005 est comme suit : accidents mortels : Rs 2 155 717 ; accidents graves : Rs 172 038 ; accidents légers : Rs 57 340.
Mais il faut aussi mettre l?accent sur la tendance à se croire au-dessus des dangers, surtout lorsqu?on est au volant d?un bolide. « Il y a, malheureusement, une bonne partie des jeunes qui désapprennent tout ce qu?on leur a enseigné pendant leur passage à l?auto école, en raison des pressions de groupe. Ils adoptent alors une conduite dangereuse et commettent des infractions au code de la route, mais surtout en conduisant sous l?influence de l?alcool », poursuit notre interlocuteur.
Ainsi, les accidents de la route sont rarement causés par un seul facteur. Les recherches ont prouvé que les excès de vitesse viennent en tête de liste, suivis de près par l?alcool au volant, l?inconscience du danger, l?utilisation du téléphone portable, une méconnaissance de la sécurité routière et des infrastructures défaillantes.
Ce dernier facteur ne représente toutefois que 3 % des accidents mortels, alors que 2 % sont dus au mauvais état du véhicule. Donc 95 % des collisions sont causées par l?erreur humaine.
« C?est l?homme qui tue par son comportement au volant », constate le sergent Munusami. Mais le Dr Koshik Reesaul, Principal Engineer à la Traffic Management & Road Safety Unit estime, quant à lui, qu?on ne parle pas suffisamment de la performance de l?automobiliste. « Le conducteur peut être tellement absorbé par une conversation qu?il oublie qu?il s?approche d?un passage piéton. Son attention est distraite et le drames se produit », soutient Koshik Reesaul.
C?est seulement grâce à l?éducation que l?on arrive à améliorer la performance de l?automobiliste et à réduire les accidents, poursuit-il. Certaines écoles inculquent ainsi, dès le cycle primaire, des notions de sécurité routière aux enfants.
Les gens se transforment derrière le volant
Souvent aussi, on a l?impression que les gens se transforment dès qu?ils sont derrière le volant. Une personne calme et charmante peut soudainement devenir une acharnée du klaxon. En fait, dans la voiture, l?automobiliste se sent protégé, et au lieu de cohabiter avec ses congénères, il considère leur présence comme une intrusion. Le fait qu?il se sente dans un cocon l?encourage encore plus à insulter ceux qui ne lui cèdent pas la priorité.
Peut-on alors modifier son comportement au volant ? Il est, apparemment, difficile de changer d?attitude, surtout si l?on conduit pendant de nombreuses années. On le voit d?ailleurs à la faveur du succès, somme toute relatif, des campagnes de sensibilisation à la sécurité routière, même celles qui sont les plus choquantes. Ces dernières ont du mal à faire infléchir les chiffres des accidents. Pour Vino Sookloll, directeur de l?agence de publicité Cread, les campagnes de sensibilisation feront leur preuve si elles s?inscrivent dans le temps. « Si l?on souhaite sensibiliser le public, il faut des campagnes régulières et non pas pendant des périodes ponctuelles. Il faut aussi essayer de toucher tous les usagers de la route », affirme-t-il.
Les véritables changements sont obtenus par des lois et des mesures répressives. L?augmentation des contrôles de vitesse est au c?ur de la stratégie des autorités. Il y a cependant une forte impression que les policiers effectuent lesdits contrôles aux mêmes endroits. Et d?ailleurs, c?est un fait que les automobilistes, dès qu?ils s?aperçoivent qu?il y a un speed trap quelque part, font des appels de phare aux autres conducteurs pour les avertir.
« Ils rendent un mauvais service aux autres. D?ailleurs, la loi prévoit des sanctions pour ce délit classifié comme une obstruction à la police », explique le sergent Munusami. Les contrôles de vitesse seront dorénavant effectués à des endroits différents, et ce, pour permettre de prendre sur le fait les automobilistes qui ralentissent lorsqu?ils s?approchent d?un speed trap, et qui accélèrent lorsqu?ils l?ont dépassé.
Rendre le port de la ceinture obligatoire a été le meilleur moyen de transformer cette mesure en habitude. Les nombreuses études à l?étranger ont aussi salué l?efficacité des radars automatisés capables de relever toutes les infractions aux réglementations sur les vitesses maximales autorisées. Un rapport de la Traffic Manage-ment & Road Safety Unit de 2002, intitulé Road Accidents in Mauritius, souligne, en effet, que ces radars ont prouvé leur efficacité en Grande-Bretagne dans la réduction du nombre d?accidents de la route et qu?ils pourraient être installés à Maurice dans des lieux réputés pour des excès de vitesse. Le seul hic, est le coût onéreux de ces appareils.
Un comportement plus citoyen
L?installation de feux de signalisation à des endroits connus pour être des black spots peut, de même, réduire le nombre de collisions. Le carrefour où deux jeunes filles avaient perdu la vie à Flic-en-Flac en 2002 et où une troisième avait sombré dans le coma, n?a jamais connu d?autres accidents depuis que des feux y ont été installés. Cela grâce au combat mené par le président du National Road Safety Council, qui est également fondateur du Jarya Memorial Trust, Yussuf Abdullatif.
Ce dernier avait perdu sa fille Jahanara dans cet accident. Il estime que beaucoup reste à faire au niveau des infrastructures routières : « Il faut mettre fin à cette ? guéguerre? entre les municipalités, les conseils de district et le gouvernement central car souvent, chacun se renvoie la balle lorsqu?il s?agit d?améliorer ces infrastructures défaillantes. Il faut éliminer cette carence pour le bien de tous. »
L?ingénierie peut bien améliorer les infrastructures routières. Mais au final, le plus grand changement interviendra lorsque chacun d?entre nous adoptera, de manière individuelle, un comportement plus calme et plus citoyen sur nos routes. Car chacun derrière son volant est responsable de ses actes.
Les conducteurs vulnérables mieux encadrés
Un permis probatoire sera désormais la règle pour tous les conducteurs novices. Ce permis deviendra permanent après deux ans de conduite sans infraction. Une évaluation médicale de l?aptitude à la conduite sera effectuée avant l?obtention du permis. Au-delà de 60 ans, une visite obligatoire permettant de tester l?acuité visuelle et la condition physique sera obligatoire tous les cinq ans. Ceux qui sont fréquemment impliqués dans des accidents de la route ou qui commettent des fautes graves devront suivre des cours de remise à niveau. Ces nouvelles dispositions pour l?obtention d?un permis de conduire devraient bientôt entrer en vigueur. Par ailleurs, les nouveaux amendements apportés au Road Traffic Act sont assez répressifs. Ainsi, un chauffeur qui est sous l?influence de l?alcool risque la suspension immédiate de son permis de conduire dans les trois cas suivants : quand il est impliqué dans un accident fatal ; si son taux d?alcoolémie est deux fois supérieur à la limite autorisée ; s?il refuse de se soumettre à un alcootest. De plus, au cas où le chauffeur conduirait sans une couverture d?assurance, il risque une amende de Rs 10 000.
La technologie, oui, mais la prudence avant tout
Freins ABS (système antiblocage), airbags, contrôle technique, ces nouvelles sécurités nous autorisent-elles à rouler plus vite ? Bryan Nursimloo, ingénieur automobile et Garage Manager chez Panagora Marketing, tire la sonnette d?alarme. « Ces dispositifs de sécurité ne sont pas un feu vert pour rouler plus vite. Qu?il s?agisse de voitures équipées de ces options ou pas, il faut toujours adopter une attitude vigilante sur la route », soutient Bryan Nursimloo. Lorsque l?on sait que seulement 2 % des accidents mortels trouvent leur cause dans le mauvais état du véhicule, on ne peut penser que l?ajout de multiples dispositifs de sécurité puisse faire atteindre le niveau « zéro danger ». Bryan Nursimloo met aussi l?accent sur les autres usagers de la route, notamment les piétons et autres cyclistes, qui sont plus exposés aux risques.
L?âge du véhicule est également un facteur. « Les voitures vieilles de 15 et 20 ans ne sont pas équipées des dispositifs de sécurité des véhicules actuels. Il faut penser aux dégâts que vous pourrez leur causer en entrant en collision avec elles. Si vous vous en sortez avec des égratignures ce ne sera pas le cas des occupants du vieux véhicule », prévient notre interlocuteur. Enfin, l?existence de dispositifs de sécurité ne doit pas faire oublier les règles de sécurité qui peuvent vous sauver la vie. Il faut régulièrement vérifier vos amortisseurs, la pression de vos pneus, l?éclairage, les plaquettes de freins. Vous devez boucler votre ceinture de sécurité, utiliser les sièges auto homologués pour les enfants, et respecter les distances de sécurité, en particulier sur une autoroute mouillée.
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