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Quand les professeurs nous apprennent? leurs frustrations

5 octobre 2005, 20:00

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Il aiguise la curiosité de ses élèves pour leur apprendre les choses et le monde. Il a le pouvoir des mots pour guider, conseiller et motiver. C?est l?enseignant, le déclic du savoir.

La Journée mondiale des enseignants, décrétée par l?Unesco depuis le 5 octobre 1994, a été riche en activités hier pour ceux du primaire. Elle avait pour thème Quality teachers for quality education. Nous nous attendions à un grand partage positif sur la magnifique vocation du professorat lors de la rencontre prévue au Louis-Eugène-Fabien Teachers? Centre à Quatre-Bornes mais l?étonnement qui nous? attendait !

Evitant une rafale de pluie, c?est sur la pointe des pieds que nous nous engouffrons dans le bâtiment. Le temps de repérer un siège et nous voilà tout ouïe dans la salle prise d?assaut par des enseignants des quatre coins de l?île, des maîtres d?écoles, du ministre de l?Education, Dharam Gokhool, lui-même, sagement assis au premier rang, des conseillers du ministère, des intervenants et des étudiants. Et c?est parti pour le concours d?idées et l?ambiance.

La faute aux enseignants

?Il faut que les enseignants aient des formations, tant pour améliorer leurs pratiques en théorie et qu?en méthodologie?, déclare Vinod Seegum, président de la Government Teachers Union au premier tour. Sur cette lancée, Clency Kelly, président de la Union of Primary School Teachers, enfonce le clou. ?Il faut revoir les critères de recrutement et savoir gérer le nombre d?élèves qui augmente dans les salles de classe. Pour pouvoir retenir de bons éléments en matière d?enseignants, il faudrait aussi revoir leur salaire.?

Enter Suttyhudeo Tengur, président de la Government Hindi Teachers Union. Le ton se durcit et monte en prise de bec. ?Nous parlons de World class education et de Quality education. Nous voulons atteindre le statut éducationnel des pays européens ou d?autres riches continents mais avons-nous les ressources nécessaires en termes de capital, de main-d??uvre et de modernité pédagogique pour prétendre à cela ??

Une pointe d?agressivité pour parler de ?l?érosion graduelle? du statut des enseignants qui n?ont pas assez de reconnaissance et qui travaillent dans de mauvaises conditions. Suttyhudeo Tengur souligne qu?un enseignant, qui possède déjà une formation, doit attendre dix à 15 ans pour un second cours plus poussé.

Il trouve le cursus scolaire ?trop rigide, étroit, stéréotypé et pas adapté aux divers intérêts et aux aptitudes d?apprentissage des enfants?. C?est avec force qu?il rejette la faute sur ces enseignants qui ne veulent pas changer leurs méthodes. Et la série des points noirs continuent. Le ton est plus posé mais les demandes d?aide et de changement s?enchaînent.

A l?hôtel El Monaco, variations sur le même thème mais signées par le Teachers Club. Le ministre de l?Education est de nouveau là et la foule compacte. Le temps de rassembler la troupe, c?est Preetam Purmessur, directeur du Mauritius Institute of Education (MIE) qui se lance : ?Personne ne possède le monopole du savoir.? La phrase séduit et c?est avec passion qu?il s?élance sur les vraies valeurs de l?éducation, ses méthodes et ses défis. ?La notion de l?éducation doit transmettre le message du vrai savoir. Notre côté éducateur a grandement changé, aujourd?hui il faut put children first??. Deuxième phrase séductrice.

?Put teachers first?

Le président du Teachers Club, Ashik Junglee est plutôt en faveur de ?put teachers first?. Il explique qu?il vaudrait mieux encadrer les enseignants, surtout ceux du primaire qui ne peuvent pas assurer neuf sujets sur dix du cursus scolaire.

Place à une autre réflexion qui comble nos attentes. C?est dans un recueillement profond, que Sujata Bhan, chargée de cours à la Women University of Bombay, confie sa belle vision du professorat.

?L?enseignant est celui qui façonne la personnalité des enfants. Peut-il donc être remplacé par la technologie ? C?est aux enseignants de prouver que non.? Comme pour dissoudre les noirceurs des nombreuses réflexions, en ce jour symbolique, Sujata Bhan évoque ces guides qui mettent leur c?ur et leur âme dans leur métier de professorat.

A l?entendre, celui qui a choisi cette vocation devrait sans relâche savoir cultiver sa créativité pour inciter l?enfant à aller à la découverte du savoir. ?Il ne faut pas mettre à l?écart un enfant parce qu?il ne peut pas apprendre en suivant nos méthodes. Tout enseignant doit se dire ?je dois apprendre sa façon à lui pour qu?il puisse comprendre ce que j?ai à expliquer?. C?est cela posséder une vocation d?enseignant.?

Etre dévoué à son métier, tout en patience et en persévérance, c?est là toute la beauté du discours de cette Indienne.

Le ministre de l?éducation, Dharam Gokhool, a vivement été sollicité pour éclaircir certains points. Tout en parlant de l?enseignant comme étant ?un médiateur aux multiples facettes? qui aiguise et aguiche la curiosité de l?enfant, il rassure les enseignants sur l?amélioration de leurs conditions, telle la vague de l?informatique dans les écoles primaires.

Il souligne l?importance du MIE comme étant un pilier dans la formation des enseignants. Il annonce un débat dans ce sens à la mi novembre.Vu qu?il a lui-même été enseignant depuis des années, il assure à ses confrères que son ministère mettra tout en ?uvre pour leur venir en aide.

La journée se termine dans une atmosphère... bon enfant. Cela va de soi pour des enseignants, non ?

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