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Les syndicats dénoncent un tour de vis contre la liberté d’expression

27 juin 2026, 11:14

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Les syndicats dénoncent un tour de vis contre la liberté d’expression

Des milliers de manifestants avaient défilé dans les rues en juin 2025 pour protester contre le relèvement progressif de l'âge d'éligibilité à la pension de vieillesse à 65 ans.

L'annonce d'un durcissement des sanctions liées aux rassemblements publics continue de provoquer de vives réactions au sein du mouvement syndical. Plusieurs dirigeants syndicaux affirment ne pas comprendre les motivations du gouvernement derrière cette mesure, qui intervient dans un contexte où les manifestations se sont multipliées ces derniers mois, notamment autour de la réforme de la pension de vieillesse.

Dans l'annexe au Budget 2026-2027, il est prévu que l'amende maximale applicable en cas d'infraction passe de Rs 25 000 à Rs 100 000, tandis que la peine maximale d'emprisonnement sera portée de quatre à cinq ans. Pour plusieurs représentants syndicaux, cette révision des sanctions intervient à un moment où les revendications sociales occupent une place importante dans le débat public.

Parmi les voix les plus critiques figure celle d'Ashvin Gudday, négociateur de la General Workers Federation (GWF). Pour lui, la mesure risque d'avoir un effet dissuasif sur les mobilisations citoyennes et syndicales. «Cet amendement est au détriment du mouvement syndical. Il est important de comprendre que l'un des principaux outils dont dispose le mouvement syndical pour s'exprimer dans une démocratie demeure les rassemblements et les marches pacifiques de revendication», affirme-t-il.

Le syndicaliste dit ne pas comprendre la décision de quadrupler le montant de l'amende maximale. «Nous ne comprenons pas comment l'on peut passer d'une amende de Rs 25 000 à Rs 100 000. Nous savons qu'il existe actuellement un important mécontentement au sein de la population, particulièrement depuis la réforme de la pension», soutient-il. Selon lui, cette mesure est perçue par une partie du mouvement syndical comme un recul, alors que plusieurs organisations espéraient davantage d'ouverture après les dernières élections générales.

Ashvin Gudday rappelle qu'au cours des années précédentes, certains militants et syndicalistes avaient exprimé leurs inquiétudes concernant les difficultés rencontrées lorsqu'ils prenaient publiquement position sur certains dossiers sensibles. Il lance également un appel à plusieurs personnalités aujourd'hui au gouvernement, notamment au ministre Ashok Subron, ancien acteur du mouvement syndical.

«J'espère qu'en tant qu'ancien syndicaliste, il pourra faire entendre sa voix sur cette question. Nous estimons que cette disposition risque de compliquer davantage l'exercice des libertés démocratiques et l'expression syndicale», déclare-t-il.

Le négociateur de la GWF souhaite également que le ministre délégué aux Affaires étrangères, Rajen Narsinghen, qui a lui aussi été arrêté à la suite d'une lutte citoyenne par le passé, se prononce sur ce dossier.

Une mesure jugée contre-productive

Les critiques formulées par Ashvin Gudday trouvent un écho auprès d'autres syndicalistes. Fayzal Ally Beegun estime que le durcissement des sanctions envoie un mauvais signal à la population. Selon lui, de nombreux citoyens s'attendaient à des mesures susceptibles d'apaiser les inquiétudes économiques et sociales. Il considère que l'annonce de sanctions plus sévères pour les rassemblements publics risque, au contraire, d'accentuer les tensions.

Le syndicaliste rappelle que les mobilisations observées ces derniers mois étaient principalement motivées par la réforme de la pension de vieillesse. «Lorsque les citoyens estiment qu'un droit fondamental est menacé, ils cherchent naturellement à faire entendre leur voix», explique-t-il. Fayzal Ally Beegun précise toutefois qu'il ne cautionne aucun débordement ni aucun acte de vandalisme. Selon lui, les sanctions doivent viser les personnes responsables d'éventuels actes de destruction, et non les participants à des manifestations pacifiques.

Pour plusieurs syndicats, le débat actuel est étroitement lié aux importantes manifestations organisées en juin 2025 contre le relèvement progressif de l'âge d'éligibilité à la pension de vieillesse. Ces rassemblements avaient réuni des milliers de personnes à travers le pays et démontré la capacité de mobilisation de la société civile sur des questions touchant directement aux droits sociaux.

Pour de nombreux observateurs du monde syndical, les manifestations demeurent un moyen légitime de participation citoyenne lorsque les canaux traditionnels de dialogue sont jugés insuffisants.

Le débat ne fait que commencer

Le président de la Federation of Parastatal Bodies and Other Unions (FPBOU), Deepak Benydin, partage également ces inquiétudes. Il souligne que, dans plusieurs démocraties, les manifestations font partie intégrante de la vie publique et permettent aux citoyens d'exprimer leurs préoccupations. «À Maurice, les manifestations ont généralement été pacifiques. Lorsqu'il existe un mécontentement réel au sein de la population, il est difficile de rester insensible à la souffrance des personnes concernées», affirme-t-il.

Le syndicaliste rappelle avoir lui-même participé à diverses mobilisations dans le passé afin de défendre des revendications sociales ou professionnelles. Il souligne également que les débats internationaux récents ont mis en avant l'importance des libertés syndicales et du droit d'organisation des travailleurs.

De son côté, Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress, estime que la mesure soulève des interrogations légitimes concernant l'exercice des libertés fondamentales. Selon lui, des sanctions aussi élevées pourraient dissuader certains citoyens, syndicalistes ou membres de la société civile de participer à des actions collectives pourtant pacifiques. «Personne ne descend dans la rue par plaisir. Les manifestations constituent souvent un dernier recours lorsque les citoyens souhaitent exprimer leur mécontentement ou dénoncer ce qu'ils considèrent comme une injustice», souligne-t-il.

Haniff Peerun lance ainsi un appel aux parlementaires afin qu'un débat approfondi ait lieu autour de cette disposition lors des discussions budgétaires. Pour le dirigeant syndical, la force d'une démocratie repose avant tout sur la capacité des institutions à écouter les différentes sensibilités de la société et à favoriser le dialogue.

Alors que les débats se poursuivent, une chose apparaît certaine : la question des libertés publiques et du droit de manifester s'est désormais invitée au cœur des discussions entourant le Budget 2026-2027, aux côtés des préoccupations économiques et sociales qui continuent de mobiliser une partie importante de la population.

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