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Quand les enfants démunis retrouvent la magie de Noël

20 décembre 2003, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Noël zamé mo fêté même ça. Mo coire ki cé ène fête kot tous zenfants gagne cadeaux mais pas moi. Si jamais mo ti capave gagne ène cadeau pou Noël, mo ti envie ki mo mama rétourne avec mo papa », confie Michael, 13 ans, petit vendeur de vêtements au marché d?un village du Nord. Le 24 décembre prochain, ce sera son jour de congé. Ainsi, il n?aura pas à trimballer ces nombreux sacs à linge qu?il écoule deux fois par semaine. Dès l?aube, ce jour-là, il entamera le même rituel avec ses deux frères. D?abord, ils arpenteront les ruelles du village, traverseront une rivière avant d?aller dans les bois : « Mo mama péna cash pou fer Noël. Pas capav achété nanié. A coz sa même ki mo banne frère ek moi nou alle dans bois pou nou rode ène deux ou trois ti boutte branches pié goyave pou fer l?arbe dé Noël. Ler mo rentre la caze, mo prend banne boîtes cigarettes pou mo mette enbas pied là couma dire cadeaux ». Le crâne partiellement rasé laisse entrevoir quelques coupures. Coiffé d?un bandeau, le visage couvert de cicatrices et les lèvres noircies par la cigarette, il tripote un petit fil métallique courbé qui fait office de boucle d?oreille. D?un ?il furtif, il scrute le coin d?une pièce d?un bureau du ministère des Droits de la femme où il participe à une journée récréative avec 79 autres enfants du village. Soudain, une douleur lancinante le saisit.

Il baisse la tête et essaie de se détourner d?un magnifique sapin de Noël. Il lui fait trop mal aux yeux. Visiblement décontenancé, Michael recule. Ses gestes sont interrompus par le brouhaha des autres enfants. Un mot émane de leur bouche : « Chihuahua ». Musique maestro ! Un fonctionnaire du ministère met un CD dans le lecteur de disques compacts. Ravalant son amertume, Michael aide les enfants à déplacer les chaises pour qu?ils puissent se mettre à danser. Les visages rayonnent, esquissent des sourires. Remplis d?allégresse, certains se mettent à chanter à tue-tête. « Mo extra content zordi. Mo fine apprane ène tas zafer et mo pé réussi amise moi. Eh to coire vré même bolom Noël pou passé zordi ? Moi mo pas gagné même cadeau chaque l?année. To coire li pou donne nou cadeaux azordi », lance Manuella, 8 ans, vêtue d?une jolie robe de tulle rose et blanc. Réfugiée dans un fauteuil du fond, Manuella contemple le plafond de ses yeux écarquillés, s?émerveille devant les guirlandes de papier de soie et quatre ballons qui sont suspendus. « Il suffit d?un rien pour redonner le sourire à ces enfants. Beaucoup n?ont jamais connu de Noël et viennent de familles désunies. Très souvent, certains sont livrés à eux-mêmes, non scolarisés ou maltraités. C?est pour les aider à revivre la magie de cette fête que nous avons organisé des activités », confie un fonctionnaire. Depuis le matin, ces enfants défavorisés ont assisté à des causeries et ont ensuite été initiés à l?informatique. Ils ont eu le loisir de se déhancher sur des airs bien de chez nous avant de décorer des cartes de Noël. Puis, un déjeuner leur a été offert ainsi que des cadeaux de Noël à la fin de la journée. « Nous avons à c?ur tous ces enfants qui méritent une attention spéciale surtout dans des régions à risque. En organisant des activités récréatives, nous mettons surtout l?accent sur l?éducation pendant les vacances qui cadrent aussi avec Noël », déclare Arianne Navarre-Marie, ministre des Droits de la femme.

Plusieurs fêtes ont été organisées par l?État en collaboration avec des firmes et des associations privées, au cours de la semaine. Mardi dernier, l?émotion, l?enthousiasme et les éclats de rire fusaient de toutes parts à la State House. Et pour cause : 225 enfants des rues étaient réunis pour participer à une journée spéciale. « C?est pour leur donner la chance de célébrer Noël que nous faisons cette fête aujourd?hui. Bien souvent, ces enfants sont privés de structures adéquates pour célébrer les fêtes de fin d?année. De ce fait, nous avons sollicité le parrainage de firmes ou d?organisations privées telles que Copharma et le Lions Club de Curepipe et nous avons aussi été aidés par divers ministères », souligne Daniel Anacooa, coordinateur de la cellule des éducateurs de rue. Chants, danse, spectacle de magie, maquillage artistique, sketchs vont bon train depuis le matin. « Banne éducatrice de rue fine vinne dans nou cité et dire nou pou éna fête Noël zordi. Nou pas trop fêté même sa mé zordi noune ti envie participé. Nou fine écrire ène santé spécialement pou sa l?occasion là », raconte Lionel, 12 ans. Quelques minutes plus tard, il monte sur scène, accompagné de ses trois acolytes, David, Bernard et Wesley, pour crier à l?injustice ? le titre de leur chanson ? en ragga. Obligé de quitter l?école dès leur jeune âge faute d?argent, le quatuor fonde désormais ses espoirs dans la musique. « Nou content zordi. Nou pé gagne chance santé et noune gagne di riz frire pou manzé. Ici nou pane reste couma dire ène li chien ici », assure Bernard, 14 ans. Après les présentations effectuées par les enfants des rues, la journée s?est achevée par une distribution de cadeaux du père Noël. On entend la déchirure des emballages des paquets cadeaux. Les sourires éclairent ces petits visages à la vue des poupées et autres joujoux.

« Mo bien content pou mo zenfant. Mo tou sèle pé élévé mo trois garçons et li bien difficile pou capav rode cadeaux pou Noël. Ça fête State House là pé permette li vive Noël parski moi mo pas conné même si nou pou capav fêté. Li possible ki pas pou capav donne li nanié », affirme Marjorie, 31 ans, la mère de Lionel. Même si elle n?est pas en mesure de lui offrir des présents, elle tâchera de lui apporter toute sa chaleur et son amour. Beaucoup d?enfants n?y ont pas toujours droit. Pour Anaïs, 16 ans, qui a échappé de justesse à un attentat à la pudeur, Noël rime avec un jour ordinaire. « Noël pas fer moi pense nanié. Bolom Noël pou moi, c?est couma dire ène miracle. Pou moi, c?est ène jour couma tous les autres. Mo bien chagrin kan mo tane lézot coz ça », explique-t-elle. Les bribes de souvenirs qu?elle conserve sont de son père. Il lui avait offert une paire de boucle d?oreilles. Était-ce à Noël ? Elle ne sait plus. Le temps d?une fête, ces durs souvenirs se sont éclipsés pour céder la place à un peu de joie. « Mone réussi fer ène tas zafer pendant ça banne fêtes là. Nou fine appran banne santé, noune gagne banne bon manzé. Mone bien content ène sauce rouge poisson ek alle visite l?île-aux-Cerfs », dit-elle. « Moi mo bien content parski mone alle visite lors bateau », souligne Telvin, 9 ans, abandonné par ses parents. Depuis plus d?un an, nos deux interlocuteurs ont été placés dans un foyer pour enfants en détresse. « Ce ne sont pas uniquement les cadeaux qui comptent à Noël. Il faut aussi la présence humaine pour épauler l?enfant à chaque étape de sa vie », explique la directrice du centre. Dans cette institution qui recueille 26 enfants de 3 à 17 ans, les festivités ont démarré depuis le mois de novembre. « Nous avons une équipe très solide pour encadrer les enfants et bénéficions aussi du soutien de groupes de volontaires qui offrent aux enfants des déjeuners, des sorties et aussi des cadeaux. Dans certains cas, des personnes viennent leur apprendre des chants de Noël. La semaine prochaine, une étrangère et ses proches viendront célébrer Noël avec nous au foyer », dit une responsable du centre.

« Noël pas fer moi pense nanié. Bolom Noël pou moi, c?est couma dire ène miracle. Pou moi, c?est ène jour couma tous les autres. Mo bien chagrin kan mo tane lézot coz ça »

Copharma, une filiale de Rogers, accueille les enfants des rues

Le 18 décembre était un jour de fête pour une cinquantaine d?enfants et leurs responsables venant de la région de Baie-du-Tombeau, Triolet, Pailles, Pointe-aux-Sables, Sainte-Croix et Batterie Cassée.

En effet, les employés de Copharma les ont accueillis dans les locaux de l?entreprise à Riche-Terre pour un déjeuner composé de briani de poulet, salade et yaourt.

Au programme, animation par l?Atelier Pierre Poivre, maquillage, chants, danses, distribution de cadeaux par nul autre que le père Noël lui-même et projection de dessins animés ainsi que de films sur les dangers du tabagisme, de l?alcoolisme et de la drogue. « Il y avait au total environ 300 enfants mais il était convenu que nous ne pouvions pas tous les accueillir ici. En revanche, nous avons prévu des cadeaux pour tous », explique Afzal Baccus, délégué médical chez Copharma. C?est devenu une habitude chez les employés de cette entreprise. Chaque année, ils offrent

des cadeaux aux enfants issus des quartiers défavorisés, mais depuis l?introduction du concept « Buzz » qui vise à dynamiser l?entreprise et surtout encourager les employés à s?engager davantage dans le social, le groupe Rogers a créé un fonds à cet effet. C?est donc la première fois cette année que Copharma invite des enfants dans ses locaux.

« En dépit du budget qui nous a été accordé par le groupe pour financer ce projet, les employés continuent à apporter leur contribution personnelle comme la collecte de vêtements et autres produits non-périssables quipeuvent être utiles à ces enfants », souligne Sandra Fanchette de Copharma. Une initiative à encourager.

Copharma, une filiale de Rogers, accueille les enfants des rues

Le 18 décembre était un jour de fête pour une cinquantaine d?enfants et leurs responsables venant de la région de Baie-du-Tombeau, Triolet, Pailles, Pointe-aux-Sables, Sainte-Croix et Batterie Cassée.

En effet, les employés de Copharma les ont accueillis dans les locaux de l?entreprise à Riche-Terre pour un déjeuner composé de briani de poulet, salade et yaourt.

Au programme, animation par l?Atelier Pierre Poivre, maquillage, chants, danses, distribution de cadeaux par nul autre que le père Noël lui-même et projection de dessins animés ainsi que de films sur les dangers du tabagisme, de l?alcoolisme et de la drogue. « Il y avait au total environ 300 enfants mais il était convenu que nous ne pouvions pas tous les accueillir ici. En revanche, nous avons prévu des cadeaux pour tous », explique Afzal Baccus, délégué médical chez Copharma. C?est devenu une habitude chez les employés de cette entreprise. Chaque année, ils offrent des cadeaux aux enfants issus des quartiers défavorisés, mais depuis l?introduction du concept « Buzz » qui vise à dynamiser l?entreprise et surtout encourager les employés à s?engager davantage dans le social, le groupe Rogers a créé un fonds à cet effet. C?est donc la première fois cette année que Copharma invite des enfants dans ses locaux.

« En dépit du budget qui nous a été accordé par le groupe pour financer ce projet, les employés continuent à apporter leur contribution personnelle comme la collecte de vêtements et autres produits non-périssables qui peuvent être utiles à ces enfants », souligne Sandra Fanchette de Copharma. Une initiative à encourager.

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