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Quand le suspense tient ses promesses 1

21 décembre 2003, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

1. Des électeurs plutôt discrets .

LES ÉLECTEURS qui se sont déplacés tout au long de la journée d?hier dans les régions d?Amaury, l?Amitié, Belle Vue Maurel et Barlow ont été plutôt discrets.

Si un certain nombre d?électeurs et d?électrices n?ont pas hésité à afficher leur couleurs politiques, arborant t-shirt et saris rouges, mauves et oranges, un très fort pourcentage a choisi la carte de la discrétion jusqu?au bout. Sans trahir leurs préférences et vêtus de couleurs sobres, ils se contentaient de saluer indistinc- tement les dirigeants des deux blocs politiques en esquissant un sourire complaisant.

Elle a 53 ans, habite l?Amitié et parle couramment le bhojpuri. Elle veut garder l?anonymat mais elle avoue avoir voté pour le ?numéro 19?? Celui de Rajesh Jeetah, le candidat travailliste.

Amina, 46 ans, mère de quatre enfants et séparée de son mari, avoue avoir voté contre le gouvernement parce que ses enfants sont au chômage et que la hausse des prix ne lui permet pas de vivre décemment. L?élément de la hausse de prix a joué aussi pour Daneshwarti, la cinquantaine, habitante de Gookola, Maurel Gassen, 48 ans de Belle- Vue, et Dyanand, ex-fonctionnaire.

Ajay, 34 ans, qui travaille pour son compte, confie : ?Mo finne vote MSM élections générales l?an 2000, ça coup la mo finne vote PTr. La vie trop dir.? Mamood, 72 ans, est lui catégorique : il a voté le MSM-MMM par ce que il n?y a rien à ?gagner avec l?opposition?.

Il a voté pour le MSM aux dernières élections générales, mais cette fois il a choisi le PTr pour forcer le gouvernement à rectifier le tir sur la situation sociale.

Même tendance à Barlow. Ashok, 35 ans et self-employed dans le secteur du transport, dit avoir voté bloc le MSM en décembre 2000, mais pour le PTr cette fois, il a voté pour le PTr en raison de la hausse des prix qui a touché directement gagne-pain.

Toujours à Barlow, Rajesh, employé dans l?hôtellerie, arbore une casquette orange, un polo blanc et des lunettes fumées. Tout laisse croire qu?il est un partisan du MSM, mais il avoue sa préférence pour le PTr en raison de la montée du chômage et la flambée des prix.

A Amaury, Rajiv, 33 ans, tient le même discours. Il a changé de camp vu la détérioration de la situation économique. Rashid 40 ans homme d?affaires de la même région n?a pas dérogé à sa ligne de conduite. Il a toujours voté pour le MMM et cette fois il a voté pour le MSM-MMM pour des raisons idéologiques. Azad, 56 ans, a lui voté pour le PTr en 2000 pour les élections générales. Cette fois, il a voté pour le MSM-MMM qui, à son avis, fait du bon travail depuis trois ans.

A Barlow, dans l?après-midi, drapées dans leurs saris, un groupe de femmes d?une quarantaine d?années semble plutôt réservé. Elles ont soutenu le gouvernement et joué le jeu durant cette campagne, craignant que leurs enfants, fonctionnaires, ne subissent des représailles.

La tendance dans ces villages a été favorable aux rouges même si des groupes de jeunes, très enthousiastes, ont déclaré ouvertement avoir voté pour le gouvernement.

A Belle-Vue-Maurel, le Dr Hookoom, chef de file du PTr et optimiste, estimait que son parti avait réalisé un score de 60 %. Le Dr Jhurry, de l?alliance MSM-MMM, tenait le même langage et prévoyait des intentions de vote de plus de 50% en faveur du gouvernement

A l?Amitié, très confiant, le chef de file du PTr, Joy Beeharry s?était néanmoins garder d?indiquer un score. Une prudence qui contrastait avec l?optimisme de Deven Nagalinhum du MSM-MMM, lequel estimait que 70 % des électeurs de la région avaient voté MSM-MMM.

A Barlow, Motee Ramdass, le ministre des Arts et de la Culture, n?a pas hésité à gratifier le gouvernement d?un score de 70 %. Plus prudent, Yasdev Jeelall du PTr avance le chiffre de 60 % .

A Amaury, Siven Poinoosamy du PTr estime que 65 % des électeurs ont voté pour le Rajesh Jeetah tandis que Pradeep Roopun, député MSM-MMM, croit dans 70 % d?intentions de vote.

Mais, au téléphone, un député du MMM-MSM confiait à un autre collègue de la majorité, que ?situation pas bon. Si nous pou gagné li pou lors couteau?. Un autre membre du gouvernement constatait, lui, l?absence de vote massif tant attendu par le MSM-MMM de la part de certains groupes.

Bernard Saminaden

Le Dr Hookoom, chef de file du PTr, estimait que son parti avait réalisé un score de 60 % alors que le Dr Jhurry du MSM-MMM prévoyait plus de 50% en faveur du gouvernement.

2. Tension à P.-des-Papayes

LA TENSION latente en début de journée, hier à Plaine-des-Papayes, a explosé lors de la pause-déjeuner. Des agents de chaque camp en sont venus aux mains. Ce qui a nécessité l?intervention musclée de la police.

Quel a été l?élément détonateur? Chaque camp rejette la faute sur l?autre. Les accusations fusent. D?un côté on évoque la ?base? du Parti travailliste, faite de tuyaux et de bâche (prélart) saccagée par les adversaires, de l?autre on signale que quatre activistes se sont retrouvés à l?hôpital pour recevoir des premiers soins.

C?est vers 12 h 30 que les escarmouches éclatent, après celle en début de journée où un membre du PTr est touché à la tête. Des projectiles fusent. La proximité des ?bases? aidant, les esprits excités s?affrontent. Les agents de l?alliance sociale sont repoussés à l?intérieur de la leur. Quelques minutes plus tard, chaises et tables sont renversées. Des registres d?électeurs sont éparpillés sur le sol, ensevelis sous des banderoles rouges.

Les éléments de la Special Supporting Unit mandés en renfort tentent de séparer les groupes, en vain. Ils battent en retraite vers le centre de vote du village. Un important cordon de sécurité sera par la suite installé entre les deux ?camps?.

Le commissaire de police tiendra de longs apartés avec les responsables politiques pour décider de la solution appropriée. Ramanooj Gopalsingh s?entretient d?abord avec Navin Ramgoolam, qui est flanqué du bruyant Cader Hossenally. D?un ton ferme, le commissaire rassure ses interlocuteurs: la ?base? rouge sera vite remise sur pied.

Rajesh Bhagwan, Campaign Manager de l?alliance MSM-MMM, rabroue ses agents. Certains récalcitrants ne veulent pas taire leur colère. Tant bien que mal, la situation retourne peu à peu à la normale. Ce qui n?empêche pas un activiste barbu de lancer au commissaire : ?Dites à Rama Valayden de ne pas remettre les pieds ici !?

Les membres de l?Electoral Supervisory Commission, qui visitaient les divers centres de vote rappliquent. Le commissaire les informe aussitôt de la situation. Irfan Rahman, le commissaire électoral, joue la carte de l?apaisement. A l?activiste MSM-MMM excité, il lance, autoritaire : ?Calmez-vous !?

Deux cordons de policiers prennent position entre les camps. Des barrières sont installées à proximité de la ?base? rouge reconstruite en moins de deux.

Les travaillistes estiment que la bagarre leur a coûté des votes. ?Plusieurs centaines de voix perdues?, affirme-t-on à Rajesh Jeetah venu s?enquérir des faits.

Toutefois, la ?base? cessera de fonctionner bien avant la fermeture. Petit à petit, les agents du PTr plient bagages. D?ailleurs, les électeurs affirment que la ?tendance? penche en faveur de la majorité. ?C?est serré mais le gouvernement gagnera?, souligne Shardanand Roopun, tenant son fils Raj par la main.

La tendance est identique à Bois-Mangues. Les ?bases? sont situées l?une à côté de l?autre. Mais la bouillonnante activité de la matinée s?effrite chez les rouges. Dans l?après-midi, ils ne sont plus que deux agents du PTr présents derrière les tables. A l?entrée de Plaine-des-Papayes, la dizaine d?activistes, drapée de rouge restent oisifs alors que leurs voisins sont sur la brèche.

Loin des clameurs et des échauffourées, Pont-Praslin a vécu une partielle calme, monotone même. Les électeurs ? ils sont 352 inscrits à ce centre de vote ? sont arrivés au compte-gouttes.

A l?heure de la fermeture, une file de jeeps de la Special Mobile Force et de la SSU, garées à proximité du lieu des incidents à Plaine-des-Papayes, attirent regards et commentaires. Une fois les urnes transférées vers le centre de dépouillement, les hommes casqués et bottés videront les lieux.

Kamlesh BHUCKORY

3. Incidents à Piton

A DEUX HEURES de la fermeture des centres de vote hier, la tension est montée de plusieurs crans à Piton. En effet des invectives lancées entre agents des deux camps ? scène banale voire folklorique pour une élection ? dégénèrent en sérieux incidents. Il est environ 16 heures.

Depuis hier matin déjà, la cohabitation entre les activistes de l?alliance gouvernementale et du Parti travailliste (PTr) à Piton s?avère difficile. La venue du leader du Mouvement républicain, Rama Valayden, provoque des étincelles chez les agents du Mouvement socialiste militant-Mouvement militant mauricien (MSM-MMM). Des commentaires fusent : on parle de ?gandia?.

Rajesh Bhagwan arrive. S?ensuit un échange entre lui et Rama Valayden. Il n?en faut pas plus pour que la situation s?envenime dans les deux camps. Et volent des bouteilles plastique. La riposte ne se fait pas attendre : une pluie de pierres déferle sur des activistes de l?opposition.

Rama Valayden et son groupe courent dans les champs de canne tandis que Rajesh Bhagwan et quelques partisans se réfugient près d?une boutique. L?atmosphère est électrique.

Des coups de gourdins à droite et à gauche. La ?base? des rouges s?effondre : pains et pamphlets s?éparpillent sur la rue. Trois personnes sont blessées dont une assez grièvement à la tête.

Excédé par la résistance des partisans qui optent, semble-t-il pour la confrontation, Rajesh Bhagwan, lance une sévère mise en garde : ?Ena ene enjeu pour sa élections là. L?opposition pé servi ene stratégie pour affaibli nous. Personne pas bisin montré li pli king ki moi. Nous pas dans PTr, nou continié travaille dans l?ordre et la discipline.? Des policiers essaient de calmer les esprits mais Rajesh Bhagwan est très remonté contre eux. ?Vous nous dites de compter sur vous mais vous n?arrivez à faire respecter l?ordre.?

17 heures. Le vice-Premier ministre, Pravind Jugnauth, fait son entrée. Il insiste, comme plus tôt le maire Kavi Ramano qui a mené campagne à Piton, ?pour aller gratter et faire voter les habitants.? Devant la situation très tendue, il appelle le commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh. Il est même question d?arrêter Rama Valayden. Mais le commissaire de police explique que cela ne peut se faire qu?à la suite d?une plainte formelle. Il décide toutefois de convoquer Rama Valayden dans un poste de police de la région pour lui donner un warning.

C?est finalement dans la voiture de Ramanooj Gopalsingh que la rencontre a lieu, selon Rama Valayden qui affirme avoir obtenu une une protection policière renforcée, mais aucun warning.

La tension est aussi papable à Espérance-Trébuchet et Poudre D?Or-Hamlet entre les agents des deux partis. Ces deux régions, connues comme le bastion des rouges, sont les témoins d?un bras de fer pendant toute la journée. Le non-respect des règlements dans les 200 mètres du centre de vote donne lieu à plusieurs confrontations.

9 h 30 à l?école Poudre D?or-Hamlet. Yatin Varma du PTr proteste énergiquement contre les méthodes de l?adversaire. ?Ils sont en train de convaincre les habitants dans le périmètre de 200 mètres. C?est inacceptable !? Ce que récuse Sushil Khushiram, le responsable de campagne de l?endroit. Un Senior Presiding Officer intervient pour faire respecter les règlements.

En revanche, l?atmosphère est détendue à Cottage. A l?entrée de la Cottage Government School, les activistes des deux bords s?échangent des blagues. Seule fausse note : deux agents, l?un du PTr, l?autre du MSM, se disputent le privilège d?accompagner une vieille dame, pouvant à peine marcher, vers la salle de vote. Le syndicaliste, Rajpalsing Algoo, hausse alors le ton, mais tous deux se disent? parentés à la dame, suprêmement indifférente alors que l?on convoite tellement son vote?

Jane LUTCHMAYA

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