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Quand le climat nous rend malades

6 avril 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La météo qui rend malade ce n?est plus une question anodine. La valse entre le chaud et le froid nous laisse de moins en moins insensibles. L?influence du temps sur le corps humain n?est plus à prouver, et les dernières pluies torrentielles qui se sont abattues sur le pays et dont nous avons tous été plus ou moins victimes, l?ont bien prouvé.

De la rhinite allergique aux dangers des rayons solaires, en passant par la dépression saisonnière, notre état de santé et notre moral suivent parfois les aléas de la météo. Pollens, soleil, pollution atmosphérique, sont autant de facteurs qui contribuent à nous conduire de plus en plus souvent chez les médecins et autres spécialistes de la santé.

Sur le plan international, les spécialistes en biométéorologie (une des dernières sciences appliquées à la science météorologique) demeurent toutefois convaincus que les médecins devraient prendre en considération les conditions météorologiques pour traiter plus efficacement leurs patients. La météo comme médecine préventive ?

« Il est évident que la météo peut contribuer à mettre en évidence certains liens entre les maladies et le temps qu?il fait. Nous cherchons d?ailleurs à ce que la météo donne aussi des bulletins pour que les gens qui, par exemple, souffrent de l?asthme, puissent être au courant des risques auxquels ils sont exposés. Car le temps est toujours en perpétuel mouvement. Et nous sommes de plues en plus conscients des risques climatiques », explique Suresh Boodhoo le directeur de la station météorologique de Vacoas.

En Europe, par exemple, et surtout dans certaines régions d?Angleterre, un Health Weather Forecast a été créé, et il a pour but de prévenir les services ambulanciers et les hôpitaux de l?augmentation possible de crises cardiaques, de maladies respiratoires et de maladies infectieuses à cause d?un prochain changement de température. En Allemagne également, ce type de dispositif a été mis en place.

Le service météorologique allemand a mis au point un indice météo-santé qui prédit le degré de risque lié à diverses maladies dans le pays. Sur le plan mondial, le dernier rapport de l?OMS sur le sujet (datant du 16 janvier 2008) dit ceci :

« Les changements climatiques peuvent être une menace pour la santé publique. On considère que les populations les plus à risques sont celles qui vivent dans les petits pays insulaires, les régions de montagne, les zones exposées au stress hydrique, les mégalopoles et les régions côtières des pays en développement. » Maurice n?est donc pas épargnée, bien au contraire.

QUESTIONS A SOK APPADU, EX-DIRECTEUR DES SERVICES METEOROLOGIQUES

« Il existe des conseils simples que la météo peut donner »

Dans certains pays, la météo est étroitement liée aux problèmes de santé publique. Pensez-vous qu?à Maurice il doit en aller de même ?

Je pense que la météo a un rôle important à jouer, vu qu?elle entretient un lien important avec les conditions climatiques et les maladies qu?elles engendrent. En ce qui me concerne, j?ai tou-jours pensé que les médecins et les épidémiologistes confirmés devraient apporter leur savoir-faire, en collaboration avec les bulletins météo, afin que la population soit au courant pour prévenir différentes affections.

Par exemple, pour le chikungunya il y a deux ans, on aurait pu avertir davantage les gens qu?il fallait éviter de laisser s?accumuler de l?eau dans les récipients, pour éviter que les moustiques n?y prolifèrent. Je pense en effet qu?à Maurice, on devrait développer la météo préventive.

Canicule, vague de chaleur, froid, pluies, etc., face aux risques atmosphériques, il existe des conseils simples de comportement que la météo peut donner.

Mais dans ce cas, pourquoi ce type de service n?est pas mis en place ?

Parce qu?à Maurice les gens ne sont pas suffisamment formés. Il y a un manque certain de professionnels, d?experts ou spécialistes en la matière. Il faudrait identifier véritablement ceux qui pourraient intervenir aux moments opportuns, recruter des médecins ou des infirmières, et qui pourraient prendre le relais des bulletins météo. Il faut absolument arrêter l?immobilisme, car celui-ci entraîne les désagréments que nous connaissons aujourd?hui.

Il y a un gros problème environnemental à Maurice, et ce n?est pas nouveau. Par exemple : s?il tombe 200 mm de pluie en 24 heures à Port-Louis, l?eau ne pourra jamais ressortir, car il n?y a aucun système d?évacuation en état. Donc, même si la météo prévient, mais que les infrastructures ne suivent pas, ce n?est plus une catastrophe naturelle, mais une catastrophe « humaine ».

Les services météorologiques doivent-ils donc s?impliquer dans une campagne de prévention ?

En aucun cas. Ce n?est pas à la météo de faire de la sensibilisation. Je pense qu?il existe à Maurice des entités plus importantes qui pourraient le faire. Il est impératif que les services compétents fassent des analyses régulières des eaux pour éviter des bêtises telles que celles nous avons vues ces derniers jours.

Si les gens ne savent pas qu?ils doivent assainir leur eau avant de la boire, surtout après ces pluies torrentielles, ce n?est pas à la météo de le faire. Je crois que la météo doit travailler en collaboration avec les équipes médicales, et que lesdites équipes préviennent ensuite la population des risques. J?estime que c?est de cette manière que l?on améliorera les choses.

Le soleil et ses méfaits sur la peau

Tout le monde le sait, le rayonnement solaire est indispensable à la vie, mais il peut être extrêmement dangereux pour la santé. Une trop longue exposition peut générer de nombreuses et diverses réactions cutanées. Les excès d?exposition, les coups de soleil à répétition favorisent même l?apparition de cancers.

L?avis du docteur Jeetoo : « C?est vrai, sa chaleur et sa luminosité sont bonnes pour le moral et pour la fixation de la vitamine D sur les os (lutte contre le rachitisme et l?ostéoporose). Le soleil n?est donc pas seulement qu?un ennemi redoutable, et, par exemple, les personnes atteintes de psoriasis et d?acné voient leur maladie s?améliorer grâce à lui. Mais, pour s?en faire un ami, encore faut-il se méfier. L?exposition aux rayons du soleil, et no-tamment aux UV (ultraviolets), peut en-traîner des altérations de la peau présentant différents niveaux de gravité. »

Les symptômes

Le danger majeur, c?est le cancer de la peau, avec, au départ, une petite lésion cutanée qui ne guérit pas, une tache anormalement foncée ou décolorée sur la peau, ou un grain de beauté qui saigne, se dessèche ou change de couleur. Un grain de beauté normal est une zone brune, noire ou rougeâtre, plate ou légèrement surélevée ; il est rond ou ovale, avec une forme régulière et mesure, en généra, moins de 6 mm. Si sa forme ou sa couleur sont irrégulières, si son diamètre s?agrandit ou s?il se met à saigner, se fendiller ou semble déteindre sur la peau adjacente, il faut consulter un médecin aussitôt.

Comment s?en prémunir ?

Il faut, pour se protéger du soleil, appliquer une crème solaire avec un indice qui correspond à votre type de peau, et renouveler l?application toutes les deux ou trois heures. Aucune crème écran total ne protège absolument des rayons. Veillez à porter un chapeau, une casquette ou un foulard, et préférez les plages horaires avant 11 heures et après 16 heures pour sortir. Enfin, portez des lunettes à verres filtrants.

Le vent et les allergies au pollen

C?est connu, le vent est porteur de pollen. En période de pollinisation, il joue un rôle déterminant dans le transport des grains de pollen et la quantité de grains présents dans l?air que nous respirons.

Si le vent est faible (inférieur à 2 km/h) le dépôt de pollen au sol est presque immédiat et s?effectue à proximité de la plante. Un vent fort (supérieur à 43 km/h) peut emporter le pollen et le diluer dans l?atmosphère. Si le vent est modéré,il maintient les grains en suspension dans l?air et favorise leur concentration.

Les symptômes

Le pollen est vecteur d?allergies qui se traduisent par des rhinites et conjonctivites plus communément appelées rhume des foins. Cela se manifeste par des éternuements, un écoulement nasal et des démangeaisons. L?allergie au pollen, c?est aussi de la toux, de l?asthme, de l?urticaire ou des ?dèmes, et parfois même des fatigues inexpliquées.

Comment traiter ?

L?avis du Dr Issaq Jowahir : « En général on prescrit d?abord un traitement symptomatique pour soulager le patient. Ce sont des comprimés antihistaminiques, des anti-inflammatoires pour le nez, et des antiallergiques pour les yeux. Et puis, il faut laisser la nature faire le reste : les personnes allergiques sont ainsi souvent soulagées par l?arrivée de la pluie. La situation météo la plus favorable à la libération et à la dispersion des pollens est une journée très ensoleillée, avec des températures élevées et un vent modéré, sans précipitations. »

Le froid et les rhumes

Passer la saison froide sans rhume, ni angine, ni grippe ? Cela ressemble à une gageure, car chaque hiver, ces maladies pointent toutes le bout de leur nez à un moment ou à un autre. Au banc des accusés, on retrouve plus de 200 virus responsables de ces maux. Difficile, dans ces conditions, de trouver une parade contre chacun des germes. Pour autant, les rhumes et leurs récidives ne sont pas une fatalité. Les règles d?or : agir dès les premiers signes, limiter la contamination et vivre dans un environnement sain.

Comment traiter ?

Les conseils du docteur Sooknundun : « Il est possible d?espacer les rhumes ou les rhinopharyngites. Et surtout d?obtenir qu?ils restent localisés au nez, au lieu de dégénérer en bronchite ou en otite, comme cela arrive dans 20 % des cas. Pour éviter les virus hivernaux, la première précaution consiste à se laver régulièrement les mains. Une personne enrhumée peut, en effet, transmettre le microbe par simple contact après s?être mouchée. Le lavage du nez avec du sérum physiologique est aussi important à cet égard. La deuxième ligne de défense passe par la prise de vitamine C, présente notamment dans les agrumes et les kiwis. Quant aux personnes allergiques, elles peuvent anticiper et se protéger au début de l?hiver par la prise d?un antihistaminique. Enfin, on ne le dira jamais assez, le tabagisme, actif et passif, favorise les infections respiratoires et les aggrave une fois installées. Saisissez donc ??l?opportunité? d?un rhume ou d?une grippe pour arrêter de fumer? et d?enfumer les autres ! »

Le cas de la grippe

Chaque hiver, la grippe touche un à cinq millions de personnes dans le monde. Cette infection respiratoire aiguë sévit par épidémies. Le scénario est toujours le même : infection virulente qui cloue au lit avec un mal de tête, frissons et fièvres, toux persistante et organisme affaibli pendant des semaines.

Les conseils du docteur Jeetoo : « La meilleure attitude à adopter est la vaccination, surtout pour les personnes âgées, premières victimes en cas d?épidémie. La grippe frappe fort et ses conséquences peuvent être mortelles chez certaines personnes âgées ou fragilisées. Elles sont moins résistantes que les autres, car le système immunitaire s?affaiblit avec l?âge. Par conséquent, les personnes à partir de 65 ans, sont davantage susceptibles de souffrir de complications graves à la suite d?une grippe.

La pneumonie est la complication la plus fréquente de la grippe. Plus de 80 % des décès associés à cette maladie surviennent dans la population de 65 ans et plus. Il a été démontré qu?une vaccination par an est une mesure efficace de prévention et de réduction de la gravité de la grippe.

La pluie et les maladies hydriques

Qui dit pluie, dit maladies hydriques (des affections dont le développement est lié à l?eau), une véritable menace pour la santé publique. Ces maladies sont causées par la consommation d?eau contaminée par des fèces animales ou humaines.

L?évolution des maladies associées à l?eau est complexe pour un grand nombre de raisons. Sur la dernière décennie, l?image des problèmes de santé relatifs à l?eau est devenue de plus en plus vaste, avec l?émergence de nouvelles infections et la ré-émergence de certaines déjà connues. Si des données sont disponibles pour certaines affections relatives à l?eau et à l?hygiène (qui incluent la salmonelle, le choléra, la shigellose), pour d?autres, telles que la malaria, la schistosomiase, la légionellose ou les SRAS, des analyses doivent encore être effectuées.

Les conseils du docteur Nundlall :

« À cause des pluies torrentielles, les moustiques surgissent en grand nombre si l?eau n?est pas assainie, et cela peut être dangereux. Il faut faire extrêmement attention à l?eau que l?on consomme et la faire bouillir impérativement. »

Le Dr Nundlall a justement fait une intervention sur l?eau lors du World Health Day 2008 cette semaine à la cybercité d?Ébène.

Les symptômes

Pour les gens qui sont atteints d?une maladie hydrique, les symptômes varient selon l?agent d?infection. Pour de nombreuses affections, les symptômes commencent à se manifester deux à dix jours après la consommation d?eau contaminée et peuvent inclure de la diarrhée, des crampes d?estomac, des nausées, des vomissements et une fièvre faible.

Comment traiter

Il faut faire bouillir l?eau avant tout usage alimentaire, la passer à travers des filtres à sable (mais ce procédé n?élimine pas les bactéries), traiter l?eau aux rayons UV solaires (mais cela dépend de l?ensoleillement). Puis surtout, consulter un médecin qui sera à même de vous donner le traitement correspondant à votre pathologie.

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