Publicité

Quand la société défie Dieu

4 avril 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Relation asymétrique ? Impossibilité de dialogue ? Le rapport entre les religions et la modernité dessine les contours d?un débat sain pour une société qui se signale surtout par son conventionnalisme et son puritanisme. Le laboratoire socio-religieux mauricien est désormais en ébullition. Longtemps éloignée des débats de fond sur la question du rôle des religions dans la société moderne, la petite île Maurice s?interroge à présent sur le modèle d?intégration qui lui serait approprié ou encore sur les phénomènes d?affirmation identitaire.

?Le monde moderne est caractérisé par le sécularisme et la laïcité. Ce n'est plus Dieu qui inspire les décisions humaines. La morale est autonome par rapport aux références religieuses?, confirme d?emblée le père Jean-Maurice Labour, vicaire général. De la parole révélée, berceau de la vérité universelle, on est passé aujourd?hui à une parole éclatée aux sens multiples. ?C?est un monde pluraliste. Il n'y a pas une vérité, fût-elle religieuse, qui dominerait l'ensemble des sociétés. Par conséquent, il y a un relativisme des valeurs. Ces valeurs sont portées par des communautés humaines à dominantes culturelles, religieuses?, enchaîne le père Labour.

Religion éternelle

Celui-ci constate, dans ce contexte de globalisation, une montée du communautarisme, qui est la revendication de l?originalité que l?individu ne veut pas perdre dans la mondialisation économique et culturelle. ?Nos sociétés modernes sont aussi marquées par la culture de l'émotionnel , du prêt à penser, du prêt à jeter, culte de l'immédiat pour lequel on peut s'enflammer et duquel on peut se détacher. Ce monde se méfie de tout ce qui est institutionnel?, analyse-t-il à ce chapitre.

Refusant de verser dans une quelconque opposition entre monde moderne et religions, Homa Mungapen, coordinatrice du conseil des religions, insiste sur le fait qu?à la base de toutes les civilisations, la religion s?est posée ?comme éternelle dans le passé et le futur?. La différence qu?elle opère se situe au niveau des rites et du sens profond de la religion. Ce sens profond se rapporte, selon elle, à l?éducation divine en vue de la transformation de l?individu et de la société.

?L?être humain a besoin de cette éducation divine. Que la société soit moderne ou pas, elle aura toujours besoin de cette éducation. Car on ne peut apporter de réforme à la société sans laisser la religion transformer le c?ur des individus?, assure Homa Mungapen. Encore faut-il que l?individu entretienne un rapport authentique à la religion. A ce titre, Majeed Korumtollee, membre du Muslim Citizen Council mais qui intervient ici en son nom personnel, fait remarquer qu?on peut ?soit s?investir spirituellement soit seulement porter un nom qui nous rattache à une religion et en faire ainsi une affaire d?identité?.

Le monde moderne est, en ce sens, très porté à faire surgir les questions identitaires comme autant de particularismes qui remontent à la surface dans un mouvement de repli. Il y a une autre explication à cet état des choses. ?Le monde moderne a été très fasciné par les découvertes scientifiques basées sur la raison et la recherche technologique. A partir de là, on a cru qu?on pouvait se passer de religion?, analyse Rafiq Hatteea, responsable du Cercle des mourides de l?océan Indien. La sacralisation de l?intellect et de la rationalité, ajoute-t-il, a créé un déséquilibre chez l?homme et la société. ?Sans le gilet de sauvetage de la spiritualité, on a mis l?humanité sur la pente de l?autodestruction. On se rend nettement compte que la rationalité ne garantit pas le bonheur des hommes?, confie notre interlocuteur.

Il est cependant un fait que l?évolution de la société commande un exercice de contextualisation. Il n?est pas simplement question d?adaptation à un monde moderne mais de la capacité à apporter des réponses nouvelles à un environnement qui génère d?autres types d?interrogation. Le père Labour estime ainsi qu?il y a, entre autres, trois manières de réagir aux nouvelles donnes. Dont le fondamentalisme qui rend compte de la peur devant un nouveau monde et indique une volonté de repli dans des dogmes et des pratiques immuables afin de s?éloigner de ce monde moderne, synonyme d?un lieu de perdition. ?La religiosité est une autre fuite qui consiste à s'adonner aux ?religions de la nuit? : sorcelleries, divinations, devineurs, cartomancie... Récemment l'actualité mauricienne a été marquée par une pratique de sorcellerie qui a mené à un sacrifice humain?, rappelle le vicaire général.

Enfin la troisième attitude possible est l'ouverture, le dialogue, le cheminement avec le monde en acceptant la remise en question. ?L'Eglise catholique, tout en étant elle-même traversée par les tendances précédentes, se situe aujourd'hui clairement dans cette troisième attitude et c'est le Concile Vatican II, lancé par Jean XXIII en 1962, qui marque cette orientation d'une Église ouverte sur le monde de ce temps compris comme un lieu où Dieu nous parle même s'il nous bouscule?, souligne le père Labour.

Cette attitude d?ouverture, Rafiq Hatteea la revendique également pour l?islam. Il cite, à cet effet, un verset du Coran : ?Toute l?humanité est la grande famille de Dieu et le plus aimé de Dieu est celui qui montre plus de bonté vis-à-vis de ses créatures.? Il est rejoint dans sa lecture par Majeed Korumtollee. ?Pour un musulman, il n?y a aucun problème d?adaptation. D?après mon interprétation des textes, l?islam est de tous les âges et le musulman peut vivre n?importe où et à n?importe quelle époque?, témoigne-t-il.

Homa Mungapen, pour sa part, relève que toutes les religions proposent des commandements qui agissent ?comme une puissante forteresse pour la protection du monde?. Toutefois, elle ne peut s?empêcher de noter qu?on attache désormais plus d?importance aux formes extérieures de la religion qu?à son sens intérieur. ?Malheureusement, à Maurice, la religion est devenue une compétition. Si on continue à penser en ces termes, on n?ira pas loin. La vraie religion n?a jamais été source de division?, fait-elle ressortir.

Nuançant quelque peu ces propos, le père Labour ajoute qu?on peut être ou apparaître très religieux et être loin de la foi. ?Les religions devraient aider les humains à entrer dans une relation authentique avec Dieu mais ce n'est pas toujours le cas malgré les apparences. C'est ce qui explique qu'il y a des hommes très proches de Dieu tout en n'appartenant à aucune religion?, conclut-il.

En disant Dieu et le monde sans l?affectation d?usage, on se rapproche un peu plus de cet objectif.

REACTIONS

Conseil National Bahá'í : ?L?intégration harmonieuse est un processus continu?

Pour la première fois dans l?histoire, il nous est possible d?appréhender la planète entière avec ses myriades de peuples, comme une seule entité, unie dans une destinée commune. On ne peut envisager sérieusement de remettre de l?ordre dans les affaires humaines sans tenir compte de la religion.

Historiquement la religion, en tant que source de motivation, a incité l?être humain à se dépasser et à tendre vers des normes éthiques et morales supérieures. En fait un nombre grandissant d?individus de par le monde, en Orient comme en Occident, s?aperçoit que la vérité sous-jacente à toutes les religions est fondamentalement une. Et l?effort déployé par les diverses religions pour se rapprocher les unes des autres est une réponse naturelle à la volonté divine. Il marque l?émergence de la maturité collective de l?humanité.

Mais l?intégration harmonieuse de tous les peuples, indépendamment de leur race, de leur religion ou de leur origine ethnique, est un processus continu qui exige de nouvelles approches en matière d?éducation. La vision Bahá'íe du rôle de la religion dans notre société moderne suppose donc l?adhésion au principe de l?unité organique de l?humanité et la transformation de l?individu et de la société. Elle suppose aussi la nécessité de placer l?organisation sociale sous le signe de la justice, seul principe capable d?établir la concorde.

La préservation des ressources de la planète, confiée en gage à chaque génération pour le bien-être de l?humanité et la mise en place d?une économie à dimension humaine, fournissant à l?homme tous les moyens nécessaires à son développement, y compris spirituel et moral constituent d?autres fondements de cette vision. Enfin, la préservation de la diversité culturelle de l?humanité, source d?enrichissement, et la promotion d?un dialogue constructif entre les religions du monde, au service de l?humanité, sont autant de principes d?une construction harmonieuse de la société.

Chinese Buddhist Pagoda ?L?humanité à la croisée des chemins?

François Lan Hing Leung, représentant de la Chinese Buddhist Pagoda, rappelle que durant les 5 000 dernières années, l?humain a fait l?expérience de nombreux dieux et de croyances. Il y a eu autant de guerres et conflits dans différentes parties du monde. Au point qu?aujourd?hui, il suffit simplement de presser sur un bouton pour déclencher la destruction totale de la planète et de toute la civilisation humaine.

?L?histoire des religions est parsemée de guerres, de massacres, de sacrifices et de contestations. Malgré ce côté négatif, les religions ont un rôle important à jouer car toutes les religions prêchent l?amour, la paix, la charité, la tolérance et la compassion.

Les chefs religieux doivent s?unir pour inspirer leurs fidèles à sauvegarder les ressources de la planète et notre diversité biologique. L?humanité doit protéger l?héritage pour des générations futures. Chaque religion a le devoir de rassembler ses fidèles et d?inculquer du plus petit au plus grand ses valeurs?, précise François Lan Hing Leung.

Ce dernier plaide aussi pour une certaine adaptation au monde global et moderne. ?Toutes les religions ont le devoir de se concentrer sur l?évolution de la société afin de trouver la bonne mesure pour une meilleure cohabitation et une entente multi-religieuse?, affirme-t-il.

Hindu Sanatan Dharma Sabha ?Pratiquer dans le respect?

Frappé d?une interdiction d?utiliser des haut-parleurs, le Coromandel Kali Mata Mandir s?était plié à la décision de la juge Saheedah Peeroo en 1996. Aujourd?hui avec recul, les dirigeants de ce temple plaident pour le respect des pratiques religieuses dans un respect encore plus grand qu?est celui de l?État de droit dans lequel les Mauriciens vivent. Lorsque la décision était tombée, ce n?est pas sans résistance que les dirigeants du temple l?avaient acceptée. Il était alors question des droits à protéger et des privilèges à préserver. Mais graduellement, on est revenu à de meilleurs sentiments même si aujourd?hui encore la peur de jouir de certains acquis taraude de nombreuses personnes.

?Dans le monde moderne, il faut une pratique de la religion dans le respect des autres. Nous vivons dans un État de droit où il y a plusieurs communautés qui composent la nation mauricienne. Il faut, dans ce contexte, éviter tout écart et dérive?, explique Vijay Jundoosing, secrétaire du Coromandel Hindu Sanatan Dharma Sabha.

Celui-ci rappelle que désormais dans une petite périphérie, on trouve aussi bien une mosquée qu?un temple, ou une église, ou encore une pagode. ?L?important, c?est notre droit à la prière. Et ce droit-là est immuable?, insiste Vijay Jundoosing.

BILLET

par Nazim ESOOF

Individualisme et clanisme

Le continuum religion et ethnicité est nettement perceptible à Maurice. Pour une société qui a connu le partage et la proximité, il aura suffi de certains chocs pour que la méfiance n?ombre à jamais les perspectives d?un vivre-ensemble qui transcende le poncif de la cohabitation pacifique. Dans une société toujours séculière en théorie et souvent cagote dans les faits, il est logique que le consensus prévale. On l?aura constaté dans l?affaire des haut-parleurs qui amplifient l?appel à la prière à une mosquée de Quatre-Bornes.

Dans une société qui rime affirmation identitaire avec revendications religieuses et ethniques, l?identification à la nation, au pays est de plus brouillée. Pire, le rapport entre l?être intime et l?être public est régulièrement soumis à des considérations de nature purement revendicatrice.

On a pu le constater ces dernières années. Le Mauricien est devenu de plus en plus indifférent à la souffrance des autres. Le règne de l?individualisme, résultat d?un développement où se mêlent capitalisme et une étrange dynamique de sécularisation, a permis aux citoyens de ce pays de construire un modèle de vie fondé sur le repli sur soi. A l?individu de diriger sa vie en demeurant hypocritement dans les paramètres fixés par les institutions et les autorités morales et religieuses du pays.

L?important est de ne pas s?attirer des ennuis. Autant donc éviter de prendre position. De s?engager. De lutter. A la limite, l?engagement pour Dieu et en faveur des hommes passe par des actions de solidarité ponctuelle. L?homme moderne est en état de capitulation. Il soigne ses faits et gestes pour se donner bonne conscience. Il a travaillé pour se rendre transparent. Ne pas se faire remarquer. Ne pas regarder autour de soi non plus. Vivre dans la léthargie de la réussite et dans le combat pour la survie. Enfin laisser la prolifération de la misère gangrener toute la société jusqu?à ce qu?elle éclate à notre visage et meurtrisse l?individu qu?on est.

C?est alors dans un geste désespéré que l?individu mauricien sort sa carte magique : le clanisme. Ce n?est plus du chacun pour soi. Mais de toute une ethnie pour soi. La meilleure façon de protéger ses intérêts n?est-elle pas de soutenir une appartenance à une communauté? Du coup, cet individu commence à interroger les principes laïcs de la République. Il relève parallèlement les carences d?un État de droit qui ne garantirait plus subitement les mêmes droits et la même justice à tous. Il se trouvera évidemment des hérauts pour défendre sa cause. Il redevient cet éternel victime et geignard qu?il s?était défendu d?être. Voire pour des intérêts particuliers, il découvre les vertus d?un fondamentalisme passif. Ce sont là quelques autres traits classiques figurant dans le catalogue des paradoxes de la société mauricienne. La critique de l?égoïsme est trop aisée pour qu?on s?y adonne ici. On s?est trop accommodé d?une perversion de l?espace public par des raisons pseudo religieuses pour rendre le citoyen mauricien coupable d?un quelconque incivisme. Ce qu?il est important de revisiter aujourd?hui, c?est la notion de bonheur public. Pour nous être emmurés dans nos fameuses traditions et nos compromissions qui nous ont épargné d?affronter les problèmes de face, nous nous retrouvons à présent, et c?était aussi le cas hier, dans une situation potentiellement dangereuse.

CARÊME CHRÉTIEN

La semaine sainte

Les Mauriciens de foi catholique vont vivre ces derniers jours du carême dans l?esprit qui caractérise la semaine sainte avant la Pâques. La semaine sainte commémore les derniers jours du Christ: le repas de la Cène, sa Passion, sa mort. Avec la fête de Pâques, qui célèbre la Résurrection du Christ, ces jours-ci sont un sommet de l?année liturgique.

Ce jeudi saint, l?évêque consacre les saintes huiles qui serviront lors de la célébration des sacrements. Ces huiles, conservées ensuite dans chaque paroisse, seront utilisées au cours de l?année à venir. Le jeudi saint est aussi la fête des prêtres. Tous renouvelleront leurs promesses sacerdotales devant leur évêque. Entouré des prêtres, Mgr Maurice Piat célébrera la messe chrismale à la cathédrale Saint-Louis à 10 heures ce jeudi 5 avril 2007. Cette messe sera transmise en direct sur MBC 3.

Le vendredi saint est, lui, centré sur le récit de la Passion et de la mort du Christ. Les chrétiens s?unissent à la Passion du Christ en observant un jeûne rigoureux et en se rendant à l?église assister à des offices religieux et adorer la Croix. Un chemin de croix avec les étapes de la Passion du Christ est proposé aux fidèles dans certaines paroisses. Un programme spécial avec la paroisse de Saint-Léon, à Quartier Militaire, sera diffusé le vendredi 6 avril 2007 à 21h25 sur MBC 3.

La célébration de la nuit du samedi saint est une ?veillée en l?honneur du Seigneur ressuscité?. Les catholiques célèbrent le passage des ténèbres à la lumière, la victoire du Christ sur la mort. C?est pourquoi, dans la nuit, le feu et le cierge de Pâques sont allumés. La flamme du cierge pascal est transmise aux fidèles. Souvent, au cours de cette veillée, des baptêmes d?adultes sont célébrés et la communauté des croyants renouvelle avec eux la promesse du baptême, nouvelle naissance en Christ ressuscité. La veillée pascale à l'église de St-François Xavier, à Port-Louis, sera retransmise sur MBC 3, de 20 heures à 22 heures.

Enfin le dimanche 8 avril, la messe de Pâques sera retransmise en direct de la paroisse de Notre Dame du Mont Carmel, Chemin Grenier, sur Radio Maurice à 9h30. A 20 h10, le message de Pâques de Mgr Maurice E. Piat sera diffusé sur MBC 1. A 20h35, MBC 1 retransmettra un programme spécial intitulé ?Zezi finn resisite. Na pa rest lebra krawze? avec la participation de la paroisse de Notre Dame du Sacré C?ur, à Camp de Masque.

Publicité