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Quand Corinna fait le plein
Voilà deux ans que Corinna Matouka, 27 ans, roule sa bosse comme pompiste. Elles ne sont pas beaucoup de filles à faire ce métier à Maurice, mais Corinna, elle, s?y plaît bien. Et le métier lui va comme un gant. Musclée, avec de larges épaules, il vaudrait mieux ne pas la contrarier et garder ses distances?
Qu?à cela ne tienne, Corinna, c?est aussi une jeune femme extrêmement amicale. ?Enn mari meter dialog? et elle est cool, dit-elle. Débrouillarde, elle a fait plusieurs métiers avant d?atterrir à la station d?essence de Riche-Terre : elle a travaillé à l?usine, a été marchande de légumes et de fruits et a même exercé comme? maçon. Des métiers d?homme. Mais elle explique que les emplois typiquement féminins ne la branchent pas. ?Toul tan mo ena mouvman dan mo lekor mwa. Zame mo pa ti enn la cagn. Ou pou dir mwa asize fer coutur, mo pa pou kapav. Depi tipti mo ti contan sa bann tamtam la.?
Et puis, Corinna a déjà été pompiste pendant ses vacances scolaires. Elle avait cependant arrêté parce que ?ti tro fatigan?. Et pourtant, quelques années plus tard, elle remet ça. Pourquoi ? Sa vraie passion dans la vie, explique-t-elle, reste la musique et tout ce qui touche à l?art. Elle a d?ailleurs suivi des cours de flûte et de saxophone au Conservatoire François Mitterrand à l?âge de 18 ans. Mais Corinna est d?avis qu?à Maurice, on ne peut pas vivre seulement de la musique. ?Gagne cas ar la misik, me bocou gro malin gat travay. Li pa encourazan. Nou oblize fer de kitsoz a la fwa.? D?autant plus que ses parents ne travaillent pas. Alors que ses deux frères et sa s?ur sont mariés et ont, par conséquent, d?autres chats à fouetter.
?Zot bonzour, se enn gro mo?
Dès six heures du matin, elle commence son service. ?Met presion, chek deluil, chek delo, fer parbriz?? Voilà quelques-unes des tâches de Corinna. Et comment sont les clients ? ?Ena client ki vini, zot bonjour, se enn gro mot. Dan badinaz.? Cela, dit-elle, elle l?a compris à 100 %. C?est aussi ce qui contribue à la bonne ambiance à la station-service.
Mais certains clients savent aussi se montrer désagréables. Mauvais payeurs, ils veulent quand même être servis.
Il faut également composer avec les malentendus. ?Ena client dir 20 lits, nou tann plin li.? Et entre 20 litres et ?plin li ?, le compte est souvent très différent. Certains font exprès. Les clients ont souvent de quoi payer, mais ne le font pas, de sorte qu?il faut aller chercher des mécaniciens pour pouvoir vider l?excédent, raconte Corinna.
Corinna n?est pas la seule fille travaillant à la station d?essence de Riche-Terre. Deux autres femmes-pompistes l?ont rejointe depuis peu. Corinna, en serait-elle pour quelque chose ? ?Kapav dir monn encouraz zot. Enfin, lot in encouraz lot.?
Corinna incite les femmes à faire ces métiers d?hommes. ?Ninport ki kapav fer ninport ki travay, si zot anvi bien sir. An pasan, chapo a sa bann fam ki vinn premie minis la.?
Que pense Corinna des récents cas de braquages dans les stations-services ? ?Nou kapav enn ninja, enn karateka. Me kan enn dimoun in vini pou atak ou ou pa pou kapav fer gran chose.? Elle en a peur certes mais elle n?en fait pas pour autant une maladie.
En parlant d?arts martiaux, Corinna explique qu?elle faisait du judo et de la boxe française. Elle jouait aussi au football, il y a quelque temps de cela.
La danse ? ?Sa mo life sa.? Pour y arriver, elle s?organise : ?Enn ti lavi koumsa, nou pa pou kapav gayn tou. Ou bizin konn organiz li.?
?Met dialog, pran plezir, riye?? Voilà d?autres essentiels de la vie de Corinna. Ce qui fait la joie de nombreux employés et clients de la station-service de Riche-Terre. ?Kan bann client vinn la, zot dir Corinna kote !? Corinna s?est fait bien sa place dans ce monde d?hommes.
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