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Périls

26 février 2004, 20:00

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Si les affaires de la République semblent marcher au ralenti, c?est parce que des questions parasites accaparent le débat politique. Pendant de longs mois, des ministres ont eu, toutes affaires cessantes, à faire campagne au n° 7 et à se défendre d?avoir ?trahi leurs ancêtres?. Une fois la défaite électorale consommée, les gouvernants ont commencé à mobiliser les ressources pour réfuter l?allégation selon laquelle ils auraient ?trahi l?Eglise catholique?. La conséquence de cette situation, c?est que le pays connaît un passage à vide.

L?émission de télévision consacrée aux langues orientales mercredi est une parfaite illustration de la pente sur laquelle nous glissons. Pendant plus d?une heure, le ministre de l?Education a eu à juguler les incompréhensions, à nier des rumeurs fantaisistes, et à répéter des faits archiconnus mais que certains s?obstinent à ignorer.

Cet exercice de communication a été un gâchis. On aurait préféré entendre le principal responsable de l?éducation sur les enjeux réels du problème linguistique en milieu scolaire que sur les divagations de ceux qui affirment que les examens en langues orientales seront organisés par des associations socioculturelles.

Si on s?éloigne des thèmes d?importance, c?est essentiellement parce que la population se laisse entraîner dans une logique de l?ethnicisation. Des agitateurs répandent des visions simplistes qui tendent à faire croire qu?il existe partout des complots visant tel ou tel groupe ethnique. Chacun est amené à penser que l?autre est la source principale de ses propres maux.

Il est vrai que les propos des radicaux n?ont pas un grand écho. Mais cette réserve s?estompe quand leurs dérives sont légitimées par une institution respectable. En 1995, la contestation des langues orientales prit de l?ampleur seulement quand l?état-major du diocèse catholique s?associa au mouvement. En ce moment, il y a des prêtres qui interviennent lors des manifestations contre la comptabilisation des langues orientales. De même quand la Fédération des temples hindous tient des propos qui font référence à l?appartenance religieuse des ministres de la République, elle commet un sérieux impair.

Dans un climat d?ethnicisation intense, il est difficile de mettre fin à cette paranoïa qui voit derrière chaque décision politique une volonté de nuire à un groupe donné. Hier les uns se mobilisaient contre l?abolition du classement au CPE et y voyaient un sordide dessein gouvernemental de détruire ?l?élite rurale?. Aujourd?hui les autres développent un argument tout aussi fallacieux contre la comptabilisation des langues orientales. Pour les populistes, il est tentant de cristalliser des mécontentements autour de la question ethnique.

Avec la clameur qui s?élève, il y a des faits qui échappent à ceux qui sont sous l?emprise des discours incendiaires. Peu de personnes retiennent le fait que les 558 places réservées dans les collèges d?Etat aux meilleurs élèves des langues orientales disparaissent avec la nouvelle mesure. Une simulation basée sur les résultats des années précédentes a démontré qu?il y a un nombre nettement inférieur d?élèves qui tireront profit de la nouvelle mesure.

La focalisation sur le facteur ethnique peut compromettre la réforme annoncée du système électoral ou celle des administrations régionales. Les politiciens savent que la représentation proportionnelle et la taxe rurale sont ethniquement incorrectes. Quand la passion l?emporte sur la raison?

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