Publicité

Pygmalion ?

2 mars 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

C?est une attendrissante légende que nous fournit la mythologie grecque en la personne de Pygmalion. Sculpteur de grand talent dans l?île de Chypre, il réalisa un jour une statue de jeune fille tellement belle, aux formes tellement harmonieuses, qu?il en tomba immédiatement amoureux. Au point de renoncer à tout autre désir, à toute conquête de chair, pour contempler et désirer éperdument cette femme de marbre?

Un jour, las de cette admiration béate et stérile, il en appela aux dieux, supplia Aphrodite, déesse de la Beauté et de l?Amour, elle-même née de l?écume fécondée de la mer, de lui procurer une jeune femme comparable à cette statue, sortie de son art et de sa patience. La déesse réalisa étonnamment son v?u en insufflant la vie à cet être de pierre. Emerveillé, Pygmalion lui donna le nom de Galatée, et, pour son plus grand bonheur, épousa sa créature? De cette union, naquit Paphos qui plus tard fonda une cité à son nom, où s?élève un sanctuaire dédié à Aphrodite.

De ce joli conte est né le mythe de Pygmalion. On l?applique à ces artistes, à ces poètes qui deviennent amoureux de leur création, sculpture, peinture, héroïne de roman. Le thème a été repris par de nombreux créateurs. Par Chérubini, en 1804, dans son opéra du même nom. Le peintre Girodet dans son ?uvre « Pygmalion et Galatée », alors que le sculpteur Falconnet avait déjà taillé dans le marbre ce duo qui enchanta Diderot?

Au théâtre, G. Bernard Shaw fit représenter à Londres en 1912 une comédie humoristique, (on s?en doute) où l?on voit un professeur apprendre le beau langage à une fleuriste, jolie mais peu instruite des usages du monde. Pas sotte, la jeune femme, non seulement apprend vite, mais surpasse bientôt son pédagogue dépité, (mésaventure fréquente) ce qui brouille l?attirance amoureuse qui les reliait.

Ce nom de Pygmalion est ainsi passé dans le langage courant, pour désigner un maître capable de façonner une partenaire sans expérience, mais qu?il transforme et finit par aimer. À notre époque, les exemples ne manquent pas, à travers le théâtre, la danse, les arts, et bien sûr le cinéma. Au théâtre, Marcel Pagnol, Sacha Guitry, Jean-Louis Barrault : tous trois épousèrent leurs actrices. Même chose au cinéma : beaucoup de metteurs en scène épousent l?une ou l?autre des interprètes qu?ils ont découvertes et formées. Quelques exemples : Pagnol encore, François Truffaut et Fanny Ardant ; Sophia Loren avec son cinéaste de mari. Brigitte Bardot, qui ne se destinait pas du tout au cinéma, découverte dans un amour juvénile par un Roger Vadim, au flair infaillible, et qui fait de sa « créature » une star sans précédent. Il sera d?ailleurs le pygmalion de Catherine Deneuve, Jane Fonda, Marie-Christine Barrault?

Mais le rapport peut être inversé : c?est Simone Signoret qui a, en grande partie, « formé » Yves Montand?

En sculpture, et notamment dans les rapports de maître à élève, on peut citer Rodin et Camille Claudel. Admiration, qui deviendra réciproque, tyrannie du maître jaloux et vieillissant? Ce genre d?histoire n?est jamais simple, puisque l?art, la célébrité se mêlent intimement à la vie, le quotidien devenant souvent un obstacle trivial mais inévitable?

Dans la vie ordinaire, les rôles se dessinent de façon plus floue. Comme ? et chacun le sait ? les contraires s?attirent, (mais pas toujours?) il y aura vite l?un des deux partenaires qui « prendra le dessus », ou qui vivra dans l?ombre de l?autre, ce dernier manifestant la plus forte personnalité. En littérature, (mais en ces années 50-60, elle régnait aussi dans la vie) il y eut en France deux couples fameux, dans lesquels les rôles de pygmalion étaient évidents. C?est d?abord le duo (souvent en duel..) Sartre-Beauvoir. Sartre fut pour Simone de Beauvoir une véritable révélation. Jeune fille très douée, intelligente, éprise d?action, elle se convertit à la philosophie au contact de ce jeune maître, très simple mais très brillant, au demeurant très accessible, discutant avec ses étudiants qu?il retrouvait parfois dans les cafés de Saint-Germain des Prés? Leur « couple » fut d?ailleurs le modèle original de « l?amour libre », comme on disait à l?époque. Chacun vivait chez soi, mais la jeune Simone était impatiente de retrouver son philosophe?, qu?elle ne trouvait pas forcément seule, (les admiratrices ne manquaient pas).

Autre exemple, inversé : Elsa Triolet, qui fit de son poète de mari, aux goûts très bourgeois, un stalinien entêté. Aragon fut un écrivain remarquable, sauf quand il célébrait la douceur de vivre en URSS en des odes ridicules. Romancier de grand talent, poète ensorcelant, ce qui restera de lui fait partie de la grande littérature.

La Femme est génitrice, mais souvent formatrice. Comme chez Balzac, les Rastignac ont beaucoup appris par les femmes. Et pour l?homme, quoi de plus fascinant que d?être le Pygmalion d?une fée que l?on animera ?

Publicité