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La diplomatie économique vit probablement un de ses moments les plus intenses et les plus exaltants depuis la signature de la Convention de Lomé il y a trente ans. Depuis, nos dirigeants politiques ? de même que nos diplomates ? n?ont jamais été aussi actifs sur tant de fronts et ce, au même moment. Que ce soit à Washington, à Genève ou encore à Bruxelles, les initiatives de lobbying ne se comptent plus. Les enjeux sont graves. Notre textile, ainsi que notre sucre sont menacés par le vent de libéralisation au niveau du commerce mondial. Il nous faut convaincre les super-puissants de la planète que des économies comme la nôtre auront besoin, pour quelque temps encore, de marchés d?exportation protégés.
A bien des égards, il s?agit d?une course contre la montre. Les grandes échéances se rapprochent, tandis que les divergences entre le monde industrialisé et les pays en développement s?amplifient La fameuse réunion ministérielle de l?Organisation mondiale du commerce à Cancun, au Mexique, en septembre prochain devrait livrer son verdict sur plusieurs points en suspens.
Le calendrier des négociations a amené notre diplomatie économique à être plus revendicative et plus précise dans ses revendications. Il y a définitivement un ton plus percutant, même si cela dérange. Sir Anerood Jugnauth était bien inspiré la semaine dernière, quand il a fait comprendre à ses interlocuteurs américains que les préférences accordées à tout le monde équivalent à des préférences à personne. Son appel pour que les Etats-Unis soutiennent les revendications africaines à Cancun ne relève nullement de la courtoisie. Il y a là une urgence.
La voix africaine au sein notre politique étrangère se fait entendre de plus en plus. Maurice s?est rendue à l?évidence qu?elle partage largement les mêmes préoccupations immédiates que les pays africains. La solidarité africaine a désormais une importance plus que vitale aux yeux de notre politique étrangère.
Pendant trop longtemps l?Afrique a été tout simplement exclue de notre démarche de diplomatie économique sur le plan international. La référence à l?Afrique dans les discours de nos dirigeants était largement symbolique. Or, nous découvrons que notre adhésion à la cause du continent noir peut nous rapporter gros ? ou tout au moins nous éviter de perdre gros.
Les principaux sujets qui donnent un sens à cette cohésion sont nombreux : le nécessaire traitement spécial des pays en question dans les échanges commerciaux des produits agricoles et industriels; la question de la commercialisation des médicaments génériques; les nouvelles dispositions prévues pour les rapports entre le bloc ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et l?Union européenne (UE) avec la mise en place des Accords de partenariats économiques (APE).
L?Afrique est en faveur d?une libéralisation graduelle du commerce international. Les propositions de Girard destinées à éliminer les tarifs préférentiels sur le commerce des produits non agricoles sont ni plus ni moins un moyen de soustraire à l?Afrique une chance d?accéder à une autre étape de son développement.
La récente réunion des ministres du Commerce de l?Union africaine (UA) tenue à Maurice est venue démontrer de manière on ne peut plus éclatante que l?Afrique, de son côté, veut tirer profit de la crédibilité dont jouit Maurice dans les instances internationales. Le choix de Jayen Cuttarree pour devenir le porte-parole de l?UA lors des prochaines négociations de l?OMC répond en partie à cette préoccupation.
Maurice n?a pas d?ennemis, mais se fait de plus en plus d?adversaires sur les marchés d?exportation. A l?exception du contentieux Chagos, la politique étrangère mauricienne n?a pratiquement aucun dossier politique litigieux à gérer en permanence. La diplomatie peut donc se mettre principalement au service de nos intérêts commerciaux et économiques. C?est là un luxe que très peu de pays africains, par exemple, peuvent se permettre. On ne peut toutefois que souhaiter que le gouvernement songe sérieusement à créer un ministère qui s?occupera uniquement du commerce international.
La Convention de Lomé et le Protocole sucre ont assuré le développement économique et la stabilité sociale et démocratique du pays pendant trois longues décennies. Aujourd?hui, les avantages sont beaucoup plus difficiles à obtenir et leurs bénéfices se perdent trop facilement dans la dynamique des négociations. Le temps de la ?sugar diplomacy? est bel et bien derrière nous.
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