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Promenade en champ artistique au MGI
Le 24e Salon de Mai rassemble, jusqu?au 4 juin, à l?institut Mahatma-Gandhi, Moka, une soixantaine d?artistes et autant d??uvres (peintures, sculptures, assemblages hétéroclites, montage audiovisuel frisant parfois la pollution sonore). C?est un rendez-vous artistique régulier avec lequel il faut compter si l?on veut prendre de temps en temps le pouls artistique d?une élite mauricienne.
Il ne peut pour autant prétendre être exhaustif car, rien qu?en procédant à un relevé superficiel des expositions individuelles et collectives tenues ailleurs qu?au MGI, durant ces deux dernières années, nous constatons l?absence au Salon de Mai, d?une quarantaine de peintres, dont des talents aussi confirmés que Claude Bétuel, Roger et Bernard Charoux, David Constantin, Pascal La-gesse, Marc Randabel, Siddick Nuck-cheddy, Kistnasamy Kistnen, Saïd Hossabee, Jocelyn Thomasse, Alex Leju-ge, Rirette Faron, Diane Henri, Gilberte Marimootoo-Natchoo, Nathalie Péri-chon, pour ne citer que ceux-là. C?est dire la richesse du potentiel artistique existant et qu?on aurait tort de confirmer au figuratif, sinon à l?expressionnisme.
De quoi regretter l?absence d?une galerie nationale
Le Salon de Mai offre toutefois aux amateurs de Beaux-Arts l?occasion d?une belle promenade contemplative, leur permettant d?admirer des ?uvres inédites dont celles, entre autres, de Pierre Argo, de Jeanne-Gerval Arouff, de Vaco Baissac, de Dev Chooramun, de Mala Chummun Ramyead, de Dhya-neswar et Vynaud Dansoa, d?Yves David, de Lalit et de Mila Gupta, de Françoise Hardy, de Nirmal Hurry, de Kalindi Jundoosing, de Jhalid Nazroo, de Krishna Luchoomun, de Neermala Luckeenarain, de Moorty Nagalingum, de Nalini Treebhoobhun.
De quoi donc regretter de nouveau l?absence d?une galerie nationale qui nous permettrait de passer en revue un bel échantillonnage de nos peintres et sculpteurs passés, présents et même futurs car le MGI est, par essence, une pépinière de nouveaux talents. On ne compte plus, en effet, les jeunes talents avouant avoir reçu leur première formatin artistique à l?école des Beaux-Arts de cette institution de Moka.
Il faut y voir la principale raison de nous réjouir car, trop longtemps, nous avons eu à nous fier l?éclosion de talents spontanés, ne pouvant bénéficier, au départ, des conseils éclairés de professeurs du calibre d?un Moorthy Nagalingum.
L?invité de marque du vernissage de ce 24e Salon de Mai, M. José Poncini, a raison de souligner l?importance de la créativité artistique dans une île Maurice en quête de nouveaux piliers économiques, compte tenu des obstacles commerciaux et de la globalisation assombrissant par trop l?horizon de nos industries.
On ne peut guère se plaindre de la tenue régulière d?expositions artistiques ici et là, ni de l?explosion du nombre de nos galeries de peinture commerciales. Le fouillis, dans lequel sont exposées les toiles à vendre est amplement compensé par la variété et par la multiplicité des talents locaux mis en exergue. De plus, on peut y compter sur une sélection plus rigoureuse, encore que soumise aux exigences commerciales, que celle plus accueillante et plus libérale du MGI.
Elles ont le mérite de pouvoir offrir à tout moment aux amateurs d??uvres artistiques, tant locaux qu?étrangers, un bel échantillon du savoir-faire mauricien en matière de production d??u-vres d?art. Notre MBC-TV sait ouvrir, à l?occasion, son temps d?antenne à nos artistes, offrant du même coup à ses téléspectateurs un rapide contact avec nos peintres et sculpteurs.
On peut chicaner sur l?horaire de ces émissions culturelles ou encore le manque de promotion interne. Tout cela est pourtant une invitation à contemplation et à émerveillement. Rien ne saurait toutefois remplacer l?effort personnel qui seul peut permettre à toute personne de se hausser à une certaine élévation de l?âme et de l?esprit. Nous pouvons conduire la mule à la source mais pas l?obliger à se désaltérer.
Nous ne pourrons jamais amener un public réticent à une exposition de peintures, ni lui faire comprendre que la couverture d?une boîte de chocolats n?est pas forcément le nec plus ultra dans le domaine du Beau. L?accès au Beau se démocratisera peut-être quand les directeurs de nos collectivités locales et de nos établissements scolaires se disputeront le privilège de recevoir en leurs murs ne serait-ce qu?une partie de ce 24e Salon de mai mémorable.
Ce Salon de Mai doit être une invitation à nos chefs d?entreprise, à nos chefs de départements gouvernementaux et semi-gouvernementaux, à nos responsables municipaux et de collectivités locales. Ils doivent apprendre à consacrer ne serait-ce qu?une infime partie du budget annuel qui leur est alloué pour acquérir des ?uvres de nos meilleurs artistes locaux, pour orner les murs des couloirs de nos bâtiments publics ou semi-publics, afin que ceux qui y travaillent et ceux qui doivent s?y rendre pour affaire, puissent prendre conscience que l?homme ne vit pas seulement de pain, mais aussi de tout ce qui peut nourir son esprit à embellir le monde dans lequel il vit.
Laissons ceux essayant d?améliorer ce qui peut l?être dans notre société et contentons-nous de déambuler dans les trois salles d?exposition de l?école des Beaux-Arts du MGI et de nous arrêter, émerveillés, devant les toiles nous interpellant le plus, en raison de leur beauté ou de leur aspect novateur.
Ne prenons pas forcément la peine de savoir qui fait quoi, le titre d?une ?uvre exposée ou sa valeur marchande. Ces détails n?ont rien à voir avec l?art. Nous avons droit successivement à un patchwork réussi, de carrés de bois veinés, striés et ampoulés à souhait et à une superposition de formes ovales que dominent les teintes verdâtres, mélange d?harmonie et de déséquilibre.
Plus loin, un cadre revêtu de feuilles-fleurs, transpercé de rayons ondulés et menaçants que peut émettre un noyau central aux formes cabalistiques : un mélange de peinture et de sculptures hautement décoratives. Fashion?s Grips offre peut-être une pointure de chaussons mais qu?entoure un bracelet, jouxtant un bras s?achevant en gueule de serpent avec incisives et langue sifflante.
Jeanne Gerval-Arouff opte pour le « dites-le avec des fleurs » et demande à un champ de simples marguerites d?exprimer son acte d?amour. Gupta Mila domine de la tête et les épaules cette première salle. Elle possède la patience et l?esthétique pour recréer une vision plus belle que nature, faite de palmistes élancés et finement enracinés, bordés de feuilles géantes et de végétation colorée et luxuriante. Trop beau pour être mis en vente. Comment ne pas comprendre l?artiste tenant à son ?uvre come la mère tient à son enfant ?
Varsha Rambarassah nous offre un détail d?un vol pas forcément de « gerfauts hors du charnier natal » mais ayant de quoi inspirer un autre poète. C?est beau comme du marbre coloré et tourmenté. Désobéissons à Marie Michèle Julien et ne faisons par silence son beau visage africain simplement esquissé pour qu?on entende mieux la plainte séculaire qu?on veut étouffer.
Khalid Nazroo s?empâte. Françoise Hardy de même. Nous les avons connus plus linéaires, plus fort. Moorthy Nagalinghum demeure la pureté de l?esquisse gravée sur la toile granulée, pureté des formes, pureté des lignes. Vaco Baissac excelle aussi à mettre un maximum de tendresse et de vie dans un dessin simplifié et esquissé à l?extrême.
Une pléiade d?artistes à suivre de très près
Descendons quelques marches et laissons Yves David nous accueillir avec une vue sublime et peu connue de Belle Isle, à Médine-Bambous. En face, une belle tête sculptée de Dhyaneswar Dausoa, révélant une teinte propre tirant sur le grenat. Plus loin, un beau cadre rectangulaire, peuplé de pignons, de grandes roues dentées, de pédaliers et autres pièces mécaniques de bicyclette. L?om-bre qu?il projette serait encore plus angoissante si la source lumineuse pouvait être mobile.
En face une belle présentation audiovisuelle est gâchée par un martèlement qui ressemble à s?y méprendre à une pollution sonore. Une réalisation artistique accessible à ceux confondant l?Allée des Filaos et la chapelle Sixtine. Revenons sur nos pas pour admirer une belle réalisation d?Avi-nash Ramsurrun, sachant faire confiance au seul jeu de l?ombre d?un gros fil électrique sur une tôle ondulée. Maa de Rikesh Boodhun ne passe pas inaperçue, avec ses formes féminines outrageusement rouges. Mais, à bien regarder, un bras possède la délicatesse d?une peinture de Chagall.
Descendons encore un niveau afin de pouvoir contempler des ségatiers de Kalindi Jaulimsing, un déhanchement d?une belle élégance, sculptée par Vy-naud Dausoa, un puzzle coloré et bien agencé de Javed Bahadoor et surtout les panoramas lunaires et superposés, tout en transparence, de Sultana Haukim.
Peut-être trop à voir et à admirer en une seule balade à travers tant d??uvres de qualités esthétiques inégales. Peut-être une trop grande parcimonie dans les notices explicatives et biographiques des différentes ?uvres et de leurs auteurs. Peut-être l?absence d?un catalogue, payant bien sûr, permettant aux visiteurs avisés de rapporter chez eux un aperçu plus complet de ce que peut nous offrir cette pléiade d?artistes à suivre et de très près.
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