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Progression modérée des Bourses en 2005

5 janvier 2005, 00:00

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L?année 2005 s?annonce comme un millésime plutôt moyen sur les Bourses occidentales. Selon les gérants et analystes financiers interrogés par Le Monde, les actions ne devraient pas faire mieux qu?en 2004. L?année passée, à Paris, l?indice CAC 40 n?a progressé que de 7,4 %. A Wall Street, le Dow Jones a terminé, lui, en hausse de seulement 3,15 %. Ces deux chiffres n?ont rien d?extraordinaire mais restent bien supérieurs à l?inflation.

Pour 2005, les plus optimistes tablent sur des progressions de 10 % (soit un CAC 40 à 4 200 points fin 2005 et, à Wall Street, un indice Standard & Poor?s à 1 330 points). Les pessimistes, eux, n?espèrent que des reversements de dividendes. L?éclatement de la bulle technologique, en 2000, les a rendus prudents : aujourd?hui, les financiers raisonnent en termes de risques.

L?évolution du marché des changes, notamment le ?risque dollar?, est la principale inquiétude. Le billet vert n?en finit plus de dégringoler face au yen et à l?euro. Il a encore perdu presque 7 % face à la monnaie européenne ces deux derniers mois et s?établissait, fin 2004, à 1 euro pour 1,3554 dollar. Si les banques centrales asiatiques, principaux financeurs du déficit courant des Etats-Unis, cessaient d?acheter des obligations d?Etat américaines, le marché obligataire américain pourrait entrer en crise.

Une remontée des taux d?intérêt à long terme serait alors probable, ce qui donnerait un brutal coup de frein à l?économie des Etats-Unis, donc à l?économie mondiale. Un scénario catastrophe évidemment pénalisant pour les actions. ?C?est l?épée de Damoclès qui pèse sur les marchés financiers?, note Romain Boscher, responsable de la gestion des actions européennes chez Groupama Asset Management. ?Il y a encore quelque temps, cela semblait aller de soi que tout le monde allait contribuer au financement de l?économie américaine. Aujourd?hui, le doute est dans l?esprit de chacun?, explique Philippe Waechter, directeur des études de Natexis Asset Management.

Dans le même ordre d?idées, le ?risque euro? est également pris très au sérieux. L?appréciation de la monnaie unique face au dollar pénalise les exportations de la zone euro, donc sa croissance. La progression du produit intérieur brut de la zone pourrait plafonner à 1,5 % en 2005, contre 3 % aux Etats-Unis, selon la société de gestion Schroders. Une mauvaise nouvelle pour les Bourses européennes.

En revanche, les craintes liées à des hausses du loyer de l?argent, aux Etats-Unis ou en Europe, sont moindres qu?au début 2004. ?Une hausse des taux courts de la banque centrale américaine est très probable, mais le marché des actions peut encaisser une hausse jusqu?à environ 4,5 %, contre 2,25 % actuellement?, assure Alain Bokobza, responsable de la stratégie des marchés de la Société générale.

<B>Espoirs de gains</B>

La poursuite de la flambée des prix des matières premières et du pétrole inquiète aussi, mais sans affoler. Les analystes comptent, paradoxalement, sur le ralentissement attendu de la croissance mondiale en 2005 (3,6 % contre 4,7 % en 2004, selon Morgan Stanley) pour que s?apaisent les tensions de ces derniers mois sur les marchés du pétrole, de l?aluminium, du cuivre ou de l?étain.

Les risques géopolitiques restent également présents. Certains spécialistes évoquent aussi l?omniprésence sur les marchés financiers des fonds spéculatifs, aux stratégies d?investissement perturbantes pour les gérants classiques.

Si les investisseurs gardent des espoirs de gain, c?est avant tout parce que les actions restent à leurs yeux bon marché (surtout les européennes et les japonaises). Le price earning ratio (PER), qui mesure la cherté d?une action par rapport à ses bénéfices attendus, n?est que de 12,5 sur les actions européennes et de 15 sur les américaines, selon la Société générale. Début mars 2004, à Wall Street le PER tournait autour de 18. Par ailleurs, les placements alternatifs, plus rentables et moins risqués, sont rares. Les investisseurs commencent à trouver l?immobilier trop cher et craignent une correction du marché obligataire, qui doit ?tôt ou tard s?ajuster à un contexte qui n?est plus déflationniste ni récessif et à des politiques monétaires qui ne seront plus exceptionnellement accommodantes?, selon le Crédit agricole.

La croissance des bénéfices des entreprises ? puissant soutien des marchés d?actions ? devrait se poursuivre en 2005, en dépit de la décélération attendue des économies, et même si ?l?effet des restructurations massives intervenues entre 2001 et 2003 (déstockage, désinvestissement, désendettement, réductions d?effectifs...) est derrière nous?, affirment les analystes de Global Equities. Ceux de Groupama Asset Management, plutôt pessimistes, prévoient encore des croissances de 9 % des bénéfices des entreprises en zone euro (et de 5 % aux Etats-Unis).

Enfin, tous espèrent une franche reprise des rachats d?entreprise et des introductions en Bourse. Wall Street a été le théâtre, fin 2004, de quelques grandes man?uvres (Le Monde du 17 décembre 2004), qui ont contribué à animer les cours. Les entreprises seraient mûres pour un nouveau cycle de consolidation : elles se sont désendettées et disposent de liquidités en abondance. La Bourse de Paris s?apprête par ailleurs à accueillir de nouvelles privatisations (EDF et Areva), qui pourraient ramener les particuliers vers les actions.

Si l?optimisme l?emporte, les boursiers ne se font pas d?illusion : pour gagner de l?argent en Bourse, ?il va falloir se creuser la tête, aller chercher les perles rares, sur toutes les zones géographiques et dans tous les secteurs de l?industrie et des services?, glisse un gérant parisien. En 2004, beaucoup ont parié sur les Bourses des pays de l?Est et les petites capitalisations. En 2005, il faudra trouver autre chose. Certains conseillent d?acheter des actions japonaises, des valeurs énergétiques, de la pharmacie ou des éditeurs de logiciels, mais d?éviter les actions américaines et les secteurs très liés au cycle économique (la distribution, les biens de grande consommation, etc.).

<B>Une cote unique à Paris en février 2005 </B>

Une nouvelle gamme d?indices de valeurs moyennes entre en service à la Bourse de Paris le 3 janvier : le CAC Mid 100, composé de 100 valeurs dont la capitalisation boursière sera comprise entre 250 millions et 4 milliards d?euros, le CAC Small 90, avec 90 valeurs pesant moins de 250 millions d?euros, et un indice de valeurs technologiques, le CAC IT 20. Le CAC 40 et le SBF 120 sont maintenus, mais les indices Nouveau Marché, Second marché ou Midcac devraient disparaître.

La vraie réforme de la Bourse parisienne n?interviendra que le 18 février, avec la fusion du premier, du second et du Nouveau Marché en une cote unique. Il s?agit de rendre la cote plus lisible et d?encourager notamment les petites et moyennes entreprises (PME), qui avaient plutôt tendance à quitter la Bourse ces derniers temps, à s?y introduire à nouveau. Dans le courant du premier semestre, le Marché libre devrait par ailleurs être remplacé par Alternext, un autre marché non réglementé, aux conditions d?accès simplifiées.

Cécile Ducourtieux

(source : Le Monde)

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