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Profs : Ils devront enseigner autrement
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Profs : Ils devront enseigner autrement
Faire apprendre avec plaisir, tout en respectant le rythme de chaque enfant, c?est l?essentiel du métier d?enseignant. Le programme dans les écoles primaires et au collège Towards a quality curriculum ? strategy for reform, lancé début novembre par le ministre de l?Éducation, Dharam Gokhool, veut mettre en place une nouvelle pédagogie basée sur cette philosophie de l?enseignement.
Le professeur devra dorénavant évoluer dans un système qui s?articulera autour de l?évaluation continue de la performance de l?enfant. Ce qui remet en question la méthode d?enseignement pratiquée jusqu?ici. Et il n?y a pas à sortir de là : les profs devront procéder autrement.
Dans le système actuel, l?enseignant se concentre sur la réussite aux examens de fin d?année. Unique pourvoyeur du savoir et des connaissances, il ne fait que suivre le programme d?études, au détriment de la pensée critique, des connaissances et de l?approfondissement. Or, ce n?est plus ce qu?on demandera à l?enseignant.
Dorénavant, il devra observer le comportement de l?élève, communiquer ses observations aux parents, travailler en individuel auprès de chaque élève, l?encourager à prendre part aux activités organisées en classe, être imaginatif? C?est ce qui lui permettra d?évaluer ou encore de constater le progrès chez ses élèves.
Un enseignant d?une école des Plaines-Wilhems qui préfère garder l?anonymat se dit contre les examens de fin d?année, mais est favorable à l?introduction d?un examen en Form III comme préconisé par le document du ministère de l?Éducation. « Le stress et l?anxiété, l?état physique ou émotionnel, l?épreuve ou encore les difficultés de concen-tration peuvent fausser les performances d?un élève », affirme-t-il.
Pour cet instituteur, les vraies performances et les connaissances d?un élève se jugent au quotidien. « Un vrai pédagogue, selon lui, est celui qui, au fil d?observations quotidiennes, et non à l?aide d?une seule épreuve, est capable d?apprécier le travail et le progrès d?un élève. » Voilà un instituteur qui n?aura pas de mal à s?adapter à la nouvelle pédagogie.
<B>« Un véritable changement d?attitude »
Mais quelles devront être les compétences de ce nouvel enseignant ? « L?appro-che doit être scientifique, avec un système d?encadrement, de suivi, d?évaluation et de formulation de solutions », explique Rada Tirvassen, chargé de cours au Mauritius Institute of Education (MIE). Les bonnes idées pour promouvoir la nouvelle pédagogie, souligne Nasser Beeharry, enseignant depuis 15 ans à la Flacq Post RCA, doivent être récompensées. « Les professeurs seront alors motivés et voudront faire avancer la cause des enfants. »
Rada Tirvassen estime que l?adaptation à la nouvelle formule est une nécessité. Pour lui, les conditions sont réunies pour que les enseignants négocient, de façon relativement souple, le changement que nécessitera la mise en place de cette réforme. Depuis 20 ans, indique-t-il, les professeurs sont exposés à la nécessité de remettre en cause, de manière constructive, leur mode de fonctionnement. Cependant, Rada Tirvassen met en garde contre la tendance à minimiser la résistance de certains enseignants. Il estime que le système d?encadrement permettra de repérer les obstacles à une adaptation des profs et d?y remédier.
Un ex-chargé de cours au MES, qui connaît très bien les défauts du système actuel et les remèdes pour les corriger, est d?avis qu?il faut « un véritable changement d?attitude, d?approche, de culture chez les enseignants formés dans l?ancien système. On va demander à des professeurs d?abandonner un mode de transmission du savoir basé sur l?apprentissage par c?ur, la préparation d?examens dans le seul but d?être reçu, pour un modèle qui exige d?évaluer l?évolution de l?enfant ».
Dans cette perspective, indique-t-il, l?enseignant devrait pouvoir stimuler la passion de l?enfant à maîtriser de nouvelles connaissances, l?initier au travail de groupe, l?inciter à développer son aptitude à rebondir après une erreur. « L?école deviendra désormais une sorte de microcosme où l?élève apprendra à être autonome, une condition indispensable pour évoluer avec les autres et en prenant une part active aux activités proposées. Dans le cadre de la nouvelle formule, l?enfant ne sera pas évalué par rapport à la somme de connaissances acquises, mais pour vérifier s?il a réellement maîtrisé les outils lui permettant d?acquérir d?autres savoirs. » Cette posture rend possible le repérage des difficultés, souligne-t-il.
L?ex-chargé de cours du MIE prévoit toutefois des écueils associés au système d?éducation actuel : la pression qu?exercent les parents et la société pour que dès la Standard IV, l?accent soit mis sur la réussite, la résistance au changement, la dévalorisation de la profession d?enseignant, la difficulté pour certains d?évoluer dans un système où il va falloir rendre compte de l?évolution permanente de l?écolier, et enfin le découragement devant l?effort à fournir.
« Malgré tout, les chances de réussite de la réforme sont réelles. Il ne faut toutefois pas attendre les résultats trop vite et donner du temps au temps », confie notre interlocuteur.
Mais déjà, une poignée de personnes font de la résistance. Gassen Murugan, enseignant au primaire à la James Toolsy Government School trouve qu?il y a beaucoup de contradictions dans ce document. « Je ne crois pas que les parents seront d?accord pour éliminer le CPE. Sinon, sur quels critères se basera-t-on pour admettre un enfant dans un établissement comme le collège Royal ? Les parents seront, en revanche, heureux qu?on réduise la charge de travail de l?élève. »
<B>Certains font déjà de la résistance</B>
Vinod Seegum, président de la Government Teachers?Union (GTU), trouve également à redire. Dans le nouveau programme d?enseignement, des sujets tels que la Health & Physical Education et les arts deviendront des sujets principaux.
« Comment voulez-vous qu?un enseignant âgé ou malade ou encore une institutrice enceinte puissent enseigner l?éducation physique ? Sans compter que certaines écoles ne disposent que d?un mouchoir de poche en guise d?aire de jeux. » Il préconise le recrutement d?instituteurs supplémentaires pour l?enseignement de ces matières. Notre interlocuteur est aussi d?avis que les cours d?éducation sexuelle, prévue en Std V et VI devront être dispensés par des ONG comme la Mauritius Family Planning Association.
Comment s?assurer de l?harmonisation des notes, se demande-t-il encore ? « J?ai des doutes quant à ce système. Un enseignant pourra favoriser des élèves qui prennent des leçons particulières avec lui. En revanche, je trouve positif l?inclusion de certains sujets comme les valeurs morales, qui seront testées, au programme d?études. »
Malgré les dissensions, la plupart de ceux interrogés approuvent le nouveau programme. « Les élèves ont tout à gagner. Les enseignants, en tout cas beaucoup d?entre eux, en sont partie prenante », conclut un enseignant du primaire.
<B>Quand l?école privée prépare l?enfant à la vie</B>
Les Bundhoo sont loin d?être une famille aisée. Pourtant, en voyant l?épanouissement d?un de leurs neveux, élève dans une école primaire privée, Mélina et son mari Jean-Paul n?ont eu aucune hésitation. Bryan, leur aîné, suivra les traces de son cousin. « Notre neveu s?intéresse à la peinture, au théâtre et je me souviens du jour où il nous a ravis en récitant un poème », confie Mélina.
Les Bundhoo sont prêts à se saigner aux quatre veines pour permettre à leur fils d?avoir une éducation de qualité. L?école publique, selon eux, n?est pas suffisamment orientée vers le développement de l?enfant. « Au départ nous souhaitions qu?il soit admis à la Baichoo Madhoo Govt School, mais nous remettions cette décision en question chaque année, à l?annonce des résultats du CPE. On voulait de moins en moins qu?il intègre la rat race », poursuit Mélina.
Comme Mélina et Jean-Paul, ils sont de plus en plus nombreux à confier l?éducation de leur enfant aux établissements privés. Et comme certains d?entre eux sont très prisés, les parents n?hésitent pas à s?y prendre en avance. Ainsi, à l?École du Centre, rendez-vous est pris dès la naissance de l?enfant. « Toutes les places en classe préparatoire sont déjà réservées pour l?année prochaine », nous confirme une préposée de l?École du Centre.
Marie-Claire Heerah, la directrice de la St Nicholas Grammar School, explique, quant à elle, cet engouement par le fait que les parents, en tout cas ceux qui en ont les moyens, recherchent une « éducation complète » pour leur enfant.
« À la St Nicholas Grammar School, par exemple, les élèves reçoivent une formation qui comprend l?acquisition des connaissances inscrites dans le programme d?études, mais des valeurs morales, spirituelles, humaines, de même que la pratique du sport, de la danse, etc. » Tant et si bien qu?après les examens, les élèves reprennent une activité ou des cours. Et les livres empruntés à la bibliothèque ne sont rendus qu?avec un résumé de l?histoire préparé par l?enfant. Chaque mois, l?élève qui a donné le meilleur résumé est récompensé.
La discipline, un goût pour le travail bien fait, des relations humaines basées sur la compréhension et l?amitié, de bonnes manières, la confiance en soi, sont les autres valeurs mises en exergue. Certains enfants parviennent alors à surmonter leurs difficultés grâce à un encadrement qui repose sur la confiance.
« J?ai été agréablement surpris cette semaine de constater le progrès accompli par un de nos élèves qui souffrait de dyslexie. Il n?arrivait pas à lire et à écrire depuis son admission l?an dernier. Mais jeudi, il a obtenu une note de cinq sur dix à une dictée. C?était extraordinaire », confie Marie-Claire Heerah. Un progrès impossible à réaliser sans le dévouement infaillible des enseignants.
<B>Les points saillants de la réforme</B>
Le rapport Towards a quality curriculum du ministère de l?Éducation remet l?enfant au centre du système éducatif. Oublié le temps du ranking où l?élève n?était qu?une machine à passer des examens. D?ailleurs, le mot examen lui-même cède la place à une structure d?évaluation continue des élèves, système qui passe pour être plus child friendly. Il n?est donc pas étonnant que cette copie retravaillée du ministère de l?Éducation soit accueillie favorablement, à quelques exceptions près.
Dans la philosophie de cette réforme, l?enseignant devient un guide qui chemine aux côtés de l?enfant. Il évalue méthodiquement sa progression et ses aptitudes à acquérir les connaissances qu?exige le programme. Le recours à l?informatique comme outil pédagogique est également recommandé dès le début du cycle primaire. Si l?enfant trébuche, l?enseignant lui apprendra comment rebondir et repartir sur de bonnes bases. Pour répondre à ces exigences, le professeur doit être créatif, imaginatif et doit s?investir dans la préparation et la conception de ses cours. Le programme inclut aussi des sujets qui contribueront à élargir l?horizon de l?enfant.
L?enseignement au collège renforcera, quant à lui, les connaissances acquises au primaire. Le cycle comprendra la filière pré-profesionnelle et une autre classique. Ce n?est qu?en Form III qu?une évaluation des compétences acquises dans l?écriture, le calcul, les sciences de base et l?informatique sera faite. Les programmes pour les classes de fin d?études secondaires seront revus pour les rendre plus flexibles.
Le National Curriculum Advisory Committee se chargera, quant à lui, de définir les grandes orientations de l?éducation à Maurice. Enfin, l?élaboration d?un programme d?enseignement national a été confiée au National Curriculum Steering Committee.
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