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Privilégier l?art pour conter l?histoire d?un camp sucrier

16 mai 2005, 00:00

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L?événement est unique et certainement une grande première à Maurice. Avant que la modernité n?efface toutes les traces physiques de son existence, le camp sucrier de Beau Séjour-Piton s?expose.

Du 19 au 23 mai, l?espace du Lower Camp de Beau Séjour-Piton, spécialement aménagé pour l?occasion, raconte une parcelle de l?histoire des camps sucriers et de leurs habitants. Sous le titre Du camp sucrier et au-delà, à travers une série de photographies et de sculptures, Ashok Kalloa, artiste issu lui-même de la localité, dévoile le parfum sucré d?un temps où les cris de joie des enfants consolaient la misère des parents.

À travers ces images, témoins du temps de la génération de nos grands-parents, ce sont les souvenirs d?une vie lointaine au milieu des champs de cannes, dont l?écho résonne encore et encore à travers une note de nostalgie, qui remontent.

Artiste récompensé plus d?une trentaine de fois en photographie, peinture, artisanat et sculpture, Ashok Kalloa est aussi l?auteur de la sculpture aquatique qui orne le bassin de la municipalité de Port-Louis. Cette exposition ?qui bénéficie de la collaboration de l?Aapravasi Ghat Trust Fund, du Piton Village Council et de la propriété sucrière de Mon Loisir, sera dotée d?un cadre à la mesure de la dimension historique de son sujet?, nous explique-t-il. Ainsi, l?ancien espace des jeux, à côté du temple tamoul, servira à disposer une dizaine de sculptures de l?artiste représentant les travailleurs du champ. À côté, sur l?ancienne place du Télé-box, une dizaine de kiosques en bois et en paille ? décor qui rappellera à plus d?un la réalité pittoresque d?un temps révolu ? seront érigés pour abriter les photographies de différentes dimensions allant de 18 x 24 cm à 50 x 70 cm.

Ces photographies seront disposées en plusieurs compositions. La première composition confrontera les images du vestige des camps sucriers qui existaient jadis avec celles de ceux qui existent encore comme le Upper Camp et le Lower Camp de Beau Séjour. Une autre dévoilera le mode de vie et les tenues vestimentaires des gens de l?époque tandis qu?une troisième insistera sur ce que sont devenus les anciens habitants des camps. Une série de photographies mettront en valeur les différents lieux de culte de toutes les communautés présentes dans les localités.

On y verra ainsi un kovil, une mosquée, une chapelle, un temple hindou, entre autres. L?exposition n?oubliera pas les enfants. Est prévue une composition immortalisant leurs expressions saisies sur le vif par la caméra de l?artiste, ainsi que ces regards, perçant à travers les fenêtres et les portes entrouvertes, qui en disent long.

On y trouvera même des documents à valeur historique, comme cet acte de naissance qui date de 1877 ou ce certificat officiel de l?époque indiquant l?origine de cet Indien qui débarqua à l?île Maurice coloniale pour gagner sa vie sur la propriété sucrière en tant que laboureur.

?Dans l?ensemble, cette exposition est avant tout pour moi un hommage, une manière artistique de dire merci à mes ancêtres et à tous ces gens avec qui j?ai partagé tant d?années de bonheur?, affirme Ashok Kalloa, qui y est revenu pour côtoyer ces gens qui y habitent encore et pour mieux s?impliquer dans leur mode de vie. À la recherche de ces anciens locataires des camps, il a effectué pendant sept mois le va-et-vient entre ces différents quartiers du village de Piton dont les noms mêmes chantent l?unité et l?harmonie entre gens de différentes cultures : La Paix, L?Espérance, Bon Espoir, Beau Séjour, Mon Choix? Des contacts, des discussions, des observations et plus d?une centaine de photographies pour assurer la préparation d?une activité de telle envergure. La priorité, on l?aura compris, était de tout faire pour que cet événement culturel prenne son envol avec la participation active de ces gens-là et devant chez eux, sur ce camp sucrier de Beau Séjour- Piton, berceau pour l?artiste d?une existence remplie de joie et de misère, de nostalgie et d?espoir à la fois.

<B>Aller vers les gens</B>

L?autre objectif, toujours tout aussi honorable, est de mettre l?art à la portée de ces gens qui ont été pour lui une source d?inspiration. ?À Maurice, explique l?artiste, il y a peu de gens qui s?intéressent à l?art. Cela s?explique par le fait que l?art ne leur est tout simplement pas accessible?. À travers ce concept de l?exposition, l?artiste veut ainsi offrir l?exemple de ce que doit être la priorité de l?art : aller vers les gens, et non point ? à l?image de toutes ces galeries dont les portes restent plutôt accessibles à une certaine catégorie de visiteurs qui sont pour la plupart des initiés ? oublier les gens communs qui sont souvent les vrais sujets des vraies ?uvres d?art. ?Il faut leur retourner la finalité de ce à quoi ils étaient à l?origine?, déclare l?artiste.

C?est par ailleurs pour ces raisons et tant d?autres encore que les camps sucriers, pense-t-il, doivent occuper une place importante dans l?histoire de l?île Maurice. C?est là une pensée qui peut avoir un large éventail de significations pour un espace devenu aujourd?hui lieu historique, culturel et artistique par la même occasion, et demain peut-être touristique, mais qui malheureusement se meurt déjà? ?Que restera-t-il alors de nos amours ??, se demande Ashok Kalloa.

Du 19 au 23 mai, Du camp sucrier et au-delà, exposition des photographies et des sculptures d?Ashok Kalloa, à Lower Camp, Beau Séjour-Piton. Entrée libre.

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