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Prisons : ça a assez duré !

13 août 2005, 20:00

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Ça a assez duré ! C?est le Far West ! Il ne se passe pas un jour sans que les détenus des différents centres pénitentiaires ne fassent les quatre cents coups, au nez et à la barbe des gardiens résignés.

Mardi, les détenus de la New Wing ont encore regimbé pour réintégrer leurs cellules. Il a fallu l?intervention d?un commando du Groupe d?invention de la police mauricienne, de la Special Mobile Force et de la Special Supporting Unit pour assister la Prison Security Squad afin qu?ils entendent raison.

Le lendemain, c?est l?alarme à la prison de Petit-Verger. Quatre toxicomanes, envoyés dans l?espoir qu?ils retrouveront le droit chemin, prennent la poudre d?escampette en agressant un gardien qui n?a pas respecté la procédure de transferts des détenus. Pour une tuile, c?en est encore une pour l?administration pénitentiaire. A la prison, il y a de tout, sauf la discipline et le respect des gardiens. Le petit business, les magouilles continuent de plus belle.

Sitôt les conclusions du high powered committee (HPC), soumises au Premier ministre, Navin Ramgoolam, il y a aura une opération nettoyage. Des têtes tomberont à coup sûr.

En attendant, l?administration pénitentiaire a décidé, parmi les premières mesures pour arrêter les trafics, de mettre sa cuisine hors service. Centre de toutes les combines, la cuisine permet à ceux qui sont aux fourneaux de se faire offrir quelques cigarettes et à ceux qui sont à l?autre bout de la chaîne de se remplir la panse au détriment des plus mal lotis. Exit donc les magouilleurs, ils devront revoir leurs plans.

La cuisine fermée, la prison retiendra les services d?un traiteur externe. Aucun prisonnier ne sera concerné de près ou de loin, voilà une bonne chose de faite.

Question distribution des plats, la méthode n?a pas été finalisée, mais les détenus n?y participeront pas non plus afin de leur enlever l?envie de perpétuer leurs combines.

Parmi les mesures qui seront préconisées par le HPC, figure la remise de peine, abolie sous le précédent régime. Sauf dans les cas de pédophilie, de viol, d?assassinats et des gros bonnets de la drogue. Cela concernera notamment les fumeurs de gandia et les petits délinquants qui encombrent les cellules.

Le concept de travail communautaire sera revu et le Parole Board remis sur pied. Les magistrats, quant à eux, seront invités à visiter les geôles où ils envoient les criminels, culture générale oblige.

Pour éviter la propagation du sida, tout nouveau détenu devra nécessairement avoir le résultat du test de dépistage, avant d?être envoyé en cellule. Pas question qu?il contamine quelqu?un d?autre.

Et puis, inutile de se voiler la face. Malgré la vigilance des gardiens, les détenus se shootent. Pour ne pas à avoir une recrudescence de sidéens, le mieux est de leur offrir des seringues comme le réclament depuis longtemps les O.N.G.

Le centre de réhabilitation de la prison, le centre Lotus, devra revoir son mode de fonctionnement. Il est trop peu fréquenté.

« Pu ena coud balai prison. Formatyon bane officier pena. Ena madame pa kone mem travaye ek bane zene CYC ou avek bane madam mem », indique un proche du HPC. « Zot pe fer travay kuma dire fer bane dimun la pa senti zot utile, zot pe kuma dire craz zot. Kan ene dimun senti sa lerla mem li rebeller. »

Mais loin des penseurs du gouvernement, les gardiens ont aussi leur petite idée sur les moyens à adopter pour mettre un terme à l?anarchie.

« Vous pouvez avoir un bon soldat mais il n?a pas de munitions pour son arme », résume un cadre supérieur en parlant du commissaire anglais, Bill Duff. C?est une série de circonstances qui a amené la prison au bord du gouffre.

Le problème majeur à Beau-Bassin, explique-t-il, tout comme d?autres gardiens à différents échelons, est l?état des bâtiments. « Nune passe du 19e siek au 21 ene siek mai tou in ress pareil », explique l?un d?eux. Les bâtiments datent de 1888. Il est facile à n?importe quel caïd surexcité de desceller une porte et de tout casser sur son passage. « Anou fer ene parallel : fauder fine ena hold up vault MCB pu ki reguet sekirite. Mai ici nu structure pa tenir avek sa nuvo generation prisonnier la. Nune fer bane greffe ki pas souvent marser kuma dir nu pe habille ene skelet. »

Alors que la Prison centrale était censée accueillir une trentaine de détenus un siècle et demi plus tôt, l?établissement a connu une explosion démographique. C?est devenu le déversoir de la société. Prévu pour 400 détenus au maximum, il doit en accueillir environ 1 200.

Les cadres supérieurs dépassés par les événements

La formation du personnel est la même depuis ces trente dernières années. Le jeune qui se fait maton n?est pas suffisamment préparé pour affronter les criminels, pour la plupart issus des faubourgs de la capitale.

Les cadres supérieurs sont dépassés par les événements. Ils n?ont jamais appris non plus à gérer le problème des séropositifs et des sidéens.

Pour qu?il n?y ait plus de problèmes, il faut décentraliser. Le mieux serait, souligne un officier, de construire des petites prisons pouvant accueillir 200 à 300 détenus du même âge et ayant commis les mêmes délits. Comme ça, ce serait la fin des échanges de connaissances.

« Maniere pe aller pe recrer ene lot karo kalyptis dan prison. Ena la loi de la jungle. Ili kuma sa bane HLM la France, u pe créer nou prop Time Bomb. »

Un gardien estime qu?il faut une politique cohérente de lutte contre la petite délinquance. Il soutient ainsi la politique du Nine Year Schooling. « L?enfant qui a failli au CPE se retrouve à la rue et se sent rejeté. S?il ne devient pas un assassin comme les deux gosses de Cite Tôle, ils tomberont entre les griffes des trafiquants qui les utiliseront comme dealers. »

De son côté, Bill Duff a des projets pour en finir avec le fléau des portables. Un brouilleur sera installé d?ici peu. Il annonce le recrutement de 300 gardiens et la construction de trois nouveaux centres pénitentiaires à Melrose, Rose-Belle et Cottage.

A chaque problème, il y a une solution. Mais c?est un travail de longue haleine et il faut de la volonté et une vision.

<B>Des habitants exaspérés</B>

Samedi 13 août, 16 h 40. Nous sommes derrière la New Wing de la Prison centrale à Beau-Bassin. Une voiture s?arrête près du mur et un des occupants lance avec force, à travers la vitre ouverte, un colis par-dessus le mur. Colis destiné à un prisonnier.

Les habitants du quartier sont exaspérés. « Comment croyez-vous que nous pouvons vivre dans un tel climat ? », tempête Ravi, qui habite une maison voisine. « Chaque jour, nous sommes aux premières loges pour entendre toutes sortes de jurons », ajoute Marc, un voisin. Comment pensez-vous que nos enfants puissent trouver la quiétude nécessaire pour étudier ? »

La liste des récriminations contre « ces voisins indésirables » semble interminable. « Je suis obligée d?être suivie par un psychiatre », ajoute Sheila.

« Que font les autorités ? », se demandent-ils. Ce qui énerve les voisins, c?est, semble-t-il, le va-et-vient incessant des motocyclettes et des voitures dans la ruelle derrière la prison. « Les paquets retombent parfois. Nous savons ainsi qu?ils contiennent des vêtements, des bouteilles », raconte Nalini.

Le scénario est immuable si vous êtes dans l?une de ces maisons : le bruit est distinct. D?abord, au loin, la pétarade d?une motocyclette ; le bruit se rapproche ; un ralentissement ; et la moto qui accélère et qui s?éloigne. « Le ralentissement, c?est le moment où le colis est lancé », explique Sheila. Et cela se produit, selon nos interlocuteurs, à n?importe quel moment de la journée? ou de la nuit !

Les voisins de la Prison centrale reconnaissent tous avoir reçu la visite de Bill Duff, n° 1 des services pénitentiaires ? certains l?ayant même accueilli chez eux plusieurs fois. « Il veut vraiment mettre de l?ordre dans le secteur », affirme Ravi, qui a déjà consigné « plusieurs dépositions » au poste de police de la ville.

Tous déplorent la présence « d?individus louches » à certains moments de la journée. « Ceux-là lancent des petits paquets bien ficelés. C?est probablement de la drogue », assure Nalini, en se demandant ce que font les gardiens.

« Nu espere ki Premie minis pu tann nu », lâche Steeve. « Je crains que si les autorités n?agissent pas rapidement, certains habitants du quartier risquent de prendre les choses en mains et là? », menace Ravi. Le message sera-t-il entendu ?

<B>Quatre toxicos mettent les voiles</B>

L?administration pénitentiaire pensait bien faire en les envoyant à la prison de Petit-Verger. Allan Stéphano Aza, 25 ans, Jiovani Thierry Joseph, Mohamad Swadec Abdoolah, Mahammad Yassin Krishnajee, tous trois âgés de 28 ans, avaient la chance de refaire leur vie en suivant une cure de désintoxication offerte sur place.

Mais mercredi, vers 16 h 50, ils sont parvenus à mettre les voiles. Mis à part Aza, les trois autres avaient été condamnés à trois ans de prison pour des délits de drogue. Tous sont issus des faubourgs de la capitale et c?est le manque qui aurait été trop fort.

Alors que l?officier Krishnaduth Jhugroo, 54 ans, escortait les quatre détenus, il s?est fait surprendre à un accès contrôlé, qui n?admet qu?un seul prisonnier à la fois. Les quatre se sont jetés sur lui, l?ont menacé avecun objet pointu et lui ont pris la clé qui, en principe, aurait dû se trouversur un autre officier.

La police a donc mobilisé ses troupes. Leurs domiciles sont sous surveillance. Un officier de l?Adsu s?est brisé la jambe en fin de semaine à Pailles, en tentant de rattraper l?un d?eux lors d?une course poursuite à pied.S?ils sont repris, ils risquent une peine supplémentaire à La Bastille. À 20 heures hier, ils n?avaient pas encore été rattrapés.

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