Publicité

Prison : la tension monte

23 octobre 2007, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

C?est une visite surprise qui en aura déstabilisé plus d?un? Hier matin, l?arrivée de Raj Muddhoo, Senior chief executive Officer (SCE), du Prime Minister?s Office (PMO) à la prison de Beau-Bassin jette un froid du côté des autorités pénitentiaires. Cette visite faisant suite à une lettre envoyée par le commissaire des prisons (CP) au PMO dans laquelle il se dédouane de toutes les allégations de violence à l?égard des détenus, ses trois adjoints ont vu dans la présence de Muddhoo un signe qu?ils seraient tenus responsables de tous les maux de la prison. Des rumeurs disproportionnées qui sont à la mesure de la tension qui prévaut à Beau-Bassin?

Deux évènements récents sont venus bouleverser le cours des choses à Beau Bassin ? la décision du PMO de fermer la prison de haute sécurité de Phoenix, connue comme la Bastille et celle du CP de dissoudre l?escouade de sécurité de la prison, la Prison Security Squad (PSS) placée sous la responsabilité du DCP Jacques Henri.

Mais c?est surtout l?attitude du CP qui attiserait les tensions. Dans une lettre au PMO après la décision de fermer la prison de Phoenix, Lingamanaicker Vijayanarayanan aurait affirmé ne pas être au courant des pratiques à la Bastille et aurait blâmé ses subordonnés. Ce qui aurait mécontenté plus d?un. Ainsi, la visite surprise de Muddhoo est venue alimenter les rumeurs de révocation des trois adjoints au commissaire, Jensing Shibdoyal, Jacques Henri et le DCP Gowree.

Mais en fait, Raj Muddhoo, envoyé par le PM à la suite d?incidents violents à la prison dimanche, serait venu avec un message spécial pour les détenus ? le gouvernement fera tout ce qui est en son pouvoir pour que les droits humains des prisonniers soient respectés. Mais en contrepartie, il a besoin de la collaboration de ces derniers.

S?adressant aux détenus, Muddhoo leur aurait parlé, notamment, du Human Rights Centre, de la création prochaine de la police des polices ? à qui ils pourront s?adresser en cas de maltraitance des autorités ? de l?éventuelle réintroduction de la remise des peines et d?un traitement plus humain en prison. Des annonces applaudies par les détenues, apprend-on.

Muddhoo confirme notre information et affirme avoir été ?heureux de la réaction des détenus.? Interrogé sur les relations tendues qui existent entre les hauts gradés de la prison de même que les relations entre les gardiens de prison et le CP, Raj Muddhoo affirme qu?il est important qu?il y ait des réunions de management régulières et plus de communication entre eux. La lettre du CP aurait-elle envenimé les choses ? Raj Muddhoo minimise l?affaire et n?en dira pas plus.

<B>?Et les droits des gardiens ??

Or, c?est précisément la position que prend Vijayanarayanan qui exacerbe la colère de ses officiers qui accusent le CP de se ?dédouaner à chaque fois qu?il y a des problèmes à la prison?. Un officier affecté jusqu?à vendredi à la Bastille ironise : ?Si un CP ne connaît pas les standing orders, je me demande ce qu?il fait là?, lâche-t-il. Un collègue affecté à la prison de Beau-Bassin ne cache pas sa colère : ?Jusqu?à la semaine dernière, le commissaire félicitait l?officier responsable de Phoenix pour le bon travail qu?il faisait. Il est même allé passer une journée avec les détenus de la Bastille vendredi pour les briefer sur ce qu?ils devaient dire à la délégation qui allait visiter la prison et puis, subitement, quand le couperet tombe, il prétend ignorer les standing orders qui régulent la prison de Phoenix ??

Car les choses se compliquent. Le CCID a arrêté et interrogé hier deux gardiens de prison à la suite d?allégations de tortures faites par deux détenus de La Bastille. Les gardiens de prison, qui ont été autorisés à rentrer chez eux sur intervention de hauts gradés, hier, ont nié les allégations et devront se présenter en cour de Curepipe aujourd?hui.

C?est précisément ce genre d?incidents, semble-t-il que veut éviter le gouvernement. Interrogé, Rama Valayden, ministre des Droits de l?homme affirme que toutes ces mesures font partie de tout un ensemble de directives pour réformer le service pénitentiaire et faire respecter les droits humains.

?Qu?en est-il des droits des gardiens de prison alors ?? est la question que pose l?un deux. L?histoire que raconte cet homme ayant 35 ans de carrière interpelle. Las des insultes d?un commissaire des prisons verbalement agressif, l?officier assure être harcelé par les moqueries des détenus qui, sachant qu?ils ont des droits et que ces droits doivent être respectés, refuseraient d?obéir aux ordres de leurs gardiens en menaçant de les rapporter pour violations des droits de l?homme.

?Je suis très heureux que l?on reconnaisse que les détenus ont des droits. Nous le savons, nous qui travaillons avec eux depuis longtemps, mais il faut savoir que ce ne sont pas des enfants de ch?ur et que discipline ne veut pas dire violations de leurs droits?, affirme-t-il.

En effet, les prisonniers sont loin d?être des enfants de ch?ur, comme ils l?ont démontré dimanche soir. Deux clans se sont affrontés. Des proches de Steeve Labonne, assassiné à la prison de Grande-Rivière en 2005 lors des incidents violents à l?intérieur, s?en sont pris à ?Monstre? Mohamedally et sa bande. L?altercation qui a donné lieur à des hospitalisations a pris une ampleur communale. ?Avant, on les envoyait à la Bastille pour mauvaise conduite. Que fait-on d?eux maintenant ?? demande un officier affecté à la prison centrale?

HAUTE SECURITE

<B>La Bastille comme punition </B>

La prison de la Bastille a été ouverte en 1979 à la suite de la mutinerie à la prison de Beau-Bassin. L?idée était d?y envoyer des détenus difficiles en guise de punition. C?était aussi le cas quand le besoin se faisait sentir de les séparer pour leur propre sécurité ou pour protéger les autres détenus. Tout est contenu dans les ?standing orders? 55 et 56 de la prison. Si la Bastille a été utilisée avec modération dans le passé, ces derniers temps, ses 24 cellules étaient constamment occupées. Réputée imprenable,la Bastille a quand mêmeété le théâtre d?une évasion spectaculaire en 1999. On ne s?explique toujours pas comment.

Publicité