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Prise en charge

3 février 2007, 20:00

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Il a manqué au retrait de la subvention gouvernementale sur les frais d?examens ce qu?il a manqué au retrait de celle sur le pain distribué aux écoliers : la manière. Les instigateurs du concept en ont géré si maladroitement l?application qu?ils l?ont compromise. Alors qu?ils se voulaient modernistes, cette maladresse leur vaut d?être aujourd?hui qualifiés de « dominer ».

La population était disposée à admettre que tout ne peut plus être gratuit, que l?idée du ciblage est saine. Elle était sensible à l?appel à l?effort d?adaptation qui lui était adressée. Elle n?a pas rechigné et n?est pas descendue dans la rue lorsque le principe lui a été exposé il y a huit mois. Mais il lui fallait encore être accompagnée dans ce changement.

Les dirigeants ont d?abord fait l?impasse sur une véritable explication de la mesure, en laissant dire pompeusement quelle est une « atteinte aux droits de l?enfant » ; il n?en est rien. Respecter les droits de l?enfant, c?est s?assurer qu?il soit scolarisé, c?est doter les écoles d?enseignants formés, c?est fournir un enseignement de qualité. Contre ce service-là, l?État n?impose pas un quelconque droit de scolarité. C?est au sujet de la certification, qui n?est pas, à proprement parler dans son « contrat », que le gouvernement pose la question de savoir où s?arrête sa responsabilité et où commence celle des parents.

Ce n?est pas parce qu?on estime que le droit à l?éducation est indiscutable que tout ce qui touche à l?éducation doit être pris en charge par l?État. La réforme proposée par le gouvernement consistait à appeler le citoyen à accepter de débattre du sens des mots « prise en charge » et de ses limites. Elle l?invitait à accepter d?évaluer le niveau de confort au-delà duquel la légitimité de certains aspects de cette prise en charge par l?État doit être discutée. Il n?y a rien de plus normal.

Il y a fort à parier que bon nombre de parents sont favorables au fait d?assumer davantage l?éducation de leur enfant, afin que d?autres soient aidés. Non seulement avons-nous là affaire à des citoyens responsables qui comprennent qu?en démocratie, l?égalité d?accès est reine, mais l?éducation est l?ultime priorité de la plupart des familles. Des frais d?examens en fin de scolarité représentent un effort ultime auquel beaucoup sont prêts à consentir. Quand ils ont pu amener leur progéniture à ce niveau d?éducation, ils sont généralement fiers de faire ce geste.

Bien sûr, ces frais sont douloureux pour certains ménages. Et c?est là le deuxième manquement du gouvernement. Une enquête sociale a-t-elle été menée pour déterminer les possibilités de participation à ces frais ? Quel est le pourcentage de parents se retrouvant en difficulté, avec deux enfants aux examens ? Quel « package » spécial sont-ils aptes à accepter ? Quel est le pourcentage de parents qui est réellement prêt à assumer entièrement ces frais ? Ces données ne semblent pas avoir été recherchées. Elles auraient été nécessaires pour élaborer un plan d?aide cohérent, avec différentes formules afin que chacun trouve une solution à sa situation.

L?autre erreur est sans doute la précipitation. Il aurait été plus logique que l?on avertisse les parents au moins un an avant afin qu?ils se préparent à cet investissement. Si la mesure entrait en vigueur en 2008, elle n?aurait probablement soulevé aucun brouhaha. Tout parent présentant un enfant en « Form V » cette année-là aurait eu le loisir, depuis juin dernier, de mettre de côté Rs 400 par mois. C?est raisonnable. Mais huit mois, c?est un peu court.

Le gouvernement n?apprend pas de ses erreurs. Tout comme pour le pain, ce retrait a été trop brutal. Il a suscité une inutile angoisse chez certaines familles qui ont cru que leurs enfants ne pourraient pas s?inscrire aux examens, chose que jamais l?État mauricien n?aurait permis. Pour éviter cette angoisse, éviter aussi que l?opposition et les syndicats ne déforment le message, il fallait une « compensation », une formule alternative étudiée. Il fallait encore une proximité avec la population que l?on appelle aux sacrifices et qui se voit prise dans un tourbillon d?augmentations. Dans cette réforme, elle a seulement besoin d?être? prise en charge.

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