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Presse-pouvoir : une relation en dents de scie
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Presse-pouvoir : une relation en dents de scie
Une causerie publique de haute facture, par Geoffrey Robertson, QC, éminent avocat et auteur de plusieurs livres sur la loi des médias a pris, à l?heure des questions-réponses des allures de règlement de comptes entre des ministres et députés de l?Alliance sociale et des journalistes présents au Sir Harilall Vaghjee Hall, hier matin.
La députée Nita Deerpalsing donne le ton avec une question sur «les pratiques» de la presse écrite à Maurice ? elle veut savoir si c?est «normal» que les journaux répondent systématiquement aux mises au point. Geoffrey Robertson répond que ce sont les commissions de médiation qui peuvent faire de sorte que le droit de réponse ne soit pas abusé par les journaux. Nita Deerpalsing a aussi allégué qu?un journaliste lui a demandé de l?argent. Robertson lui a conseillé de faire une déposition à la police «car les journalistes peuvent aussi être poursuivis pour corruption». Une allégation de Nita Deerpalsing qui a fait bondir quelques journalistes qui l?ont accusée de «mudslinging».
Lindsay Rivière, rédacteur en chef de Business Magazine a donné la réplique à Nita Deerpalsing de même qu?à Geoffrey Robertson. «La presse à Maurice est très docile ; je ne pense pas qu?une loi doit imposer l?éthique et le niveau dans la presse ; c?est aux rédacteurs en chef de le faire. De bons journaux veulent dire de bons rédacteurs en chef. C?est à eux d?inspirer et de former les jeunes. Nous n?avons aucune intention de causer du tort. Notre rôle au cours de ces 240 ans que nous existons a été plus positif que négatif», dit-il, en ajoutant qu?en ce qui concerne la régulation, «la presse mauricienne» serait plus pour une auto-régulation qu?une régulation imposée par la loi.
Geoffrey Robetson a trouvé que le témoignage de Rivière apportait une «perspective intéressante» au débat et dit être d?accord que les journalistes doivent être formés. En ce qui concerne la régulation, l?avocat affirme être heureux d?entendre que Lindsay Rivière pense qu?une certaine forme de régulation est nécessaire «mais je pense que l?enjeu est trop important pour que cela soit laissé aux seuls rédacteurs en chefs de décider».
Le ministre Abu Kasenally s?est lui plaint du traitement que «certains» journaux donnent au gouvernement travailliste alors que Yatin Varma, député de la majorité a voulu savoir si «c?était normal que tout le monde puisse appeler des radios privées et dire n?importe quoi sur n?importe qui». Il n?a pas eu de réponse à sa question, alors que le député Parmessur Ramloll a déploré le fait que «quand nous demandons leurs sources aux journalistes, ils refusent de nous les donner?» Le commentaire de Ramloll a été accueilli par un cri de protestation de certains journalistes. Finlay Salesse est aussi intervenu pour dire que «nous ne sommes certainement pas dociles».
Plus tôt, Geoffrey Robertson s?est prononcé pour un système de régulation mis en place par une loi (statute) pour la presse écrite plutôt que l?auto-régulation parce que le public, estime-t-il aura plus confiance dans une institution qu?il percevra comme plus «indépendante». La plupart des pays du Commonwealth ont adopté cette pratique, dit-il, «sauf Maurice».
En ce qui concerne les radios privées, l?avocat a déploré le fait que le Independent Broadcasting Authority (IBA) n?est pas habilité à prendre des sanctions autre que la révocation des licences, «ce qui est un peu drastique». Geoffrey Robertson propose que des pouvoirs d?imposer des amendes soient donnés à l?IBA.
Il pense aussi que nos lois sur les médias n?ont pas évolué car alors que la loi sur la diffamation est le principal délit que peut commettre un journal à Maurice, ailleurs, ce sont «les violations de la vie privée et l?incitation à la haine raciale qui sont les nouveaux sujets de préoccupations», a dit Geoffrey Robertson. Le Premier ministre qui n?est pas intervenu durant la session questions- réponses, a fait part de ses impressions à quelques journalistes à la fin de la session. «En 2000 quand Jacques Chirac était à Maurice, il m?a dit que la presse en France était sans pitié. Mais il est d?avis que c?est pire à Maurice.» Alors que quelques journalistes protestent, Navin Ramgoolam réplique que «Jacques Chirac parlait des élections générales et de la façon dont vous m?avez traité. Et je sais qu?en 2010 ce sera pareil.»
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