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Poutine entend rester le maître de la Russie
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Poutine entend rester le maître de la Russie
Le président russe, Vladimir Poutine, a annoncé qu?il était «prêt à travailler comme chef du gouvernement» aux côtés de son successeur programmé, Dmitri Medvedev, pendant toute la durée de son mandat. Présentant comme une simple formalité l?élection présidentielle du 2 mars, Vladimir Poutine a assuré qu?il n?aurait rien d?un Premier ministre «de transition». Il envisage d?occuper la fonction «aussi longtemps que Dmitri Medvedev sera président», soit jusqu?en 2012, voire en 2016.
Vladimir Poutine ne se sentira pas obligé d?afficher dans son bureau de la «Maison-Blanche» (le siège du gouvernement) le portrait du nouveau président, a-t-il indiqué, récemment, lors de sa dernière conférence de presse tenue au Kremlin en tant que chef de l?Etat. Il a présenté un programme de développement pour la Russie jusqu?en 2020. C?est ce programme-là que Dmitri Medvedev devra appliquer. «Le pouvoir exécutif suprême dans le pays, c?est le gouvernement russe», a-t-il déclaré, rappelant les larges prérogatives du premier ministre, «du budget (?) à la défense ou la politique économique internationale». Il a laissé entendre que ces prérogatives pourront être renforcées, pour «une plus grande efficacité».
Dmitri Medvedev devra donc composer avec cet encombrant Premier ministre, fort d?une popularité (80 % d?opinions favorables) qui excède de loin celle de ses prédécesseurs. Pendant ses huit années de présidence, Vladimir Poutine a «ramé jour et nuit, comme un esclave sur une galère», et il ne compte pas s?arrêter là. Pendant plus de quatre heures, détendu, volubile, Poutine a répondu aux questions des 1 364 journalistes russes et étrangers, tant sur sa politique extérieure que sur sa relation au pouvoir, sur sa fortune personnelle ou sur sa façon de fêter la Saint-Valentin.
Il a dressé un bilan extrêmement positif de ses deux mandats à la tête du pays. Données macroéconomiques à l?appui, il s?est félicité de l?essor économique que connaît la Russie (avec une croissance de 7 % sur huit ans), ainsi que de la hausse du niveau de vie de la population, des avancées qu?il met au compte de sa politique, sans dire un mot des prix élevés des hydrocarbures, source de revenus non négligeables (les deux tiers) du budget fédéral.
Constatant que sa présidence n?avait connu «aucun échec grave», Vladimir Poutine s?est dit «content de son travail». L?intervention du président russe, teintée de nationalisme agressif, a été ponctuée de déclarations enflammées contre l?Occident, soupçonné d?ourdir un complot «pour miner la souveraineté» russe.
Outré à l?idée que l?Ukraine puisse entrer dans l?OTAN malgré l?opposition d?une «majorité de la population», Vladimir Poutine a indiqué que la Russie serait «obligée» de pointer ses missiles vers ce pays et vers l?Europe en cas d?installation deséléments du bouclier antimissile américain à ses frontières.
Il a jugé le soutien occidental à une indépendance unilatérale du Kosovo «immoral et illégal». Il a également violemment critiqué les observateurs du bureau des institutions démocratiques et des droits de l?homme (Odhir) ? émanation de l?Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour la surveillance des élections ? en raison de leur refus de venir en Russie à l?occasion du scrutin présidentiel du 2 mars, au vu des conditions qui leur étaient faites (nombre insuffisant d?observateurs, délais de travail trop courts). Au lieu de donner des leçonsà la Russie, ces derniers «feraient mieux d?apprendre à leur femme à faire la soupe aux choux».
Comme à son habitude, le président russe a régalé son auditoire de propos crus et de blagues de caserne. Interrogé sur les rumeurs concernant sa fortune personnelle, estimée à 44 milliards de dollars par le politologue Stanislav Belkovski, Poutine a réfuté ces «bêtises», des assertions que les journalistes «ont sorti de leur nez pour les coller ensuite sur le papier».
Ses rares critiques au sein de l?élite russe, le ministre de l?économie Alexeï Koudrine et le libéral Anatoli Tchoubaïs, qui, récemment, ont mis en cause sa ligne en politique étrangère, en ont pris pour leur grade : «Ils n?ont qu?à s?occuper de leurs affaires et défricher leur parcelle.»
<B>Marie JEGO © Le Monde 2008 Distribué par The New York Times Syndicate</B>
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