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Pourrissement de règle à Agaléga

13 décembre 2005, 00:00

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Accusés par le vicaire général du diocèse de Port-Louis, l?abbé Maurice Labour de ?génocide? à Agaléga, nos politiciens de tous bords s?empressent de banaliser l?allégation par/une de leurs pirouettes favorites : on nomme un président de ceci ou de cela, on réactive tel ou tel comité et le tour est joué. Les Agaléens sont si loin. Ils n?ont pas voix au chapitre. Ils peuvent hurler tant qu?ils veulent, ils peuvent remplacer la dinde de Noël par une infusion de racines de cocotier, ce n?est pas cela qui empêchera notre classe politique de dormir du sommeil du juste, sur leurs deux oreilles ou, pire encore, sur leurs lauriers. Le martyr des Agaléens dure depuis un quart de siècle sinon davantage et nous en voulons pour preuve, ce cri du coeur d?Hervé Sylva, en date de décembre 1980 : ?On laisse pourrir une richesse à Agaléga.? Redonnons-lui la parole, 25 ans après.

Hervé et Suzy Sylva reviennent à Maurice après un séjour de sept ans à Agaléga. Qui dit mieux ? Et pourtant leur vaste expérience de ces deux îles lointaines est sous-utilisée parce que s?opposant à la politique de génocide alléguée plus haut. Cette richesse sous-utilisée et sous-exploitée consiste essentiellement dans le poisson et pas seulement salé ainsi que dans les noix de coco.

Les sept ans de présence et de travail à Agaléga permettent aux Sylva et à leurs collaborateurs de hausser le niveau de l?éducation dans l?île à celui pratiqué à Maurice. Le taux de réussite aux examens de fin d?études primaires avoisine parfois les 100 %. Les Sylva sont plus particulièrement fiers des enfants agaléens pouvant continuer leurs études secondaires à Maurice ou aux Seychelles. Ils voient en eux de futurs administrateurs de leur île natale. L?Hôtel du gouvernement leur préfère un planteur d?oignons bien mauricien.

Ils parlent avec humour de la vie à Agaléga avant 1980. Elle y est conditionnée par la cloche. Il y a celle du réveil, de l?appel au travail, de l?envoi des travailleurs aux différents carreaux, du déjeuner, de l?ouverture de la boutique, de l?entrée interdite dans le quartier des cadres, de l?extinction des feux. Il y a aussi la cloche des banané du nouvel an, celle de la messe, des mariages mais aussi celle plus triste des funérailles.

En dehors des tâches professionnelles, les Agaléens emploient leur temps libre à chercher un ti-curry en mer, à faire du jardinage ou de l?élevage pour leur compte personnel. Il y a aussi le jeu et la confection du bacca.

Les Sylva essayent de faire un peu de scoutisme avec les jeunes gens et filles. Ils organisent aussi des matches de football et d?autres activités sportives. D?autres cadres veulent bien aider mais craignent de déplaire à leurs supérieurs hiérarchiques. Une requête de jeunes voulant créer une équipe d?IDP comme d?autres intéressantes initiatives butent lamentablement sur la réticence des Agaléens, craignant d?être mal notés par les autorités administratives s?ils sont perçus comme s?adonnant trop fréquemment à des activités mal vues par ces instances hiérarchiques.

Les Sylva sont scandalisés par la sous-exploitation du coprah. Il fut un temps où Agaléga produisait jusqu?à 40 tonnes de coprah par mois. La production diminue de moitié sans que personne ne s?émeuve. Le manque de motivation est évident. La main d??uvre diminue considérablement dans les plantations. Les salaires pratiqués sont indécents : Rs 300 par mois pour un homme et Rs 200 pour une femme. L?insécurité est un autre motif de découragement. Qui se blesse au travail perd des journées de salaire.

Les Sylva ont le c?ur gros en raison des promesses non tenues, même pas électorales. Des experts et enquêteurs viennent, interrogent, critiquent ce qui se fait, promettent des lendemains meilleurs, disparaissent à jamais, laissent les Agaléens davantage désespérés et éc?urés. La méfiance à l?égard des étrangers augmente sans cesse.

L?absence de toute communication régulière avec Maurice est épouvantable. A Maurice l?absence de toute nouvelle d?Agaléga n?empêche personne de dormir. A Agaléga, cette absence de communication est une cause permanente de désespérance et de frustration. Agaléga est coupée de Maurice. La radio sert uniquement à la communication entre les cadres et la direction restée à Maurice. Le Mauritius mouille à Agaléga seulement trois fois par an.

Le seul conseil que les Sylva peuvent donner à ceux condamnés à vivre en permanence ou temporairement à Agaléga : ?Ne tombez pas malade !?

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