Publicité

Casinos de la SIC

Privatisation : six repreneurs potentiels, les travailleurs réclament leurs garanties

6 septembre 2026, 15:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Privatisation : six repreneurs potentiels, les travailleurs réclament leurs garanties

Réunis avec la SIC le 4 septembre, les représentants syndicaux des casinos ont réclamé des garanties sur l’emploi, l’ancienneté et le paiement des sommes dues avant toute privatisation.

La privatisation des casinos de l’État entre dans une phase décisive. Six soumissionnaires, dont cinq internationaux et un local, sont désormais en lice pour reprendre les établissements exploités par la State Investment Corporation (SIC). Si aucune décision n’a encore été prise, les syndicats montent déjà au créneau : maintien de l’emploi, paiement des arriérés, reconnaissance de l’ancienneté et respect des droits acquis figurent au cœur des négociations.

Le compte à rebours est lancé. Réunis le 4 septembre avec la direction de la SIC, les représentants du Casino Employees Union (CEU) et du casino de Grand-Baie ont obtenu les premières précisions officielles sur le processus de désinvestissement engagé par le gouvernement. Le message de la SIC est sans ambiguïté : l’État ne compte plus injecter de fonds dans les casinos publics, dont la situation financière est désormais jugée «non soutenable».

Mais entre l’intention de vendre et la désignation d’un repreneur, plusieurs étapes restent à franchir. Et pour les quelques centaines de salariés concernés, une question domine toutes les autres : que deviendront leurs emplois ?

Six offres sur la table

L’appel d’offres international, clôturé le 17 août 2026, a suscité un intérêt réel du marché. Selon les informations communiquées par la SIC, six offres ont été déposées : cinq par des investisseurs étrangers et une par un opérateur mauricien.

La firme PricewaterhouseCoopers (PwC) accompagne l’opération en qualité de Transaction Adviser et supervise l’exercice d’évaluation des propositions. Cette analyse devrait s’achever le 30 septembre, date à laquelle la SIC disposera d’une vision plus claire des candidats susceptibles de reprendre les casinos.

La direction a toutefois tenu à calmer les spéculations. À ce stade, aucun acquéreur n’a été retenu et aucune décision finale n’a été annoncée. Les six entreprises sont des soumissionnaires, non des repreneurs désignés. Pour les syndicats, cette réunion avait surtout valeur de clarification. Parmi les participants figurait Reeaz Chuttoo, négociateur pour le casino de Grand-Baie, établissement qui emploie 105 travailleurs.

Selon lui, la SIC a clairement expliqué la philosophie du gouvernement. «La SIC nous a dit que le gouvernement ne compte pas investir encore plus d’argent dans les casinos, parce que ce n’est pas le rôle de l’État de financer cette activité», rapporte-t-il. Cette orientation confirme la volonté du gouvernement de réallouer les ressources publiques vers d’autres secteurs, tout en se retirant progressivement d’une industrie considérée comme relevant davantage du secteur privé.

Pour autant, le président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé estime que cela ne signifie pas la disparition des casinos mauriciens. «À mon avis, cette industrie existera toujours à Maurice. Nous sommes un pays touristique et il y a des investisseurs qui ont déjà manifesté leur intérêt.»

Le compromis comme condition

L’enjeu se déplace désormais sur le terrain des droits des salariés. Les représentants syndicaux souhaitent que toute transition s’effectue dans le cadre de l’article 16 de la Workers’ Rights Act, qui traite notamment du transfert d’entreprise (Transfer of Undertaking). Pour y parvenir, ils proposent la signature d’un compromise agreement entre les différentes parties avant toute reprise. L’objectif est double : protéger les employés qui souhaiteront intégrer le futur opérateur et garantir une compensation équitable pour ceux qui ne poursuivront pas l’aventure.

«Nous avons demandé à la SIC de venir avec une proposition afin que, quel que soit le repreneur, les personnes intéressées puissent conserver leur emploi. Il n’est pas normal que des Mauriciens ayant des années d’expérience soient écartés au profit de personnes qui ne connaissent pas ce métier», insiste Reeaz Chuttoo.

Cette exigence rejoint les préoccupations exprimées par les négociateurs du CEU, Ashvin Gudday et Sharvin Sanassee, qui réclament un processus transparent et fondé sur un dialogue permanent avec les travailleurs. Autre dossier sensible : les sommes encore dues aux employés.

Lors de la réunion, les syndicats ont demandé que la SIC reconnaisse officiellement les arriérés et les autres créances des travailleurs. Selon le CEU, la direction a admis que ces montants sont bel et bien dus et a pris note de la requête visant à formaliser cet engagement par écrit. Cette question est essentielle puisqu’elle déterminera le calcul des futures compensations. «Il faut d’abord payer tout ce que la compagnie doit aux travailleurs. C’est sur cette base que seront calculées les rémunérations et les indemnités», soutiennent les syndicalistes.

Le syndicat réclame également que l’ancienneté soit pleinement prise en compte et que la convention collective actuelle continue d’être respectée pendant la transition.

Une consultation des travailleurs avant toute décision

Si l’évaluation des offres doit prendre fin le 30 septembre, les syndicats ne comptent pas attendre passivement le verdict. Le comité exécutif du CEU élaborera d’abord une série de propositions qui seront débattues lors d’une assemblée des délégués. Une assemblée spéciale des travailleurs sera ensuite convoquée afin de présenter, discuter et faire ratifier la position officielle des salariés.

Cette démarche vise à permettre aux employés de participer directement aux négociations qui façonneront leur avenir professionnel. À l’issue de l’exercice d’évaluation, une nouvelle rencontre est d’ailleurs prévue entre la SIC et les représentants syndicaux afin de faire le point sur les développements et les prochaines étapes.

En attendant, la State Investment Corporation affirme avoir pris note de l’ensemble des demandes formulées par les syndicats. Les travailleurs, eux, restent suspendus à une échéance désormais bien identifiée : le 30 septembre, date à laquelle le processus de privatisation pourrait véritablement entrer dans une nouvelle phase.


Les Rs 1,9 milliard de pertes qui ont tout déclenché

Le processus de privatisation des casinos publics trouve son origine dans une situation financière que le gouvernement juge intenable. Interrogé en mai dernier à l’Assemblée nationale par le député Kaviraj Rookny, le Premier ministre Navin Ramgoolam avait dressé un constat alarmant. Les casinos opérant sous l’égide de la SIC ont essuyé Rs 272 millions de pertes pour l’exercice clos au 30 juin 2025, auxquelles se sont ajoutées Rs 121 millions entre juillet et décembre 2025. Sur dix ans, les pertes cumulées atteignent Rs 1,9 milliard.

Le chef du gouvernement avait qualifié le modèle économique des casinos de «clairement défaillant», évoquant notamment le sureffectif, les coûts salariaux et les importantes injections de fonds publics. Entre 2015 et 2025, la SIC a ainsi mobilisé Rs 1,3 milliard pour maintenir les opérations. Estimant que l’exploitation des casinos ne relève plus du rôle de l’État, le gouvernement a lancé un désengagement accompagné par PricewaterhouseCoopers (PwC), nommé Transaction Adviser en février 2026. L’objectif : trouver un repreneur tout en gérant les conséquences sociales pour les employés.

Publicité