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Pourquoi fumer en public devient un délit
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Pourquoi fumer en public devient un délit
Volutes de fumées qui emplissent l?air. Mégots qui s?amoncellent dans le cendrier. Fumer. Pour le plaisir ou par dépendance, par habitude ou par occupation. D?ici le mois de février, les fumeurs devront s?abstenir «d?en griller une» dans les lieux publics. Une loi existe déjà. Mais force est de reconnaître que le Public Health Act n?est que trop rarement observé. C?est pourquoi, les autorités ont décidé de durcir le ton.
Dès le mois prochain, restaurants, bars, discothèques et autres lieux publics, exception faite des plages, seront frappés de l?interdiction pure et simple de fumer. Nombreux sont les restaurants ou bars qui ont aménagé leur espace afin d?accueillir fumeurs et non-fumeurs dans des zones distinctes. Pour autant, on s?accorde à croire que cela n?est qu?un pis aller autorisant un sursis aux adeptes de la cigarette. Il s?agit notamment de protéger les non-fumeurs. Le tabagisme passif est une plaie pour eux.
On parle de tabagisme passif dès lors qu?une personne est soumise à l?inhalation involontaire de fumée de cigarette. Les risques liés augmentent avec la durée d?exposition à cette fumée. Si les dangers que représente la cigarette pour un fumeur ne sont plus contestés, de nombreuses études scientifiques démontrent de manière empirique les effets néfastes du tabagisme passif. Pour certains, il s?agit de tolérance vis-à-vis des fumeurs que l?on condamne trop souvent. Mais force est de reconnaître que la tolérance première est de ne pas exposer un non-fumeur à la fumée de cigarette. Souvent les non-fumeurs ne peuvent faire autrement à leur lieu de travail, dans les restaurants, bars ou discothèques. Ils doivent accepter, bon gré mal gré, d?être exposés à la fumée de cigarette.
Les employés des discothèques, restaurants, ou pubs, qu?ils soient fumeurs ou non, accueillent pour la plupart avec plaisir la nouvelle mesure. Les clients adeptes de la cigarette les obligent à supporter leur fumée. Puisque le risque de développer des maladies liées au tabagisme passif est proportionnel au temps d?exposition, il semble évident que les employés de ce type d?établissements encourent des risques plus élevés.
Hôtesse dans un bar-discothèque des Plaines-Wilhems, Magali Hoquet, non-fumeuse de 23 ans, accueille l?amendement à la loi avec plaisir. « Le durcissement de cette loi m?arrange beaucoup. Je travaille dans un endroit fermé où il y a beaucoup de fumeurs. Mon seuil de tolérance à la fumée de cigarette n?est pas infini. Il arrive un moment où je ne supporte plus la fumée : j?ai la gorge irritée, les yeux qui piquent, la voix éraillée.» C?est souvent sur le lieu de travail que les non-fumeurs sont exposés à la fumée de cigarette. Clairement, ils souffrent du tabagisme passif. Le «ras-le-bol» est compréhensible. Paradoxe léger mais éclairant que relève la jeune femme : «Je suis non-fumeuse et pourtant je sens perpétuellement la cigarette !»
Les contrevenants à la loi devraient être verbalisés. Avant les mesures répressives, le gouvernement opte pour une approche pédagogique. Les fumeurs devront apprendre à respecter les restrictions. Il s?agit bel et bien de santé publique. Du droit à l?air pur. Campagnes d?information, de prévention et aussi étiquettes visibles sur les paquets de cigarettes seront utilisées.
Pour Pascale Richard, «il faut toucher le fumeur mauricien là où ça fait mal : son portefeuille». Pour cette non-fumeuse de 26 ans, il n?y a qu?ainsi que les fumeurs invétérés observeront les restrictions. Pascale Richard fait un parallèle avec les sacs plastiques. «Les Mauriciens n?achètent pas moins de sacs plastiques par souci de l?environnement mais parce qu?il leur faut débourser Rs 1,15. Pour la cigarette, c?est pareil. C?est une question de santé publique, de respect d?autrui. Mais au final, cela importe peu. Donc, soit on donne une forte amende de Rs 500 ou même Rs 1 000, ou on augmente drastiquement le prix du paquet de cigarette.»
Et les fumeurs dans tout cela ? Elvis, fumeur de 44 ans, «comprend et respecte» les limitations de fumer dans les lieux publics. Toutefois, il s?insurge contre le procès qui semble être fait aux fumeurs. «On en arrive presque à une dérive liberticide ! On ne peut pas obliger un non-fumeur à supporter notre fumée, c?est une évidence. Mais on ne peut pas non plus condamner systématiquement les fumeurs. Les paquets de cigarette coûtent déjà cher, nous payons des taxes dessus, nous aimerions pouvoir fumer aussi dans certains lieux publics.» Déplaçant le débat hors de la question de santé publique, Elvis demande que les lieux publics ? restaurants, bars et discothèques ? soient aménagés de manière adéquate. «Il faut de vrais aménagements, des zones bien délimitées et aérées correctement, la qualité des extracteurs devrait répondre à des normes précises, le personnel devrait aussi avoir le choix de travailler ou non en zone fumeur.» Bref, les fumeurs n?ont pas dit leur dernier mot, sans remettre en cause le bien-fondé de la protection des non-fumeurs. «Ne sombrons pas dans un politiquement correct poussé à l?excès», conclut Elvis.
Quoi qu?il en soit, le tabagisme passif entraîne «le même cortège de maladies que chez les fumeurs, mais dans une moindre mesure», affirme le Dr Karam Ramyead, pneumologue. Procédant à un classement des maladies liées au tabagisme passif selon leur degré de nocivité dans un ordre croissant, il explique : «Pour les non-fumeurs exposés de manière non régulière, il y a développement de pathologies irritatives comme les conjonctivites ; plus grave, pour ceux exposés à la fumée de cigarette régulièrement, le risque de développer des pathologies respiratoires est accru. On distingue, dans ce cas, les pathologies respiratoires hautes des pathologies respiratoires basses. Les premières touchent le nez, les sinus, la gorge, dont les inflammations peuvent se compliquer en sinusites par exemple. Les secondes concernent les poumons et les bronches avec le développement de broncho-pneumopathies chroniques obstructives avec notamment les emphysèmes.» Dernier degré de risque, le plus grave, le cancer du poumon ou des voies respiratoires (la gorge par exemple).
«L?amendement au ?Public Health Act? est donc attendu par ceux et celles qui souffrent de la fumée de cigarette de manière passive. Fumer est un choix. Un plaisir dangereux. Pour autant, il convient de respecter le ?droit à l?air pur? des non-fumeurs, d?autant que le tabagisme passif représente un réel danger pour la santé.»
Pour un fumeur passif, le risque de développer un cancer du poumon est multiplié par cinq environ, selon le degré d?exposition à la fumée de cigarette. De quoi faire frémir. Le Dr Ramyead insiste sur la vulnérabilité des enfants, pour lesquels la prévention et les précautions doivent être multipliées. «Les enfants exposés à la fumée de leurs parents par exemple, développent beaucoup plus d?infections respiratoires et sont beaucoup plus vulnérables aux infections», souligne le pneumologue. Les enfants qui souffrent d?allergies et d?asthme «encourent de graves risques : les crises se font plus fortes et plus fréquentes».
L?amendement au Public Health Act est donc attendu par ceux et celles qui souffrent de la fumée de cigarette de manière passive. Fumer est un choix. Un plaisir dangereux. Pour autant, il convient de respecter le «droit à l?air pur» des non-fumeurs, d?autant que le tabagisme passif représente un réel danger pour la santé. Un équilibre devrait néanmoins être trouvé pour ne pas culpabiliser à outrance les fumeurs et ne pas porter atteinte à leur droit de fumer. Le débat est ouvert. Toutefois, il semblerait que l?amendement soit accueilli favorablement. C?est surtout dans les milieux clos que la question du tabagisme passif se pose.
La municipalité de Port-Louis et l?Hôtel du gouvernement ont donné l?exemple en matière de restriction. Certains restaurants ont déjà commencé à habituer leurs clients à ne plus fumer dans les salles. En quelque sorte, il y a une éducation préalable à l?interdiction de fumer qui doit être faite. Les fumeurs ne sont pas une espèce en voie de disparition. L?amendement à la loi existante ne fera probablement pas baisser le nombre de fumeurs. Plutôt, il limitera leur consommation. Surtout, il permettra aux non-fumeurs de respirer un air plus sain et ainsi diminuer les risques de développer une maladie liée au tabagisme passif. Maurice s?est lancée sur la voie des pays du Nord qui, petit à petit, ont adopté des législations strictes en la matière. Dernier pays en date, la France. Maurice fait de même et est, il faut bien le dire, avant-gardiste en la matière dans la région (La Réunion non comprise). Reste à voir comment les fumeurs parviendront à s?accommoder de ce durcissement dans les lieux de loisir et de détente où il leur est encore permis, pour un temps, «d?en griller une»...
<B>L?Europe, continent non-fumeur</B>
La cigarette est bannie dans les lieux publics en Europe. La France est le dernier pays en date à avoir rejoint ce club des « sans-tabac ». L?Irlande a été le pionnier en la matière, allant jusqu?à préconiser le bannissement total de la cigarette. Les pays scandinaves, la Norvège, la Suède et le Danemark ont suivi. Il est de notoriété que les pays nordiques sont en avance sur bien des politiques sociales. L?Ecosse, l?Italie, l?Espagne et les Pays-Bas ont également promulgué des lois interdisant de fumer dans les lieux publics avant 2006. 2007 a été une année faste pour les anti-tabac : le reste du Royaume-Uni s?est lancée le 1er juillet 2007, la France avait pris ses premières dispositions en février avant de faire appliquer la loi intégralement le 1er janvier dernier, le Portugal et la Belgique ont également adopté le même dispositif.
En France : exit les fumeurs</B>
Depuis le 1er janvier de cette année, la France est devenue à son tour un Etat européen non-fumeur. Le durcissement de la législation a commencé l?an dernier. Pour exemple, dans les établissements scolaires, il existait des zones fumeurs tant pour les professeurs que pour les élèves. Les lycées ont été les premiers à suivre les mesures. De fait, les professeurs sont contraints de sortir de l?enceinte de l?établissement pour savourer le traditionnel « café-clope ». Les lieux de consommation, bars-tabac, brasseries, restaurants, discothèques, pubs, ont obtenu une dérogation d?un an, laquelle vient de prendre fin. Pour l?instant, la règle semble être suivie, pour le plus grand plaisir des consommateurs, et pas uniquement des non-fumeurs. L?interdiction de fumer dans les lieux publics en France remonte à 1991. C?est la Loi Evin. L?un des volets les plus importants de cette loi vise la protection des non-fumeurs. Cette loi et les décrets liés ont permis de faire baisser, entre 1991 et 2001, de 13 % la consommation de tabac dans les lieux publics et également de limiter le tabagisme dans les milieux clos. En 2000, des enquêtes du Baromètre Santé en France ont montré que 73 % des non-fumeurs étaient gênés par la fumée de cigarette. Plus surprenant, 53 % des fumeurs se déclaraient également gênés par la fumée des autres. Si en 1988, durant la préparation du projet de loi, les études scientifiques laissaient encore de nombreuses zones d?ombre concernant le tabagisme passif, des enquêtes publiées en 2001 ont fini d?apporter les preuves scientifiques de sa nocivité. Le risque d?accidents coronariens (le plus fréquent) augmente de 25 % chez le non-fumeur exposé au tabagisme passif alors que le risque de contracter un cancer du poumon augmente de 26 %. Les chiffres au sujet des enfants sont pires : risque de mort du nourrisson doublé, + 72 % de risque de maladies respiratoires basses si la mère fume, retard de croissance du f?tus accru si la mère est entourée de fumeurs. En France, selon les chiffres de l?Organisation Mondiale de la Santé, on estime à environ 5 000 le nombre de décès liés au tabagisme passif annuellement, et 66 000 décès liés directement au tabac. L?interdiction de fumer dans tous les lieux publics en France répond donc à une volonté politique de faire respecter des normes de santé publique. Pour ceux (employeurs, restaurateurs?) qui désirent préserver leurs clients ou employés fumeurs, de nombreuses normes strictes doivent être observées, notamment en ce qui concerne la ventilation. Dans les bars et restaurants, un fumeur pris en flagrant délit risque une amende de 68 euros alors que le propriétaire ou gérant se verra infliger une amende de 135 euros. De quoi dissuader ! C?est sans compter l?entêtement d?irréductibles fumeurs. Dans la région de Strasbourg, en Alsace, un gérant de bar-tabac a décidé de faire de la résistance : les clients sont encore autorisés à fumer. A leurs risques et périls. Passer au tout non-fumeur représente un coût que tous les professionnels ne peuvent souffrir.
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