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Pour une histoire de la philosophie mauricienne
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Pour une histoire de la philosophie mauricienne
L?histoire des idées montre qu?il existe bien une pensée occidentale comme il existe une pensée orientale, une pensée française comme une pensée anglaise ou allemande. Qui ne se souvient pas encore de l?envahissement de la pensée française par les idées anglaises dans la première moitié du XVIIIe siècle (Berkeley, Hume?) et par la pensée allemande (Fichte, Hegel, Heidegger?) ? A ce titre, peut-il exister l?histoire d?une pensée mauricienne ? Nos historiens se consacrent-ils trop à l?histoire de l?île Maurice en oubliant que ce même pays véhicule aussi, et cela depuis plus d?un siècle, une philosophie propre à lui, une pensée qu?on pourrait aisément appeler la philosophie mauricienne ? Il suffit de citer quelques noms (Chazal, Cabon, Masson?) pour savoir combien non seulement elle existe mais qu?elle pèse aussi de tout son poids dans la tradition et l?héritage littéraire et philosophique de la culture mauricienne.
Puisqu?il existe une ?civilisation? mauricienne, il y a d?excellentes raisons de confondre son évolution avec l?histoire de ses idées. Il n?est pas difficile de retrouver et de répertorier les principaux thèmes qui ont marqué avec continuité les grands traits, l?originalité et la couleur du génie mauricien, même si, et on ne le sait que trop bien, les historiens des idées ont la tâche plus difficile que, par exemple, leurs collègues des événements politiques ou sportifs. Mais il n?est pas nécessaire de dater avec précision les premières manifestations de l?étonnement chez nos penseurs. L?essence est dans l?interrogation sur la vertu, la sagesse et bien sûr la révolte mauricienne.
L?élaboration de l?histoire d?une pensée mauricienne tendra, on ne peut qu?en être convaincu, vers un vocabulaire qui servira à faire émerger l?ordre de certaines vérités cachées de notre propre nature. Qu?il s?agisse des sentiments qui passent d?un extrême à l?autre, de la honte à la fierté, on n?y puisera que des expressions pour un renouveau mauricien, en marche vers le progrès, la liberté et vers l?acte approprié selon l?exigence même de notre condition dans le monde d?aujourd?hui et à venir. Chasser l?histoire de notre philosophie, c?est renoncer aux idées, à leur naissance et formation, qui expliqueraient le sens de notre existence; c?est renoncer à la possibilité de donner à l?évolution de la pensée mauricienne sa physionomie intellectuelle et spirituelle.
Si les premiers penseurs furent les Grecs, selon les dires de certains historiens pour qui la philosophie antique se confond avec la philosophie grecque, le commencement n?est pas une fin. Réveillons de son long sommeil la raison qui a fait de nous ce que nous sommes et ramenons-la à notre conscience afin que notre nation soit touchée par la connaissance qu?elle peut avoir d?elle-même et qu?elle puisse enfin se donner un destin digne d?une civilisation civilisée. Tel pourrait bien être l?ultime but d?une histoire de la philosophie mauricienne qui bouillonne mais qui reste à faire. Construire l?histoire de notre philosophie n?est pas qu?un simple jeu d?historiens?
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