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Pour une diplomatie économique

13 juillet 2007, 00:00

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Pour une diplomatie économique

Je pense que notre diplomatie, après presque 40 ans d?indépendance doit être profondément revue dans un monde en pleine globalisation où les données économiques, en pleines mutations, deviennent primordiales.

Nos moyens financiers sont limités et le coût de nos missions diplomatiques est souvent dans la presse, la plupart du temps faisant l?objet de critiques plutôt que de louanges. Certaines critiques sont méritées mais pour ceux parmi nous qui ont l?opportunité de voyager, nous savons bien que notre petite roupie ne nous mène pas très loin quand nous devons dépenser des livres sterling à Londres, des dollars à New York ou des euros à Paris et il est normal que nos représentations diplomatiques aient les moyens pour accomplir leurs missions. Nous sommes donc limités dans nos moyens de représentation mais il y a de larges chantiers qui ne sont pas exploités, à savoir les consuls honoraires.

● <B>Les Consuls </B>

Le consul général à l?extérieur est celui qui représente l?Ile Maurice, qui peut délivrer des visas, qui peut bénéficier d?une voiture diplomatique ou encore d?autres avantages déterminés entre le pays qu?il représente et celui envers lequel il est accrédité. Le consul général n?a certes pas le rang d?ambassadeur mais c?est une position protocolaire importante.

Le consul honoraire est différent. De par son titre, c?est un honneur pour lui de représenter un pays, même s?il n?est pas citoyen de ce pays. La base de cette représentation a souvent été le monde du commerce et nous retrouvons ainsi plusieurs maisons de commerce à Port Louis qui se distribuent au niveau de leur management, ces postes de consuls honoraires de par leurs liens commerciaux vis-à-vis des pays étrangers qu?ils représentent. Le consul honoraire, est dans la norme des choses une personnalité qui a été approuvée par tel Etat pour être un représentant honorable de cet Etat vis-à-vis d?un autre. Le consul honoraire est aussi supposé s?occuper des intérêts de l?Etat qui l?a nommé et de ses citoyens dans le pays dans lequel il réside. Ainsi, par exemple, le consul honoraire de l?Ile Maurice à Mumbai devrait aider un Mauricien qui se retrouverait avec un problème à Mumbai, bien que nous ayons notre haut-commissariat à Delhi.

Les droits et responsabilités des représentations diplomatiques découlent du Droit International et principalement de la Convention de Vienne de 1961.

D?après mes recherches à travers notre ministère des Affaires étrangères, du Commerce international et de la Coopération nous dénombrons 52 consuls à travers le monde. Le but de cette lettre est de dire qu?il faut en nommer plus, bien plus et cela dans le but de la promotion de notre développement économique.

L?action du consul honoraire dépend bien sûr de l?homme ou de la femme qui occupe cette fonction. Nous éliminons d?avance les paresseux, mafieux ou corrompus qui donneraient une image négative de l?île Maurice. Le consul honoraire, de par son statut est quelqu?un qui est invité aux fonctions diplomatiques, conférences, dîners, déjeuners, cocktails qui lui permettent ainsi de rencontrer d?autres ambassadeurs, consuls et aussi ceux qui sont dans les affaires. C?est une situation de ?gagnant-gagnant? pour l?Etat représenté et l?individu qui représente cet Etat. Bref, il peut devenir un représentant marketing et commercial intéressant pour attirer l?investissement chez nous. Il est clair qu?une mission de promotion à l?étranger qu?elle soit pour le tourisme, les services financiers ou autres, coûte beaucoup au contribuable mauricien d?où l?urgence de chercher et d?agir différemment. Le consul honoraire agit de façon bénévole et n?est pas rétribué. Plusieurs consuls de Maurice ont ainsi dirigé des délégations de businessmen de l?étranger sur l?île Maurice.

Les présentations ayant été faites, revenons-en à la diplomatie économique. Après le budget 2007, les moyens financiers attribués aux représentations diplomatiques sont connus et surtout limités. Comment faire autrement sans dépenser de l?argent.

● <B>Secteurs d?activités économiques</B>

Voyons les secteurs économiques de l?île Maurice qui se développent. Le tourisme et les projets IRS, l?industrie de la canne avec ses sous-produits comme l?énergie et l?alcool, la zone franche manufacturière englobant ici les petites et moyennes entreprises souvent oubliées, les services financiers et corporatifs (bref ?l?offshore?), les services de Business Process Outsourcing (BPO) et encore le Sea Food Hub sans mettre de côté, last but not least, le commerce.

Raisonnons quantitativement; nos principaux partenaires économiques, financiers et commerciaux sont l?Union européenne, l?Inde, la Chine, l?Afrique du Sud, l?Australie et les Etats-Unis. Ce sont de grands pays où nous avons des ambassades ou hautes-commissions. Elles sont souvent cependant situées dans des capitales administratives telles que Delhi, Pretoria ou Canberra où ne se traitent pas les affaires concernant l?économie de notre pays.

«Nos meilleurs ambassadeurs sont en fait ces touristes ayant visité l?île et qui de bouche à oreille vantent le produit mauricien. Pourquoi ne pas puiser de ce vivier pour des consulats à Madrid, Lille ou Manchester.»

Réagissons de manière sectorielle en termes de macro-économie.

● <B>Le tourisme et les projets du Integrated Resorts Scheme (IRS). </B>

Nos touristes viennent principalement d?Europe, d?Afrique du Sud ? maintenant aussi de l?Inde, des pays du Golfe, de la Russie et de la Chine sans oublier la Réunion. Les clients pour acheter les villas ou appartements dans les projets IRS viennent aussi principalement de ces régions. La Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) fait ce qu?elle peut, aidée par les entreprises touristiques du secteur privé. Nos meilleurs ambassadeurs sont en fait ces touristes ayant visité l?ile et qui de bouche à oreille vantent le produit mauricien. Pourquoi ne pas puiser de ce vivier pour des consulats à Madrid, Lille ou Manchester. Ou encore Johannesbourg, Kuala Lumpur ou Bangkok. J?ouvre ici une parenthèse pour raconter une anecdote. Je reviens à 1985, quand sir Gaëtan Duval avait été interviewé à la télévision française. Le présentateur lui demanda ce qu?il pensait de la France, divisée en deux politiquement (comme aujourd?hui) entre la gauche et la droite. A l?époque Mitterrand contre Giscard et Chirac. Il prit le présentateur de court et répondit: ?Effectivement la France est divisée en deux, il y a d?un côté ceux qui ont visité l?île Maurice et qui nous aiment et ceux qui n?ont pas encore visité l?île Maurice !?. Voilà la France coupée en deux.

Il est clair que l?agent de voyage que serait un consul enverrait ses clients plutôt vers l?île Maurice qu?une autre destination. Saisissons l?occasion.

L?industrie de la canne est en pleine mutation. Le sucre mauricien n?est pas en très bonne santé mais il y a encore les sucres spéciaux, l?énergie et l?éthanol. Un universitaire de Bâton Rouge, Hawaï, Brisbane, La Havanne ou Rio de Janeiro comme consul honoraire, pourquoi pas ? Ce genre de pro-activité développe des liens immenses entre les individus, universités ou communautés d?affaires. Echanges technologiques, universitaires, commerciaux ou de formation seraient à l?ordre du jour.

Venons-en à la zone franche et aux petites et moyennes entreprises. Nous avons récemment entrepris une action d?ouverture vers l?Afrique, la plus récente étant ?Mission for Africa? mais pas vraiment couronnée de succès. Un consul à Gaborone, Kinshasa, Nairobi, Lusaka ou Dar-es-Salaam aurait peut-être fait une différence. Je m?interpelle ici pour faire le constat que trop peu de pays sont représentés chez nous par des consuls qui seraient évidemment mauriciens. A l?heure de la globalisation, de la mondialisation comme diraient d?autres, pourquoi pas plus de consuls ici chez nous. Ces interactions nous seraient bénéfiques sur tous les plans, surtout au niveau économique.

Naviguons maintenant vers les services financiers et corporatifs, bref ce qu?on appelle ?l?offshore?. La Financial Services Promotion Agency (FSPA) se retrouve aujourd?hui sous l?égide du Board of Investment (BOI). Nous avions donc cet organisme qui vendait et vantait nos services financiers et corporatifs qui n?existe plus. Il est anormal quand l?île Maurice essaye de se positionner comme un centre financier international de qualité de ne pas avoir de représentants dans des centres névralgiques financiers comme Zurich, Jersey, New York, les îles Caïmans ou les Bermudes.

Un des fondements de notre centre financier demeure le réseau de traités de non-double imposition établi au fil des années par les gouvernements successifs. Ces traités bilatéraux font de l?île Maurice une base privilégiée pour que les investisseurs incorporent leurs compagnies chez nous afin d?investir vers les pays avec lesquels nous avons ces traités de non double imposition. L?île Maurice a des traités avec 32 tels pays et c?est ainsi que nous sommes aujourd?hui un des plus gros investisseurs en Inde ou en Chine. Sur ces 32 Etats, nous avons des ambassades ou hauts-commissariats dans seulement sept de ces Etats. Puis nous avons des consuls honoraires dans une douzaine de ces Etats. C?est peu et les consuls ne sont pas toujours logés dans la capitale économique ou financière du pays envers lequel ils sont accrédités. Il est urgent de trouver des professionnels de qualité, des hommes d?affaires, des banquiers ou autres pour nous représenter et enclencher un dynamisme, une synergie entre leurs communautés économiques et la nôtre.

Nous arrivons maintenant au BPO, tellement prometteur pour la création d?emplois et le développement de notre cyber nation. Le BPO, ce n?est pas sorcier, celà veut simplement dire qu?une entreprise délègue certaines activités économiques ou commerciales vers d?autres qui feront le même boulot ailleurs mais à meilleur marché. Comment procéder ? Un bon industriel de Bangalore, de Silicon Valley ou de Singapour ne penserait-il pas en premier lieu à l?île Maurice s?il lui fallait s?étendre? L?avancement de l?île Maurice dans le secteur du BPO lui-même souvent lié aux secteurs des télécommunications et de l?informatique pourrait en progresser.

Finalement, le sea food hub qui a attiré des investissements de plus de sept milliards. Les activités du port ont souvent été liées au Japon, à la Corée du Sud et à Taiwan. Il est dommage que cette dernière ne puisse avoir de représentation diplomatique mauricienne pour des raisons de politique internationale. Nous avons un consul à Tokyo et en Corée du Sud, savent-ils cependant ce que représente pour notre économie l?expansion du sea food hub ? Sont-ils au fait que la BOI a publié des brochures sur ces sujets et que le tout se trouve sur Internet à leur disposition. Quid d?un consul à Kyoto, Djakarta ou Dubayy sans oublier Le Pirée en Grèce, Brest en France ou Malte ? Nous étions l?étoile et la clé de la mer des Indes, pourquoi l?oublier. Un simple regard sur les armoiries de l?île Maurice nous démontre une clé rouge d?un côté et une étoile sur fond bleu de l?autre, armoiries établies depuis 1906 ! Peut-être des signes précurseurs !

D?autres ont parlé de l?île Maurice comme la Suisse ou le Singapour de l?océan Indien, il me semblerait parfait qu?on se retrouve simplement comme l?étoile et la clé de la mer des Indes.

● <B> Qualité des consuls</B>

Parmi ceux qui sont en poste depuis un certain temps, plusieurs ont perdu contact avec les réalités économiques et financières de Maurice et il est bien nécessaire de les secouer un peu et leur imposer un petit cours de recyclage s?ils veulent continuer dans leurs fonctions. Une séance plénière de tous les consuls à l?île Maurice devrait se faire au moins tous les deux ans pour leur expliquer les nouveautés, constater les changements dans les secteurs public et privé, visiter les nouvelles usines, les nouveaux hôtels et aller à la rencontre des Mauriciens. J?ose poser la question : combien même d?ambassadeurs ou de hauts-commissaires sont au courant du Business Facilitation Act de 2006. C?est un texte de loi qui marque d?une pierre blanche l?investissement à l?île Maurice en facilitant l?implantation des nouvelles entreprises ET en permettant aux étrangers de devenir résidents et d?acheter leurs locaux ou leurs usines. Toutes nos représentations diplomatiques devraient être au fait de cette législation et avoir en stock des brochures du BOI. Cela serait de même pour les nouveaux consuls.

Je ne propose rien de moins que la nomination d?une centaine de nouveaux consuls honoraires à l?étranger. Le Premier ministre se rend en Chine ce week-end. Nous avons un ambassadeur à Beijing mais pas de consuls à Shanghai, Guangzhou, ou Macao ? Voilà une opportunité de considérer ce problème et d?y apporter des solutions.

«Quid d?un consul à Kyoto, Djakarta ou Dubayy sans oublier Le Pirée en Grèce,
Brest en France ou Malte ? Nous étions l?étoile et la clé de la mer des Indes, pourquoi l?oublier.»

Au fait la politique étrangère est un de ces rares domaines ou les partis politiques sont souvent en accord. Prenons alors la nomination des consuls, c?est une mesure administrative normalement du fait du ministère des Affaires étrangères. Le candidat au poste doit fournir tout son parcours et être interviewé. Le choix serait en fonction de nos activités économiques sectorielles mais lié à la géographie. Pourquoi pas un comite de nomination présidé par le Premier ministre et ayant comme membres le ministre des Affaires étrangères et le leader de l?opposition. Les choses se feraient dans la transparence assu-rant ainsi une pérennité à ceux nommés pour représenter le pays. Surtout pas une politique de petits copains.

● <B>Un peu de géographie</B>

Au niveau des représentations diplomatiques, nous couvrons à peine les Amériques, du Nord comme du Sud, l?Afrique, l?Asie du Sud Est ou encore l?Australie. Totalement négligés sont les pays de l?ancienne Europe de l?Est ? maintenant membres de l?Union européenne et les pays de l?Ex-URSS comme l?Azerbaïdjan, le Kazakhstan ou l?Ouzbékistan. Last but not least les pays du Golfe Persique comme Dubayy, Abu Dhabi ou le Qatar.

Cette liste ne prétend pas être exhaustive et peut certainement être plus élaborée.

● <B>Conclusion</B>

Il faut bien en avoir une. Les moyens de représentations diplomatiques peuvent être améliorés à peu de frais. Les nominations d?une panoplie de consuls honoraires peuvent faire peur à certains mais ces craintes peuvent être contrôlées avec les garde-fous suggérés. Il faut que notre ministère des Affaires étrangères établisse de nouvelles frontières. Ce n?est pas du mercantilisme : de par les conventions internationales signées par l?île Maurice, de par le Droit international nous avons droit à ces consuls ho-noraires. Plusieurs pays en profitent d?ailleurs.

Il faut oser, il faut de l?audace. Rester dans l?immobilisme ne sert à personne mais effectivement c?est un travail de longue haleine. Donc pour ces consuls; s?il vous plaît, nommons-les.

<B>Par Marc HEIN</B> (Cabinet Juristconsult)

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