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Pour un rôle étendu du pharmacien
Ce qui frappe chez cet homme qui n?a que 43 ans, c?est sa modestie. Il préfère attribuer sa réussite à son employeur, le pharmacien et homme d?affaires Kumar Gunness qui, répète-t-il, lui a donné sa chance. «S?il est vrai que je connaissais la technicité du métier, son marketing et ses aspects commerciaux m?étaient inconnus. Kumar Gunness qui est un homme de c?ur, a été mon mentor. Il m?a formé dans ces matières. Je lui en suis grandement redevable», précise-t-il.
Ce fils unique d?un commerçant textile de Port-Louis, a eu une enfance dorée car il a grandi au sein d?une famille élargie. «Les frères de mon père, leurs épouses respectives et mes parents habitaient la même cour à l?angle des rues Mgr Gonin et Desforges à Port-Louis. Et à part moi, il n?y avait pas d?autres enfants dans la famille. De sorte que j?étais l?objet de toutes les attentions. Pour tout vous dire, je ne levais pas le petit doigt. On faisait tout pour moi, y compris étaler le dentifrice sur ma brosse à dents», raconte Sadeck Vawda, qui ajoute toutefois que ses parents lui ont appris la valeur des choses.
Bien que sa mère soit analphabète, elle et le père de Sadeck créent un environnement propice aux études de leur enfant. Celui-ci effectue sa scolarité primaire à l?école de La Salle R.C.A et décroche la petite bourse. Ce qui lui ouvre les portes du collège Royal de Port-Louis. Se sentant des affinités avec la chimie, il décide de suivre la filière scientifique jusqu?en Form VI. Il se classe tout juste après les lauréats et opte pour des études de pharmacie.
A l?époque, il n?y a pas autant de bourses offertes par l?Etat qu?aujourd?hui. Sa famille, ainsi que Mahmad Timol, le responsable de la mosquée de la rue Desforges, financent ses études supérieures à l?université de Nottingham en Grande-Bretagne. Après quatre ans d?études, il obtient son Bpharm avec Honours et travaille pendant quelque temps en tant que pharmacien hospitalier et industriel, notamment pour la firme Boots.
Ses parents l?encouragent à faire carrière dans ce pays. Mais lui veut rentrer car il les sait âgés. «Ils avaient déjà dépassé la soixantaine. Comme j?étais enfant unique, j?estimais que ma place était auprès d?eux. J?estime avoir fait le bon choix car nous avons eu 20 belles années ensemble avant leur mort.» Avant qu?il ne rentre au pays, le pharmacien Atchia qu?il connaît et dont l?officine est à Port-Louis, lui offre un emploi. Ainsi, pendant cinq ans, il se familiarise avec les médicaments à provenance multiple et à la vente au détail.
«En Grande-Bretagne, on travaille avec des médicaments anglais ou européens. A Maurice, les médicaments venaient du monde entier et il fallait les connaître. Je dois dire que j?ai été grandement aidé par Jeewan Gujeelee, le préparateur, qui m?a familiarisé aux différentes marques.»
En homme avisé, il sait aussi qu?il doit continuellement se documenter sur le développement pharmaceutique pour ne pas courir le risque d?être dépassé. De ce fait, il s?abonne à des revues scientifiques et reste documenté. «Chose que tout pharmacien devrait faire», estime-t-il.
C?est dans cette optique qu?il devient membre de l?Association des pharmaciens, du Pharmacy Board et de la Fédération des pharmaciens de l?océan Indien. C?est justement lors d?une session de Medical Update de l?Association des pharmaciens à laquelle il est convié en tant qu?intervenant, qu?il croise Kumar Gunness. Les deux hommes sympathisent. Vu les compétences techniques de Sadeck Vawda, Kumar Gunness reprend contact avec lui peu après et lui propose de former les quatre délégués médicaux de Unicorn Ltd. Ce que Sadeck Vawda fait pendant un an à titre de consultant.
A force de se côtoyer, les deux hommes se découvrent des points communs, y compris la même vision sur le développement du domaine pharmaceutique à Maurice. Le patron de Unicorn Ltd lui propose alors de l?embaucher comme pharmacien. Il accepte. Son rôle est non seulement de s?occuper de l?importation et de la distribution des produits pharmaceutiques mais aussi de visiter les trois pharmacies de la compagnie.
A ces fonctions, Kumar Gunness ajoute une troisième un an plus tard et c?est celle de responsable de marketing et des ventes. A eux deux, ils font grandir cette compagnie. Les pôles d?activités de Unicorn Ltd sont l?importation, la promotion et la distribution de médicaments. Si au début, la compagnie travaille avec deux laboratoires pharmaceutiques, au fil des ans, ce nombre passe à 25 dont des réputés tels que Bayer, Sanofi-Aventis, Alcon, Novartis, Merck, Ciba-Vision. De trois pharmacies initiales, ce nombre est passé à cinq. Le personnel de Unicorn Ltd est désormais d?une centaine. Pour que le travail se fasse correctement, les deux hommes nomment des cadres responsables des différentes divisions de la compagnie. Ce qui a fait la force de Unicorn Ltd et qui lui a permis d?être un des leaders du marché, c?est «son respect de l?éthique, sa constante recherche de qualité et sa diversification dans les produits attirants pour les consommateurs», soutient Sadeck Vawda. «Et puis, chaque maillon de la chaîne a joué son rôle, y compris les délégués médicaux qui apportent une plus-value aux médecins et aux pharmaciens». Depuis deux ans, Sadeck Vawda est General Manager de la compagnie. Son rôle consiste à dégager des stratégies de développement, à nourrir ses relations avec les laboratoires pharmaceutiques et à rester à la pointe de tout ce qui se fait de mieux dans le domaine en assistant à des conférences médicales à l?étranger. «Nous commercialisons des médicaments brevetés mais aussi des génériques pour que chacun y trouve son compte.»
«Le pharmacien doit se mettre en avant et comme il est un expert en médicaments, il doit donner des conseils. Il doit s?impliquer davantage dans les campagnes de promotion de la santé.»</I>
Sadeck Vawda qui se passionne pour le domaine pharmaceutique, dit avoir noté qu?à Maurice en général, le pharmacien est trop en retrait. «Ceci explique pourquoi le public a tendance à le confondre avec le préparateur.
Le pharmacien doit se mettre en avant et comme il est un expert en médicaments, il doit donner des conseils. Il doit s?impliquer davantage dans les campagnes de promotion de la santé.» Il poursuit en disant qu?en Grande-Bretagne, les pharmacies sont des centres de promotion de la santé. «Les pharmacies disposent d?un coin tranquille où les membres du public peuvent venir parler au pharmacien en toute quiétude. De son côté, le pharmacien en profite pour faire des dépistages du diabète ou de l?hypertension et prodiguer des conseils sur l?hygiène de vie. Certains pharmaciens mauriciens le font mais ce n?est malheureusement pas la généralité. Le pharmacien mauricien doit concevoir son rôle de façon élargie et ce faisant, il contribuera à décongestionner les hôpitaux.»
De l?autre côté, ajoute-t-il, vu les petites marges enregistrées par les pharmaciens, le gouvernement devrait leur donner des incitations telles que des facilités d?emprunt pour moderniser leurs officines et informatiser leur système.
Ce professionnel, qui dit puiser sa force en Dieu, est marié à Nargis qu?il décrit comme son pilier. Celle-ci lui a donné trois fils ? Saajid, 15 ans, Khalid, 12 ans et Taariq, six ans. Sadeck Vawda prévoit l?an prochain d?organiser une Medecine Dump Campaign, soit une campagne visant à faire le public se débarrasser de ses médicaments périmés. S?il encadre ses enfants d?un point de vue éducatif, il fait ressortir que ses fils aînés ont réussi le certificat de fin d?études primaires sans prendre aucune leçon particulière. Et qu?il n?est pas obligatoire d?avoir des parents instruits pour réussir dans la vie. Comme lui quoi?
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