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Pour un débat dépassionné sur la démocratisation de l?économie
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Pour un débat dépassionné sur la démocratisation de l?économie
De tout temps, fait-on remarquer, les sociétés anciennement colonisées ont été confrontées à cette problématique. Les injustices passées laissent des stigmates même des décennies plus tard. La recherche d?un ordre nouveau et plus adapté aux populations émancipées bute pourtant continuellement sur des remugles anciens. C?est qu?il existe des risques. Le principal étant de verser dans un quelconque radicalisme lorsqu?on tente de rétablir les équilibres. C?est le défi de nos dirigeants politiques et économiques.
Jusqu?ici, le modèle d?organisation est fondé principalement sur l?initiative privée : sur le libéralisme, et le Welfare State, basé lui sur la responsabilité sociale de l?Etat. En somme, une opposition classique entre le capital et le travail. Aujourd?hui, une redéfinition semble s?imposer. Du moins, l?ensemble de la classe politique plaide et dit ?uvrer en ce sens.
Ainsi pour Amédée Darga, directeur de Straconsult, ?seuls ceux qui ne veulent pas entendre le grondement des frustrations profondes se posent encore la question de savoir si la démocratisation de l?économie est d?actualité. C?est une quête qui s?amplifie depuis longtemps. Pour l?avoir ignorée ou ne pas l?avoir comprise, le Premier ministre et son gouvernement risquent bien de payer le prix fort. Pour avoir constamment évacué le problème, le secteur privé pourrait avoir beaucoup plus à faire et plus rapidement qu?il ne l?aurait dû si l?initiative était venue de leurs rangs?.
?Un concept à opportunité égale?
La solution n?est pas forcément politique, estime Ariff Currimjee, directeur de Vieo Industries Ltd. D?autant plus que, ajoute-t-il, les termes d?économie et de démocratisation ne sont pas nécessairement compatibles. ?Je préfère davantage évoquer un concept d?économie à opportunité égale?, fait-il ressortir.
Pour Rajiv Servansingh, secrétaire général adjoint de la Chambre de commerce et d?industrie, la notion de démocratisation économique peut être un simple slogan politique ou s?inscrire dans une volonté réelle visant à une avancée socio-économique concrète répondant aux exigences d`une société de liberté et de l?information. ?La démocratisation de l?économie peut se concevoir soit en termes de la propriété des moyens de production, soit en termes de la répartition de ce qui en découle (gages et salaires ainsi que les bénéfices) soit encore du mode d?emploi de ces outils de production - notions de méritocratie, de transparence et de gouvernance?, poursuit-il.
?Favoriser la compétitivité?
Il estime que le respect de la propriété privée étant un acquis institutionnel à Maurice, ?la question ne se pose donc que dans les deux derniers cas de figure dans la mesure où en l?état actuel, ceux-ci représenteraient un obstacle à la mise en place d?un environnement qui favoriserait la compétitivité de l?économie mauricienne. Il est entendu que la compétitivité repose sur la conjonction de conditions subjectives (perception de méritocratie et de transparence) et objectives (retour sur investissement raisonnable)?. Le rôle de l?état, ajoute-t-il, change de nature mais demeure vital dans la mise en place d?un environnement favorable à la compétitivité et par là même dans la démocratisation de l`économie.
Ariff Currimjee plaide pour sa part pour une introduction plus large du concept de ?corporate governance?. ?C?est une question de méritocratie en termes d?accès à l?emploi, de promotion et d?allocations des contrats? Il faut aussi s?assurer que les règles du jeu sont les mêmes pour toutes les firmes. En ce sens, une loi anti-monopole serait des plus appropriées. Ce n?est pas au gouvernement de le faire mais à une instance régulatrice indépendante. Enfin, même si les chances ne seront jamais entièrement égales, il faut s?assurer que les nouveaux entrants puissent bénéficier d?une politique de discrimination positive en termes de facilités financières mais aussi dans un sens plus élargi du terme?, fait-il remarquer.
En somme, il est question d?une nouvelle organisation de la distribution des richesses et d?accès aux services et aux finances, hors des règles implacables de la concurrence des marchés.
?CORPORATE GOOD GOVERNANCE?
Les propositions d?Amédée Darga
■ Le directeur de Straconsult, Amédée Darga, émet ici quelques propositions menant vers la démocratisation de l?économie. Il estime que dans le cadre de la mise en place des mesures pour le ?Corporate Good Governance?, le choix des directeurs indépendants devra démontrer les soucis de la démocratisation. Il faut également démocratiser l?embauche des hauts cadres dans l?industrie hôtelière. ?Il est choquant que sans aucune honte il est annoncé, trente ans après le développement du secteur, qu?un premier Mauricien ait été nommé directeur dans un hôtel d?un des grands groupes! Personne ne contestera l?apport que peuvent avoir des cadres étrangers pour un certain temps dans ce secteur notamment pour leur apport innovant. Mais il n?est plus acceptable qu?on ne trouve pas des cadres mauriciens et que même une position d??Executive Housekeeping? soit occupée par une étrangère. De grâce, n?invoquez pas le manque de compétences locales. Envoyez vos meilleurs cadres mauriciens en formation dans les meilleurs établissements à l?étranger et faites revenir ces Mauriciens qui ont déjà fait leurs preuves à l?étranger, qui devront être payés en conséquence.? Amédée Darga penche également pour la démocratisation de la sous-traitance pour les gros projets obtenus en appels d?offres publics. ?Rien ne peut empêcher, dit-il, que les critères de méritocratie dans l?embauche, de responsabilité sociale soient tenus en considération pour l?octroi de gros contrats du secteur public.? Ses autres propositions : démocratiser l?actionnariat pour les projets obtenus sur des marchés captifs, tels que les centrales de production d?électricité, ouvrir les marchés d?approvisionnement locaux que ce soit pour les biens ou pour les services - Il n?y a pas, par exemple, que deux firmes de consultants à Maurice - et appliquer le principe de rotation des auditeurs sur lequel le présent ministre a reculé. ?Évidemment l?application du principe de méritocratie dans le recrutement et la promotion n?est même pas discutable.
Une formule d?incitations pourrait aussi être mise en place pour la création de fonds de capitaux risqués destinés à démocratiser l?accès aux capitaux pour la démocratisation et la promotion des entrepreneurs. Le ?National Equity Fund?, qui, jusqu?ici, n?a financé que trois ou quatre projets, devra ici donner l?exemple en abandonnant ses critères totalement irréalistes et qui ne servent aujourd?hui qu?à justifier l?emploi de quelques bureaucrates. Ces quelques exemples de mesures devraient se focaliser sur les compagnies cotées en Bourse et sur au moins les top 100. De telles mesures seraient non seulement pour l?harmonie et le ?trust? social, mais aussi pour la dynamisation de l?entrepreuneuriat et par conséquence pour le développement économique.?
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