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Pour l?exemple
Il faut des exemples pour changer les manières, dit-on. Et, si nous n?en trouvons pas chez nous, il ne faut pas hésiter à les chercher ailleurs. Deux démissions spectaculaires qui ont défrayé la chronique à l?étranger récemment possèdent justement la force des symboles. Elles méritent d?être connues.
La première affaire est celle qui a mis fin à la carrière du p.-d.g. de Boeing, Harry Stonecipher. Ce grand patron du premier avionneur américain a été contraint de partir à la retraite pour avoir entretenu une liaison avec une cadre de l?entreprise. A Maurice, un comportement similaire aurait, tout au plus, fait l?objet de quelques ragots. Pour le constructeur aéronautique américain, la conduite de son président est assez grave pour mériter la sanction extrême. Il l?a prié de partir.
Il y avait des circonstances atténuantes qui jouaient en faveur de Harry Stonecipher. L?employée incriminée n?était pas directement sous son autorité. La relation était consentante et n?avait pas d?effet sur la conduite de la compagnie. Ni la carrière ni la rémunération de la cadre n?avaient été influencées par cette relation. La sanction n?en a pas été moins lourde, pour autant.
Le débarquement immédiat d?un employé, fût-il le n° 1, coupable d?avoir enfreint le sévère code de conduite de Boeing, devrait inspirer ceux qui préconisent, chez nous, le ?zéro défaut? en matière d?éthique. Nos capitaines d?industrie auront beau décliner sur tous les tons les vertus de la bonne gouvernance d?entreprise lors des séminaires et conférences qu?ils organisent mais, dans la pratique, les vieilles traditions demeurent inchangées. A-t-on jamais sanctionné, à Maurice, un cadre pour atteinte aux normes morales?
De plus, la structure de l?actionnariat de certaines grandes entreprises ne permet pas toujours d?assurer que ceux qui occupent des postes stratégiques possèdent les capacités intellectuelles et morales nécessaires pour le faire. Le secteur privé échappe encore trop facilement à l?obligation de donner des chances égales à tous les postulants pour des fonctions déterminantes. Des gouvernements successifs ont promis l?adoption d?un ?Equal Opportunities Act? mais n?ont pas donné de suite à leur projet.
La seconde affaire qui doit être citée pour l?exemple a trait au monde politique. Il s?agit du comportement de l?ancien ministre français de l?économie, Hervé Gaymard. Il a inspiré un opprobre quasi unanime. L?ex-ministre logeait avec son épouse et ses huit enfants dans un duplex de 600 m2 à Paris et dont le loyer était payé par l?Etat français. Il n?y a pas eu d?entorses aux lois de son pays mais un manquement à l?éthique. Il a été contraint d?abandonner sa fonction ministérielle. Il n?y aura pas de seconde chance pour lui. Si cela se passait à Maurice, une commission d?enquête aurait vite fait de le blanchir et il aurait été repêché illico par le gouvernement.
Le couperet est tombé sur Hervé Gaymard parce que l?opinion publique française exige que ses dirigeants soient exemplaires. Elle ne supporte pas la posture de ceux qui prônent la moralisation de la vie publique mais qui sont coupables de dérapages fastueux.
Ceux qui commettent des abus, tant dans les champs public que privé, ont des comptes à rendre dans les pays où l?on applique les concepts de bonne gouvernance. Il faut espérer que nos décideurs finiront aussi par afficher une meilleure cohérence entre le discours et les actes sur cette question.
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