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Portraits des principaux «papabili»
■ <B>Dionigi Tettamanzi</B>
Dionigi Tettamanzi, archevêque de Milan, 70 ans, est né en 1934 près de Milan. Petit de taille, replet, son physique, s?il est élu, sera comparé à celui du «bon pape» Jean XXIII (1958-1963). Doué de charisme, il crée autour de lui, selon des proches, une sorte d?«ascendant électrique».
Prêtre depuis 1957, Dionigi Tettamanzi, d?abord professeur de théologie morale à Milan, est tôt sollicité par le pape pour ses documents sur la famille et la bioéthique. Son ascension est rapide dans la conférence des évêques italiens. En 2002, il succède à Milan, dans le plus grand diocèse catholique du monde, au prestigieux cardinal Martini.Son profil de «papabile» vient de ses qualités de gestion, de son expérience de l?Eglise italienne et de la Curie, de sa compétence sur les dossiers de morale et de bioéthique médicale, de la confiance que lui témoignent Jean Paul II et les autres évêques : il a été le mieux élu, en 1999, au Conseil «post-synodal». Il est le candidat des réformistes modérés. Après un pontificat marqué par des orientations doctrinales conservatrices, il incarnerait une sorte de «rééquilibrage», mais sans rupture avec l?orthodoxie «wojtylienne» dont il a toujours été le défenseur. Son principal handicap est la faiblesse de son expérience internationale : il ne parle aucune langue étrangère.
■ <B>Angelo Scolla</B>
Angelo Scola, patriarche de Venise, 63 ans, est né en 1941, près de Milan. Son père est chauffeur de camion. C?est l?un des plus beaux «cerveaux» de l?Eglise italienne, mais il passe pour ambitieux et carriériste. Il est porté par le mouvement catholique Communion et libération, fort de 100 000 adhérents, très influent dans la droite politique lombarde et italienne. Formé à l?université de Milan, Angelo Scola, prêtre depuis 1970, passe son doctorat de théologie à l?université de Fribourg, puis collabore à Communio : cette revue, créée par d?éminents théologiens, décédés (Henri de Lubac, Hans-Urs von Balthasar) ou vivants (Josef Ratzinger), est devenue le «laboratoire» du pontificat de Jean Paul II, proposant un renforcement de l?identité catholique face aux crises de la culture contemporaine. Angelo Scola passe pour un théologien un peu aride plus que pour un «pasteur» de terrain. Sa carrière est surtout universitaire.Promu patriarche de Venise au début de 2002, il est cardinal depuis le dernier consistoire d?octobre 2003 dans lequel, aurait dit Jean Paul II, «vous trouverez le nom de mon successeur». Son compagnonnage avec Communion et libération risque toutefois d?être jugé encombrant par ceux qui espèrent un assouplissement de la ligne doctrinale Jean Paul II - Ratzinger.
■ <B> Josef Ratzinger </B>
Josef Ratzinger, préfet de la Curie, 77 ans, est né le 16 avril 1927 à Marktl am Inn en Bavière. Rien n?est plus caricatural que sa réputation de théologien allemand inquisiteur, ses compatriotes progressistes le surnomment le «Panzerkardinal». Il surprend par la douceur de ses yeux bleus et la finesse de son intelligence. Préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi (ex-Saint-Office) depuis 1981, après une expérience malheureuse comme archevêque de Munich, il est devenu la figure emblématique du conservatisme doctrinal de ce long pontificat.Prêtre depuis 1951, il a suivi en expert le concile Vatican II (1962-1965), ouvert à ses réformes, puis s?est dit «retourné» par les «déviations nihilistes» de mai 1968. Il voit précocement dans le pontife polonais un bouclier contre l?«athéisme moderne» et, le «sécularisme déshumanisant». A la fois inspirateur et exécutant des mesures disciplinaires contre les «théologiens de la libération» il tient la plume des plus grands textes du pape sur les rapports entre liberté et vérité. Ses propres «instructions», comme Donum vitae (contre la procréation médicale assistée, 1987) et Dominus Jesus (la suprématie de l?Eglise catholique sur les autres confessions, 2000), le rendent impopulaire dans les milieux progressistes.
■ <B>José Maria Bergoglio</B>
José Maria Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, 68 ans, est né le 17 décembre 1936 dans la capitale argentine, d?un couple d?immigrés italiens. il fuit les journalistes autant que les hommes politiques de son pays. Sa formation est celle d?un ingénieur chimiste. Mais il est entré très tôt dans la Compagnie de Jésus. Prêtre depuis 1969, il a toujours lié sa carrière ecclésiastique à l?expérience de la réalité sociale de son pays. Dès 1992, il était évêque auxiliaire de Buenos Aires, promu archevêque en 1998. Dans un pays où la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, ses homélies sans être révolutionnaires lui valent une grande popularité auprès des déshérités et d?une classe moyenne appauvrie.
Peu bavard, il ne mâche pourtant pas ses mots pour dénoncer la corruption de la classe politique et la crise des valeurs de la société argentine. José Maria Bergoglio ferait un bon premier pape italo-américain. Il vit à Buenos Aires simplement, voyageant en métro et en bus, passant ses week-ends dans les paroisses défavorisées, au contact des prêtres des bidonvilles.Ses deux handicaps : une santé fragile (il vit avec un seul poumon depuis une opération à l?âge de 20 ans) et sa faible expérience du gouvernement central de l?Eglise. Il est cardinal depuis 2001.
■ <B> Ivan Dias</B>
Ivan Dias, archevêque de Bombay, 68 ans, est né en 1936 à Bombay. Sa promotion dans la liste des papabili est récente et rapide. Il réunit toutes les qualités attendues d?un prochain pape non européen : il vient d?un continent dont Jean Paul II a dit, en novembre 1999, qu?il serait celui du «troisième millénaire» du christianisme et il a une expérience ancienne et concrète du gouvernement de l?Eglise.
Prêtre depuis 1958, Ivan Dias entre jeune dans la carrière diplomatique. Il est nonce en Afrique et surtout dans l?Albanie postcommuniste. Il est alors proche de Mère Teresa de Calcutta et de Jean Paul II. Il rétablit une vie d?Eglise normale dans une Albanie où la foi avait été éradiquée par le dictateur Enver Hodja et il entretient de bons rapports avec l?Eglise orthodoxe.
Le pape le nomme en 1996 archevêque de Bombay, où il s?impose comme le porte-parole de la minorité chrétienne (3 % de la population), parfois agressée par les nationalistes hindous. A Bombay, Ivan Dias vit plutôt pauvrement.
Il est d?abord simple et chaleureux. C?est le «Gandhi» des catholiques indiens, dit un proche. Conservateur, il est aussi à l?origine des sanctions romaines prises contre un théologien, Jacques Dupuy, auteur de thèses audacieuses pour un rapprochement entre le christianisme et les grandes traditions asiatiques.
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