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Port-Louis fut et reste poudrière

4 janvier 2006, 20:00

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L?histoire de Port Louis est parsemée d?incendies, les uns plus graves que les autres. Ils n?ont servi de leçon à quiconque. La capitale reste la poudrière qu?elle a toujours été, en raison de la concentration d?activités industrielles, d?équipements de toutes sortes, de matières premières, de compositions chimiques et inflammables pour la plupart, et de produits finis dont ses flancs regorgent demesurément.

Dès 1737, on enregistre un incendie détruisant la Loge, servant alors d?Hôtel du Gouvernement. Mauvais présage mais aussitôt oublié tout comme l?incendie dans le port qui détruit le navire, le Mars, en novembre 1773. Quatre ans plus tard, le feu détruit une trentaine de cases à la rue de la Petite-Montagne. En 1802, c?est au tour du quartier des rues Saint-Georges et Monsieur (Rouget) de s?enflammer. En 1815, le feu détruit les demeures Pitot, Macarty, Becquet. Les flammes dévorent aussi les livres de la bibliothèque Pitot et ses précieuses collections de dessins et de gravures. Tout cela n?est rien comparé au sinistre du 25 septembre 1816 qui détruit le Port-Louis Maritime, menaçant même l?Hôtel du Gouvernement actuel que sauve de justesse le brave sergent Hastie. En décembre1838, le Rd Jean Lebrun perd son logement dans l?incendie de l?immeuble Berger à l?angle des rues Saint-Louis et Chevreau. Il faut l?aide des équipages de quatre navires en rade pour circonscrire l?incendie du Magasin Harper et Singery, le 13 mai 1858, rue de l?Eglise. Les Mauriciens pensaient avoir touché le fond de l?abîme avec le cyclone et les incendies du 29 avril 1892. C?était sans compter avec l?incendie désastreux du 22 juillet 1893 qui détruit le quartier délimité par les rues Mère-Barthélemy, Ruisseau du Pouce, le chemin de fer (aujourd?hui l?autoroute intra-urbaine), Monneron et Edith-Cavell. La capitale perd du même coup l?Hôtel Masse d?illustre mémoire. Le 3 avril 1895, un autre sinistre détruit ce qu?il reste de la Chaussée, y compris les études des notaires Koenig et Geoffroy abritant de précieuses collections et une montre en or ayant appartenu à Napoléon 1er, offerte par Mgr Buonavita à la famille Geoffroy.

Dans les années 1950, on enregistre les incendies du Magasin Tee Cheong (une étincelle dans un baril d?essence) à l?angle de la Chaussée et de la rue Célicourt-Antelme (octobre 1950), des cuisines du restaurant Pyramide (août 1957), de la distillerie Lagesse et Carles à GRNO (septembre 1948), de l?entrepôt du Syndicat des Fibres d?aloës, à la chaussée Tromelin, près du bassin de radoub de Taylor Smith et des réservoirs de carburant (juillet 1949), de la fabrique de chaussures en toile Hwa Keong, rue Réserve, Cassis (mars 1956), de l?immeuble Currimjee Jeewanjee, du restaurant Li Hoi Hang, de la cordonnerie Chan Kin, à la rue Desforges (octobre 1952), de plusieurs maisons et du bungalow de Jean Jacques Terrasson à Pointe aux Sables (août 1957), de la boutique Wong Kuen Fat, de son dépôt de pétrole et d?alcool dénaturé, à l?angle des rues Royale et Magon (mars 1950).

La Fire Brigade de Port Louis n?est pas près d?oublier cette nuit de fin décembre 1957 qui voit simultanément les incendies du Boissevain en rade, d?une boulangerie à la rue Lenepveu, des immeubles à l?angle des rues Pellereau et Desforges et d?une voiture, place de la cathédrale.

Les années 1960 enregistrent l?incendie du Cerné Dock (février 1960), d?un immeuble de la Place du Quai (février 1959), celui de la rue Pasteur d?avril 1960, détruisant les immeubles et magasins Tim Loy, Ameer, Ramjan, Lai Chuek Chue, Sonah Ringadoo, Lo Tiap Kwong, Dilmahomed, bâtiments qu?avaient épargnés les cyclones Alix et Carol, et de la quincaillerie Viger Ltd (août 1964).

Il y a 25 ans, les Portlouisiens se souviennent encore des sinistres des années 1970 dont ceux détruisant le bâtiment en bois du Mauricien rue Saint-Georges et menaçant celui de l?Express que protège heureusement le Père Henri Souchon (janvier 1978). Il y a aussi l?incendie du complexe industriel de la BDM à Plaine Lauzun, détruisant entre autres l?usine Duke Haberdashers (mai 1977), ceux du Cinéma des Familles (décembre 1978), des locaux de la GWF, rue Brabant (septembre 1980), du marché central et de son aile des épices (mai 1981), d?un entrepôt au Quai A (avril 1977).

L?incendie le plus mémorable des années 1970 demeure sans conteste celui de septembre 1975 qui détruit totalement le garage automobile de Rogers et les ateliers d?Harel Mallac et partiellement l?immeuble de ce groupe de compagnies, à la rue Edith-Cavell, Port-Louis. Les explosions et les incendies qui s?ensuivent font un mort, une soixantaine de blessés et occasionnent une panique générale.

La presse d?il y a 25 ans fait dire au président de la commission administrative, M. Koslen Nundoochand, et au chef du service des pompes municipales, M. Cassam Kaidoo, qu?ils ne peuvent rien faire pour moderniser les équipements des pompes municipales en raison du refus du gouvernement central bloquant tout projet dans ce sens. En dépit de tous les incendies précités, la Cité de Port Louis est équipée à seulement 60% pour les combattre. Elle ne dispose toujours pas, sur place, d?une grande échelle, permettant de combattre tout incendie dans les étages des plus hauts immeubles portlouisiens. Pour aller éteindre le moindre feu, les camions de pompiers ont d?abord besoin de s?extraire des embouteillages incessants dans la capitale. En 1980, certains véhicules de la Fire Brigade datent des années 1950. Ils sont en nombre insuffisant. Leur réservoir d?eau est ridiculement trop petit. Le Foam Cannon n?a pas assez de pression. Des recommandations du rapport Glover sur l?incendie d?Harel Mallac sont superbement ignorées. La situation s?est-elle améliorée depuis ? On ne peut que l?espérer.

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