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Plaisir, quand tu nous rends coupables
Le mot plaisir fait tiquer. Dans quoi on s?embarque là ? Le mot amuse certains. Va-t-on traiter de jouissance, d?orgasme, de volupté ? Pas du tout. Ce papier risque même de ne pas être une partie de plaisir. Surtout pour ceux qui n?aiment pas les théories. Mais comme dit Joseph Cardella, le ténor de la philosophie, et pour vous rassurer, il ne s?agit pas d?intellectualiser le plaisir, mais de réfléchir sur ses bons côtés et « le traiter de manière sérieuse et digne ». Il s?empare d?ailleurs de ce thème dans le cadre de la semaine de la philosophie nationale et lance demain, à la mairie de Port-Louis, le débat sur « Peut-on faire du plaisir une philosophie ».
Le plaisir a toujours plus ou moins été dévalorisé, critiqué et vu comme élément de dégénérescence et de déclin. C?est l?opinion de Joseph Cardella. Pour lui, le plaisir sera toujours un enjeu tant qu?il y aura des morales pour le fustiger et le rendre immoral. « J?ai choisi de parler du plaisir, car les religions, les morales et les philosophies l?ignorent dans le meilleur des cas, et le condamnent violemment dans le pire des cas », explique-t-il et il tâchera de montrer dans son intervention qu?il y a certains courants philosophiques qui ont mis le plaisir au centre de leur préoccupation et qui en ont fait une « règle », voire une philosophie de vie. Mais le prêtre Filip Fanchette précise de son côté que la religion ne condamne pas le plaisir et que, par exemple, dans la Bible, on préconise de choisir la vie, le bonheur. « On est tous à la recherche du bonheur.
Le plaisir est fondamental. Si on ne prend pas du plaisir dans ce que l?on fait, on ne fonctionnerait plus. L?important c?est que ces plaisirs nous enrichissent, qu?on ne les obtient pas en exploitant les autres. »
Il faut reconnaître toutefois que dans le christianisme, on a longtemps pensé que pour s?élever, il fallait expérimenter la misère. Que pendant le carême, il fallait abolir tout plaisir et faire des sacrifices. « C?est là une conception. Mais il y a une autre manière de voir les choses. On peut prendre le carême comme un moment où l?on s?oublie pour s?occuper des autres, pour aider ceux qui en ont besoin. Et en fin de compte, en faisant ça, on rend les gens heureux et on est heureux », souligne le prêtre qui considère qu?il y a des plaisirs qui passent, et qu?il y en a d?autres qui durent.
Comment définir le plaisir en fait ? Les variations sont si nombreuses : la joie, le bonheur, la béatitude, l?enchantement, l?émerveillement?
Il y en a qui sont profonds et tranquilles, d?autres qui sont une émotion, d?autres qui sont mêlés d?étonnement et d?admiration, ou encore qui suscitent l?excitation et l?agitation. Bref, l?univers du plaisir est vaste. C?est pour Joseph Cardella, l?art de rechercher dans sa vie tout ce qui nous procure satisfaction, c?est le moyen d?envisager l?existence comme la plus plaisante possible. Et surtout, c?est de trouver la voie qui permette d?éviter toute forme de souffrance. « Rien de pire qu?une vie où l?on cultive la souffrance. Rien de mieux qu?une existence où l?on cultive le plaisir. Et comme le plaisir rend heureux, nous pouvons faire nôtre la célèbre phrase de l?astronome, mathématicien, poète et philosophe musulman de langue persane Omar Khayyâm : ??Sois heureux un instant, cet instant c?est ta vie !?? »
"Le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse."
Pour résumer, le plaisir est l?expérience de la satisfaction. Qu?il soit physique, affectif, intellectuel, tout être humain a le droit d?aspirer à la satisfaction Et en fait, c?est chacun son plaisir. Faire la fête, contempler le ciel, s?immerger dans la nature, faire silence autour de soi, paresser sous la douche? Et puis, on a envie de dire qu?il y a une industrie du plaisir aujourd?hui : les spas, les salles de gym, les boîtes de nuit, les concerts? Il y a le plaisir qu?on prend dans ce qu?on fait : le travail accompli, le partage dans son couple, votre bout de chou qui a appris à chanter? Le hic, c?est que cet état n?est pas toujours facile à atteindre. Epicure, celui-là même qui a prôné que le plaisir était le but de la vie (il voulait dire par là l?absence de souffrance physique et de trouble moral) a dit « Le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse. »
Certes malgré toutes les possibilités de plaisir qui s?offrent à nous, beaucoup plongent dans un éternel état d?insatisfaction et de frustration. Dans cette société de zappeur, à peine assouvit-on un plaisir qu?on en désire un autre. Madun Seepar-gauth, adepte de la méditation, n?a pas cette difficulté. Il fait la différence entre les plaisirs matériels et éphémères, où l?on se rassasie vite, et les plaisirs de l?âme. « Dans le monde actuel, on vit dans la conscience du corps, des gens, des choses. Mais l?être humain n?est pas fait que de chair et d?os. Il faut aussi s?occuper de la dimension de l?âme. À travers la méditation, j?ai appris qu?il y avait une joie extrasensorielle. En allant au plus profond de soi, en donnant une dimension spirituelle à sa vie, on connaît un plaisir permanent. » Madun est de ceux qui croient fermement dans les valeurs spirituelles et dans la reconstruction des liens avec les autres. Et c?est là où réside son plaisir.
Finalement, le plaisir n?est pas une mince affaire. Ceux qui arrivent à cultiver leur jardin intérieur ont peut-être plus de chances de trouver leur bonheur. Mais il restera toujours de quoi se faire plaisir avec les petits riens autour de nous.
Et en prime, le plaisir peut se révéler comme une énergie, une manière de libérer son esprit, de construire sa liberté. Quoi qu?il en soit pour en connaître plus sur le sujet, rendez-vous demain de 17 heures à 19 heures à la mairie de Port-Louis. Et pour connaître
le calendrier de la semaine de la philosophie, consultez le site web http://upmaurice.wordpress.com.
S?immerger dans la nature
« La nature est une source indispensable de bonheur. Parmi les arbres, les cours d?eau et les oiseaux, on se sent toujours en harmonie. Si la nature se porte bien, on ne peut que se sentir bien.
Les peuples des forêts primitives, eux, l?ont compris. La nature est à la fois leur garde-manger, leur boîte à pharmacie, leur atelier à outils, leur école et leur lieu de culte. Pour moi la nature recèle une immense richesse d?enseignements. Savoir regarder et aimer la nature, pour apprendre à la protéger me procure toujours un très grand plaisir. »
Robert Maujean, directeur de Presquîle
Être là pour les autres
« Honnêtement, ce qui me procure un plaisir avec un grand P, c?est la sensation que j?ai quand j?ai rendu quelqu?un heureux. Pour moi, c?est dans la relation humaine qu?on cultive du bien-être.
Être heureux en compagnie des gens et rendre les gens heureux, cela dépasse tous les autres plaisirs ponctuels. Je suis membre d?un collectif d?artistes qui s?appelle Jammers. Modestement, on organise des levées de fonds, on aide des artistes à jouer sur une scène. J?aime aussi la peinture, la musique, l?écriture. Je compose des chansons, je chante et je joue de la guitare. Le lien entre tout ça, c?est le partage. Ce genre de joie n?est pas l?affaire d?un instant. »
Stéphane Gua, graphiste.
Aimer les petites choses
« La vie est elle-même une merveille, mais il faut avoir la capacité d?aimer et d?apprécier. Moi, je prends beaucoup de plaisir à regarder la beauté des choses, une plante, par exemple. J?aime écouter de la musique qui apporte le calme. J?aime aller vers les autres, avoir des conversations avec les gens. Les enfants sont pour moi, un vrai bonheur. Je trouve une certaine sérénité dans la peinture. Finalement, le plaisir on le trouve dans des grandes choses comme dans des petites choses. Je pense que peu importe ce qu?on aime, ce qui compte, c?est que cela ne dérange pas les autres. Le respect, c?est important. Ce n?est pas la peine d?aimer les coquillages et de les enleve de leur milieu naturel. Pour moi, on ne peut pas pour son bon plaisir, gâcher les choses. »
Kalindee Jundoosing, artiste.
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