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Plaidoyer pour notre République
Dans un esprit de confrontation, l?émotion dépasse souvent la raison et peut engendrer des malentendus. D?où un besoin de nous réconcilier continuellement avec nos valeurs républicaines. Afin de garder le fil de notre action? « The weight of convention our generation carries is all the heavier since practice does not match beliefs. The result is to make us more and more hypocrites. Taboos are killing us. These days there is much talk here about our heritage (Patrimoine). You know the stuff : Slavery, Travailleurs engagés, coolies, traditions and the curse of Religion. It is pointed out that man has been religious in one way or another since the beginnings of humanity. As if this was an argument ! It seems to me on the contrary that it is disquieting to preserve so much old, inadequate stuff [?] », m?écrivait la semaine dernière un excellent ami, très fin observateur de la société mauricienne.
Lors de nos échanges, par e-mails, sur le devenir de notre pays, on se disait, entre autres, qu?il est dommage que nos politiques ne s?intéressent pas plus au patrimoine vivant et commun, c?est-à-dire la population telle qu?elle est aujourd?hui, ce qu?elle devient dans son dynamisme, ses langues en usa-ge, ses comportements et ses vraies valeurs partagées.
Si Maurice est en effet une République laïque, alors pourquoi pratique-t-on toujours le mariage douteux et dangereux de la religion et des affaires de l?État ? Pourquoi ce fabuleux concept de « Secular State » n?est pas pratiqué ? Pourquoi les associations socioculturelles bénéficient-elles des fonds pu-blics (de tous les « bann » confondus) ? alors que l?université de Maurice a cruellement besoin d?argent utile pour construire notre patrimoine (intellectuel et culturel) ? Pourquoi tous les politiciens, du gouvernement comme des oppositions déconstituées, se sentent-ils obligés d?aller débiter des « monuments de bêtise » (discours politico-religieux) sur l?autel des associations socioculturelles ? Ce ne sont pas des valeurs républicaines mais des valeurs cultuelles !
Disons-nous qu?il est temps de cesser de subordonner les valeurs républicaines à l?argument ethnico-religieux. La cause d?une jeune République est noble. Ceux qui s?engagent sont peut-être des courageux ou/et des man?uvriers, mais triste est de constater qu?ils se dégonflent face à la dure réalité du tissu social de Maurice « pou pas lais pouvoir sap dan zot lame ». Les raisons pour lesquelles on néglige de s?opposer à l?injustice sont diverses. On ne veut pas se faire des ennemis, ou encore c?est l?apathie, la préoccupation exclusive de ses affaires, qui font qu?on laisse dans l?abandon ceux qu?on devrait défendre, la société, observait, avant notre ère, Cicéron.
« Laisser aller le monde comme il va, faire son devoir tellement quellement, et dire toujours du bien de monsieur le prieur, est une ancienne maxime de moine ; mais elle peut laisser le couvent dans la médiocrité, dans le relâchement. Quand l?émulation n?excite point les hommes, ce sont des ânes qui vont leur chemin lentement, qui s?arrêtent au premier obstacle », nous lègue comme message Voltaire, celui qu?on cite allégrement ces derniers temps. Il dit aussi ceci : « L?écrit du citoyen obscur fut une semence qui germa peu à peu dans la tête des grands hommes. » Comme ceux de l?enseignante Cyrus dans la tête du jeune Kewal Ramgoolam à Belle-Rive au début du siècle dernier.
Bien sûr qu?il existe des discriminations ça et là, qu?il y a des monopoles économiques avec leurs corollaires, que la justice sociale n?est pas encore atteinte, mais soulignons, sans charge émotionnelle, que ces discriminations sont davantage au niveau de la bourse qu?à celui du teint ou de la religion. Les « cast systems » ont depuis longtemps cédé leurs places discriminatoires aux « cash systems » à Maurice comme ailleurs. C?est une forme de racisme économique qu?a engendrée notre société capitaliste. Mais on ne peut ressasser, à satiété, un passé décomposé. Le dodo est mort, le mariage mixte est d?actualité, les vieux testaments, d?un autre âge, sont dépassés dans le discours moderne. Sachons mieux formuler nos reproches contre nos injustices.
À l?île-s?ur, certains observateurs sont déjà inquiets de ce que risque de donner la commission Shell dans un contexte émotionnel exacerbé. Selon une universitaire de l?université de la Réunion, le travail de constitution d?une mémoire collective est, certes, un travail de compréhension et de partage des représentations du passé, mais le sens donné à ce passé dépend étroitement des conditions du présent dans lequel s?effectue le travail de mémoire. En d?autres termes, comment espérer une réconciliation des composantes de la nation mauricienne avec et autour de l?histoire via la commission, si, dans le même temps, au présent, la surenchère identitaire de type « noubaniste » dans les discours politiques prend la tendance inverse ?
Si cette commission n?est pas instaurée dans un climat serein, ce serait alors une véritable bombe sociale qui serait en train d?être armée avec la commission. Ce ne sont pas des mots à prendre à la légère (ou écrits juste pour déplaire) si on veut vraiment bâtir une République.
S?agissant de formation des journalistes, qu?en est-il de la paralysie orchestrée du « Media Trust » ? Et en parlant de discriminations à abolir, ne s?agirait-il justement pas là d?un autre cas de discrimination envers une profession issue d?une tradition de plus de deux siècles ?
<B>Nad SIVARAMEN (des États-Unis)
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