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Pièce d?identités

24 février 2007, 00:00

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<B>Comment est-ce que deux comédiens, malien et congolais se retrouvent dans la production d?une pièce sud-africaine, mise en scène par l?Anglais Peter Brook? </B>

■ Pitcho Womba Konga : On s?est rencontré sur la pièce Tierno Bokar, déjà de Peter Brook. Moi, je viens du rap. Le rap m?a amené au slam qui m?a amené au théâtre. On m?a poussé vers le théâtre. Après une première expérience, j?ai auditionné pour Peter Brook, que je ne connaissais pas du tout. Et par chance et par bonheur, j?ai passé l?audition.

■ Habib Dembélé : Je connaissais Peter Brook, même si je n?avais jamais envisagé de travailler avec lui. Je faisais mes pièces, j?écrivais. Un jour, un comédien et compatriote, qui travaillait avec Peter Brook depuis 20 ans, a eu besoin d?être remplacé dans Hamlet, il a proposé qu?on m?auditionne.

<B>Puisque la pièce parle d?identité, quelle est la vôtre ? </B>

■ PWK : On est un tout. L?identité ne tient pas qu?à une chose. La question d?identité est vaste.

■ HD : Je suis d?abord africain. Ensuite comédien.

<B>Qu?est-ce qui vous a touché dans cette pièce ? </B>

■ HD : Je suis comédien pour jouer les rôles que l?on me propose, dès l?instant que c?est en rapport avec l?humain, que ça valorise l?humain.

■ PWK : J?ai été vraiment touché par le sujet. La pièce parle de l?Afrique, que je connais très peu. Sizwe Banzi et même déjà Tierno Bokar sont arrivés au moment où j?avais besoin de connaissance. J?utilise l?art comme thérapie de vie.

<B>La pièce a été écrite dans les années 70, en Afrique du Sud. On la joue aujourd?hui, en 2006, dans le monde entier. Quelle est pour vous l?importance de jouer cette pièce ? </B>

■ HD : Le racisme fait partie des problèmes humains. L?immigration est au centre des débats. Je voyage beaucoup et dans les aéroports du monde entier je vois ce qui se passe quand j?arrive avec mon petit passeport malien.

■ PWK : La question d?identité. La question de survie. Les Africains ne vont pas en France pour visiter la Tour Eiffel, mais pour survivre. J?ai la nationalité belge, qui me permet de prendre l?avion et d?avoir même plus de facilités dans mon propre pays du Congo.

Mais l?identité ne tient pas qu?à une chose. On n?est pas enfant de la République ou Arabe, mais les deux et même beaucoup plus que ça. C?est ça qui est subtil et complexe et qu?il est important de rappeler.

■ HD : Le racisme c?est comme le sida. Le problème s?est transformé et répandu.

■ PWK : Parce que les différences ne cessent de grandir.

<B>Sizwe Banzi est mort a été présenté dans plusieurs pays déjà : en Israël, au Liban, en Suède, en Croatie et en France... Quel accueil avez-vous reçu ?

■ PWK : A force de voyager, on observe que dans tous les pays le public est avant tout le public du théâtre.

Nous avons joué en Israël, en Palestine et là, la pièce avait une autre signification. Ce que l?on dit dans la pièce, ils le vivent tous les jours.

■ HD : Ce n?est pas forcément ceux qui en ont besoin, qui viennent voir ce genre de pièces. Mais c?est un couteau à double tranchant. Car si ce sont les «boss» qui viennent au théâtre, alors ça peut peut-être les changer.

Aïssa Baïga, avec qui vous jouez dans le film Bamako, est nommée au César du meilleur espoir féminin, pensez-vous qu?elle a ses chances ?

■ HB : Oui, elle a toutes ses chances, c?est une excellente comédienne, une personne formidable et modeste. Je suis très content pour elle.

De plus en plus de films se déroulent ou parlent de l?Afrique, Lord of Ward, The Constant Gardener, Bamako, Hotel Rwanda, Blood Diamond, le Cauchemar de Darwin, qu?est-ce que cela vous inspire ?

■ PWK : Pour parler de l?Afrique, il faut parler de ses malheurs. Mais il n?y a pas que ça. Le cinéma africain doit sortir de ce cadre et apporter aussi de l?espoir, raconter des histoires africaines et une vision positive, sans être forcément dans le rire. Il n?y a pas de Superman noir par exemple, c?est très con, mais c?est très simple. Il manque des héros, justes, des grands frères qui s?inscrivent dans la réalité africaine.

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