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Pierre Argo, le multiple
On le connaît surtout comme photographe-globe-trotter. S?employant à fixer ?les mondes? sur pellicules. Poses où la vie palpite en même temps que nos battements de cils. Alors, quand on cultive l?habitude de ?cadrer? l?espace, comment s?attendre à ce que Pierre Argo se cantonne à un seul médium. Il ne pouvait en rester là. Le peintre exposera environ 80 ?uvres ? tous formats compris du 19 au 26 mai à la galerie du Moulin Cassé à Péreybère.
?Quand on vient chez moi, on entre par la cuisine?, nous dit-il en guise de bienvenue dans son atelier?habitat en plein centre de Rose-Hill. C?est justement sur sa cuisine de peintre que nous voulons en savoir plus. Découvrant volontiers les marmites, il nous introduit à son travail ?en kit?.
En clair, quand Pierre Argo fait dans le petit format, il pose ses couleurs sur des feuilles de calendriers, sur des timbres ramenés de ses voyages. ?Vous savez, on peut ramasser un ticket d?autobus tout écrasé, le défroisser, l?agrandir et le travailler.? Lui assigner une nouvelle destination.
C?est dans cet esprit-là que Pierre Argo quadrille l?espace, le mobilise. L?occupe à coups de multiples, multipliant les références, les allusions, renforçant ses compositions avec de fugaces impressions de voyage, des sensations du lointain, vécues au quotidien.
Exemple : rien que dans l?un des quatre ?petits formats? qui compose l?un des ?grands tout? qu?il affectionne, l??il se plaît à inventer sa propre histoire, en posant au hasard. Tel un objectif, l?iris se fixe sur le carré où est imprimé 12 mars, avant de repérer un peu plus bas le quadricolore. Pierre Argo fait le reste : ?Il y a un coucher de soleil, la nature luxuriante, des poissons, Maurice quoi.?
Ce Maurice ?plein d?imbroglio? qu?il se hâte de retrouver quand il s?en va vivre en France, ce Maurice qui lui donne des tics quand il foule sa terre.
Pierre Argo est chez lui. Il peut sauter du coq à l?âne. Et nous expliquer comment, quand il achète une paire de chaussures ? justement pour fouler sa terre ? c?est le dessin de la semelle qu?il regarde en premier.
12 solutions pour bien vivre
Qu?est-ce encore cette lubie d?artiste, direz-vous ? Pourtant, il n?est pas si superflu que cela, ce sens pointu du détail, chez un peintre qui étale sa couleur comme un écrivain qui chercherait à tout dire. Photographe-globe-trotter, c?est aussi en marchant qu?il fait ses peintures. Littéralement. En badigeonnant ses semelles de peinture pour ensuite arpenter la toile ou le papier.
Résultat : des multiples formes croisées s?imbriquent les unes dans les autres, et font écho dans ses ?uvres. Au point de nous proposer ?12 solutions pour bien vivre?. Les siennes évidemment, éprouvées par l?expérience : la piscine, l?écriture?
Nous l?avons dit : Pierre Argo peint comme un écrivain qui cherche à tout dit. Un désir d?immensité ? ne dit?il pas qu?il se sent à l?aise dans les formats de 120 cm x 120 cm ? que son sens du zoom sauve de l?éparpillement. Ce qui n?empêche pas ce peintre écrivant le monde d?agrémenter ses tableaux d?écriture.
Mais attention. Inutile d?essayer de déchiffrer les intentions du peintre. Ses lignes ne sont pas une ?vraie? écriture. Ils sont de l?ordre des signes, souvent calligraphiques, parfois cabalistiques. L?essentiel, c?est qu?elles invitent?
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