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Philippe Lim : Une question de regard

8 avril 2005, 20:00

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On doit les portraits les plus parlants d?hommes publics et d?artistes mauriciens aujourd?hui disparus au tandem de photographes, François et Philippe Lim. Ce dernier, qui a passé de longues années à enseigner son art au Canada et qui était de passage pour l?inauguration du Magic Lantern, explique que, pour capturer l?essence d?un sujet, il faut le «provoquer». Une leçon de photographie et de vie, signée Philippe Lim !

En feuilletant l?album de ses souvenirs, Philippe Lim, 66 ans, aurait pu tirer quelque fierté d?avoir appris, 60 ans auparavant, les bases de la photographie de Hugo Hornung, un réfugié juif «enfermé» à Beau-Bassin. D?avoir photographié des personnages célèbres, de Sir Seewoosagur Ramgoolam, père de la nation, à Indira Gandhi, Premier ministre indien alors qu?elle était en visite à Maurice. De s?être qualifié pour une bourse d?études de 16 mois à Paris auprès de l?Agence France Presse/Paris-Match. D?avoir formé ceux aujourd?hui considérés comme les meilleurs photographes au Canada.

Or, il n?en est rien. L?homme est d?une humilité extraordinaire. Pour lui, il s?agit simplement d?épisodes ayant jalonné son existence. En fait, confie-t-il, si son père feu François Lim, dont le studio était situé au 309, route Royale à Rose-Hill, et lui ont pu restituer une partie de l?âme de ceux dont ils tiraient le portrait, c?est parce qu?ils travaillaient méthodiquement.

«A la base, j?aime foncièrement les gens. Mais, pour mieux saisir le passé et une partie du futur sur un visage, je me documentais sur le sujet, soit en discutant longuement avec lui, soit en interrogeant son entourage. Et, au jour dit, pendant que mon père installait les lumières, je le ?provoquais? en l?interrogeant sur ses goûts que j?avais cernés au préalable. Sir Seewoosagur Ramgoolam était le plus facile à photographier. Ayant su qu?il aimait la poésie de T.S. Eliot, je l?incitais à en parler et il s?ouvrait en parlant.»

Etouffante insularité

S?il s?exile à Montréal au Canada en 1971, alors que sa réputation de photographe est déjà acquise, c?est pour se libérer des chaînes de l?insularité. «L?insularité faisait les gens cancaner. Et moi, cela me fatiguait. J?ai eu besoin de grands espaces, tant physiques qu?intellectuels.»

Neuf jours après avoir posé ses valises à Montréal, Philippe Lim trouve de l?emploi comme vendeur dans un magasin d?appareils photos. Cinq mois plus tard, il entre comme professeur de photographie au Collège du Vieux Montréal, délivrant son savoir et sa technique à quelque 3 500 élèves. Il leur apprend aussi à être en harmonie avec le monde, en leur faisant découvrir les Etats-Unis le week-end, et à vivre d?autres expériences culturelles différentes de la leur.

«Un photographe qui ne possède que la technique est incomplet quelque part. Il fera certes une belle photo mais celle-ci sera vide. Ce sont les émotions fortes qui permettent au photographe de donner une âme à ses clichés.» Ainsi, pendant plus de 33 ans, Philippe Lim enseigne, prenant tout de même le temps d?épouser Louise et de lui donner deux fils aujourd?hui adultes, Kim et Sacha. Par contre, il photographie peu durant ces années-là car l?enseignement l?a rendu critique.

Maintenant qu?il est à la retraite, il compte reprendre son appareil photo. Et pourquoi pas, son stylo. «Je crois que j?ai le temps et le ton.»

Il n?écarte pas la possibilité d?exposer les clichés, qu?il n?a pas encore réalisés, à Maurice l?an prochain. Ses sujets seront? ses compatriotes. «Les Canadiens ont tellement besoin de lutter contre le froid, enfilant jusqu?à cinq vêtements d?épaisseur différente que, par réflexe, ils ont masqué leur âme. C?est seulement quand l?huître s?ouvre que l?on voit la perle. Mais il ne faut pas oublier que la perle est la souffrance de l?huître. Mes portraits seront mauriciens car les Mauriciens ont encore les yeux qui pétillent, ont encore une âme. Cela dit, je pense que tout le monde renferme une perle.» Le tout est sans doute une question de regard?

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