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Pharmacies en eaux troubles
«Rann moi enn servis. Fer sa pikir la enn kout. » Une phrase anodine, presque banale, lancée par un vieux monsieur qui s?adresse à un pharmacien de Quatre-Bornes. Le client ne sait pas s?il s?adresse au pharmacien ou à un simple vendeur, car ils portent tous la même blouse blanche. Il ignore les conséquences du « service » demandé. Tout ce qu?il souhaite, c?est d?obtenir l?injection prescrite par le médecin qui vient de l?ausculter. Une décision qui peut s?avérer fatale, comme cela a été le cas cette semaine, quand une mère de famille a succombé à une septicémie après une injection faite dans une officine.
L?acte est tout sauf banal. Et la loi, le Pharmacy Act, n?autorise nullement les pharmaciens à le pratiquer. Mais il est difficile d?échapper aux demandes insistantes des malades. Comment en sommes-nous arrivés là ? Ravin Gaya, un ancien président de l?Association des pharmaciens explique : « À l?époque, cette pratique de faire des injections par des pharmacies était cautionnée par les médecins eux-mêmes, qui n?ont pas toujours le médicament nécessaire sous la main pour l?injecter au malade. Puis, faute de temps, et comme ils avaient beaucoup de patients à voir, ils laissaient les pharmaciens se débrouiller avec le patient.»
<B>Un projet tué dans l??uf</B>
Les pharmaciens, poursuit-il, qui refusaient de faire l?injection, subissaient parfois les foudres du docteur, assorties de remarques telles que : « À quoi cela vous sert-il de vendre des injections aux clients si vous ne pouvez pas faire de piqûres ? » Voilà comment s?est développée cette culture non autorisée, aux risques et périls des malades inconscients. Mais ce ne sont pas les seules raisons.
La Private Medical Practitioners Association (PMPA) a tiré encore une fois la sonnette d?alarme, il y a quatre mois, sur cette pratique répandue dans de nombreuses pharmacies. Isshack Jowahir, son président, souligne aussi le fait que des injections sont parfois obtenues sans prescription dans certaines pharmacies. « C?est extrêmement grave, car avant de prescrire une injection, le médecin prend le temps de connaître les antécédents médicaux du patient. Mais même après cet exercice, il n?est pas exclu que le malade fasse une réaction à la substance. D?où notre insistance pour que ce soit le médecin lui-même qui pratique cet acte. »
Parfois, le malade se heurte à un problème pratique quand il achète le remède dans une région éloignée du cabinet de son médecin. Il est alors plus commode pour lui de demander au pharmacien de lui injecter la substance que de se déplacer de nouveau jusque chez le praticien. Une perte de temps et d?énergie de moins, pense le malade? Pourtant, d?autres solutions existent.
« Il suffit que le malade puisse se rendre chez un autre médecin de sa localité pour faire cette injection. Les infirmiers à la retraite peuvent aussi se mettre au service des malades qui leur en font la demande. Et puis, il y a la possibilité de se rendre dans un dispensaire où les infirmiers sont présents », poursuit le Dr Jowahir.
Des solutions qui avaient fait l?unanimité au cours d?une réunion regroupant le ministère de la Santé, l?association des médecins du privé, et le Pharmacy Board, mais qui n?ont pu être mises en ?uvre pour des raisons obscures.
À ce jour, seules les officines employant un Nursing Officer qualifié peuvent se targuer d?aider les malades qui requièrent ce soin. Au sein de la profession de pharmacien, certaines voix avaient émis l?idée que des cours de formation leur soient dispensés pour leur permettre d?obtenir les qualifications requises et ainsi accomplir cet acte médical. Une solution qui aurait permis de résoudre, de manière efficace, cet épineux problème. Mais pour diverses raisons, et non pas les moindres, ce projet a été tué dans l??uf.
D?abord, les médecins s?y opposent toujours. « Il y a différents types d?injections. Pour les faire, il faut bien s?y connaître », souligne le Dr Jowahir. L?injection intra-articulaire (pratiquée dans une articulation lorsqu?il y a inflammation) et l?injection effectuée directement dans le cerveau pour les cas de méningite sont faites par des médecins spécialistes. Seules les injections sous-cutanée, intraveineuse et intramusculaire peuvent être faites par des infirmiers qualifiés.
Ensuite, il existe des risques de réaction allergique qui sont bien réels. « Même avec les qualifications nécessaires, pour faire une injection, le pharmacien ne saura pas comment réagir en cas de complications. Par exemple, il sera incapable de savoir quel produit administrer à un malade si ce dernier fait un choc anaphylactique à la suite de l?injection », indique Ravin Gaya. Autre obstacle : les officines ne disposent pas de structures convenables pour garantir l?intimité nécessaire au malade.
Des maux qui rongent la profession</B>
Après ce tragique événement, Vijay Chummun, le président de l?Association des pharmaciens, compte bien remettre sur le tapis les maux qui rongent la profession. Même si la majorité des pharmacies font amende honorable et pratiquent leur métier dans le strict respect des règles, un certain nombre joue avec le feu. Ainsi, la vente de médicaments contrôlés sans prescription est devenue monnaie courante. Si bien que certaines officines ayant pignon sur rue s?y adonnent allègrement. « Il existe plusieurs mesures qui ont été mises en place pour contrôler la vente de ces médicaments, comme la codéine, obtenue uniquement sur ordonnance. Un registre est tenu pour chaque produit vendu avec la prescription.
La quantité de médicaments est, quant à elle, contrôlée à travers ce registre et le stock enregistré, puis la quantité notée doit correspondre avec le stock physique. »
Des toxicomanes qui usent d?ingéniosité</B>
Mais malgré ces réglementations, des abus sont commis. Les toxicomanes usent d?ingéniosité pour parvenir à leur fin. « Nous avons, une fois, signalé à la police les agissements louches d?un client. Il se présentait à la pharmacie avec, à chaque fois, une ordonnance à en-tête du ministère de la Santé. L?enquête de la police a alors révélé que ces feuillets avaient été volés dans un hôpital, et que l?individu en question se faisait lui-même son ordonnance », se souvient un pharmacien.
Difficile sinon de reconnaître une vraie prescription d?une fausse. « Sur quoi allons-nous nous baser pour dire que telle prescription est vraie ou telle autre fausse ? On ne peut juger les gens sur leur apparence. Ce qu?il faut, c?est augmenter la fréquence des contrôles des pharmacies. » Mais on n?est pas sorti de l?auberge, ou plutôt de l?officine. Les pharmaciens du service public sont à court de personnel.
En tout cas, manque de personnel ou pas, les autorités, de concert avec les associations responsables, devront se mettre au travail pour garantir la sécurité des malades. Un mort, c?en est un de trop.
<B>Les dangers de l?automédication </B>
On ne le dira jamais assez : un médicament n?est pas un produit comme les autres. Aujourd?hui, 50 % des Mauriciens sont concernés par la prise de médicaments sans avis médical pour des affections bénignes. Ce qu?il faut toutefois distinguer de l?automédication sauvage, qui consiste à prendre des produits prescrits pour quelqu?un d?autre, sans l?intervention d?un médecin pour guider le diagnostic, la prescription et la surveillance du traitement. Ces pratiques sont très dangereuses pour plusieurs raisons. Tout d?abord, le malade s?expose à des risques d?erreur de diagnostic.
Il peut également prendre un produit qui peut être contre-indiqué pour son état. Le médicament consommé peut aussi s?avérer inefficace pour la maladie dont il souffre. La posologie a, quant à elle, de fortes chances d?être inadaptée au cas du patient. De plus, si le médicament est pris pendant une longue durée, il peut même se révéler toxique pour l?organisme. Au cas contraire, il sera inefficace si la prise est trop brève. Des pharmacies ont commencé à agir pour sensibiliser les gens aux dangers de l?automédication sauvage. « J?échange les boîtes de médicaments entamées ou des produits non utilisés et périmés contre de la vitamine. Ils sont ensuite détruits », affirme Vijay Chummun le président de l?Association des pharmaciens.
Sous l??il de la CPU</B>
La Consumer Protection Unit (CPU) poursuit ses visites-surprises dans les pharmacies de l?île. Histoire de voir si les officines respectent la baisse de prix préconisée sur une liste de plusieurs médicaments à la suite de l?appréciation de la roupie. « Nous continuons ces visites et le constat fait jusqu?à présent démontre que les pharmacies respectent les règles du jeu et appliquent les nouveaux prix à la baisse », souligne Amita Gunesh, la responsable de la CPU du ministère du Commerce. Tout contrevenant risque, d?après la loi, une amende ne dépassant pas Rs 100 000 et trois ans d?emprisonnement au maximum.
QUESTIONS À
<B>Gérard Uckoor, président de l?Association des Petits Contracteurs :
« Le secteur est en crise »</B>
<B>Votre association regroupe une quarantaine de contracteurs de la construction. Malgré la baisse du prix du ciment, ce métier fait face à de graves difficultés. Quelles sont-elles ?</B>
Elles sont nombreuses. Vu la taille du petit contracteur, il ne peut concurrencer les grandes compagnies de construction. Il fait face à de grandes difficultés pour obtenir des contrats en raison de la compétition féroce et même déloyale qui existe dans le domaine de la construction. Le secteur est en crise à tous les niveaux. Le paiement de la TVA affecte nos activités. La clientèle préfère avoir affaire à un autre contracteur qui n?aura pas forcément le permis nécessaire en tant que Job Contractor. Et là, c?est une porte ouverte à tous types d?abus : travaux mal faits, chantiers délaissés?
Souvent le client n?a aucun recours pour demander réparation. Étant donné ces disparités, les petits contracteurs ne peuvent être soumis au même régime que les grandes compagnies de construction.
Mais encore ?</B>
Il faut revoir le système d?attribution des contrats gouvernementaux dans les différentes régions, car le système actuel est en train de pénaliser les petits contracteurs.
En ce qui concerne les travaux publics, le pays est divisé en cinq zones. Chaque année, les projets gouvernementaux d?une zone sont attribués à une compagnie de construction appelée District Contractor qui, à son tour, sous-traite les travaux à des petits contracteurs. Ces travaux vont de la cons-truction de bâtiments publics au changement de carrelage dans une école ! Et les petits sous-traitants n?obtiennent que des cacahuètes, alors que les District Contractors se taillent la part du lion.
<B>Mais les contrats sont obtenus à travers un appel d?offres?</B>
Justement, l?actuel procédé pour les appels d?offres nous pénalise. Les petits contracteurs peuvent s?atteler à des projets qui coûteront dans une fourchette de plusieurs centaines de milliers de roupies jusqu?à plusieurs millions de roupies. Chaque contracteur est ainsi catégorisé. Dans l?exercice d?appels d?offres, nous sommes écartés car nous ne figurons pas dans la même catégorie que les grosses compagnies.
De plus, on nous demande une garantie bancaire conséquente relativement au coût du projet. Il faut que ce système soit remplacé par une assurance professionnelle. Les grosses boîtes sont avantagées puisqu?elles peuvent mobiliser des ressources importantes et de gros capitaux rapidement.
<B>Que comptez-vous faire ?</B>
Nous allons battre le rappel des troupes en commençant par une campagne d?affiches afin de sensibiliser les autres membres de la profession. S?ils souhaitent que les choses changent, il faut qu?ils rejoignent l?association. Nous travaillons sur les moyens de les inciter à se joindre à nous. Par exemple, nous voulons approcher les fournisseurs de blocs, de macadams et de fers de construction pour voir de quelle façon nous pouvons obtenir des rabais. En rejoignant l?association, les contracteurs pourront ainsi bénéficier de ces baisses.
De plus, nous pourrons travailler sur une uniformisation des prix à pratiquer, ce qui nous permettra de neutraliser les brebis galeuses du secteur de la construction.
<B>Et que ferez-vous ensemble ? </B>
Ensemble, nous pourrons améliorer les conditions de travail des employés et des maçons en leur offrant plus de sécurité sur le chantier. Car ce n?est plus possible de travailler en 2008 sur des échafaudages en bois d?eucalyptus. Il faut nous professionnaliser, mais avant, il faut revoir tout le système de sécurité. Ce ne sera possible que si le gouvernement consent à des abattements fiscaux sur le matériel de sécurité comme les gants, les chaussures, les casques et les échafaudages. Le coût du transport pèse aussi lourd dans notre budget. Le gouvernement peut voir de quelle façon nous pouvons obtenir des prêts pour l?acquisition de camions et d?autres véhicules nécessaires. Cela nous fera faire des économies qui se répercuteront sur le coût des travaux.
<B>Comment intéresser les jeunes au domaine de la construction ?</B>
Pour intéresser les jeunes à ce domaine, il nous faut innover. Nous avons l?intention de créer une école de formation pour futurs travailleurs du bâtiment, où l?on proposera des cours avec des techniques de construction innovantes. Ce projet pourrait intéresser les jeunes et les femmes, car avec les nouvelles techniques et les machines modernes, ils n?auront plus besoin de travailler si dur. Nous pourrons toujours compter sur l?appui du National Productivity and Comptetitiveness Council (NPCC). En contrepartie, nous soutenons l?Empower-ment Programme et le NPCC pour la formation dans le secteur de la construction.
<I>Propos recueillis par </I> <B>B. B.</B>
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