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Peut-on développer sans polluer ?

10 février 2007, 20:00

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L?usine d?éthanol Alcodis aura tenu en haleine les habitants de Rose-Belle pendant deux semaines. En effet, il aura suffi d?une erreur humaine et de quelques grosses averses pour transformer la quiétude des gens en un cauchemar nauséabond. Au-delà de l?agitation passagère dans laquelle Rose-Belle a été plongée, l?épisode Alcodis vient soulever la question suivante : Comment peut-on réconcilier développement et respect de l?environnement ?

Dans un récent passé, de nombreux projets hôteliers ou industriels ont déclenché la passion des riverains. Leurs principaux griefs, qu?il s?agisse du projet hôtelier Four Seasons, de Ciel Properties Ltd ou encore des projets d?hôtel dans le Sud, à Bel-Ombre, concernaient le non-respect des normes environnementales. Manifes-tations, batailles juridiques opposant la société civile, les syndicats et les promoteurs ont émaillé l?actualité.

<B>Le syndrome d?un malaise grandissant</B>

Il faut voir dans ces revendications le syndrome d?un malaise grandissant, souligne le consultant en environnement Vassen Kauppaymuthoo. « Le mécontentement vient en dernier recours, lorsque les gens sont mis devant les faits accomplis. Il est essentiel d?intégrer la composante sociale en amont dans le projet dès le départ », affirme-t-il.

Il faut donc s?efforcer de transformer la notion de développement durable en ambition collective. Encore faut-il que les gens s?intéressent à ce qui se passe autour d?eux, à leur environnement. « La presse fait son travail et informe le public. Mais on a l?impression que les gens sont indifférents. Le fait que la protection de l?environnement ne soit pas une chose tangible peut expliquer ce manque d?intérêt », souligne la Business & Project Coordinator de Ciel Properties Ltd, Chaya Dawotal. D?où l?urgence d?intéresser les enfants dès le plus jeune âge, souligne-t-elle.

Georges Ah-Yan, membre du conseil de village de Mahébourg, met en exergue que la plupart des problèmes rencontrés sont concentrés dans les villages, où vit 67 % de la population. « Ce sont des localités qui se développent le plus rapidement, mais qui sont également les plus mal loties », affirme George Ah-Yan. Il illustre ses propos par un exemple de projet hôtelier créé dans le Sud et dont les promesses d?emploi n?ont été que des slogans creux. « Un des hôtels situés à Bel-Ombre promettait d?embaucher presque 300 personnes de la région.

À ce jour, je peux vous assurer que seules 30 à 40 y travaillent. Les habitants ont perdu leur plage et qu?est-ce qu?ils ont eu en retour ? Des miettes ! », tempête-t-il.

<B>Des dispositifs pour un intérêt partagé</B>

Azad Mutty, qui faisait à l?époque partie d?une association qui voulait défendre les plages du Sud, seul lieu de détente des villageois, se morfond encore aujourd?hui. Le combat qu?il a mené au sein de l?association Pa touche nou la plage, s?est soldé par un échec retentissant.

« Nous avons perdu plus qu?un combat en cour. Aujourd?hui, nos enfants et les habitants du Sud en général n?ont plus d?endroit où prendre un bain de mer. Les promesses des promoteurs pour améliorer les parcelles de plage dont nous avons hérité en échange du développement n?ont pas été tenues », regrette-t-il. La plage de Pointe-aux- Roches, par exemple, qui était censée être aménagée et embellie, n?est pas éclairée et l?absence des toilettes et de salles de bains se fait cruellement ressentir. « C?est cela le prix à payer en échange du développement », ironise Azad Mutty.

Il est pourtant possible de concilier développement et respect de l?environnement, mais à condition qu?il y ait une véritable consultation entre la société civile et les promoteurs. C?est à cette condition que les personnes concernées pourront prendre une décision après réflexion.

« Mais il faut développer d?une façon correcte. Dans tout projet qui se crée il y a une période de rodage. Bien souvent, c?est à ce moment qu?on va constater le déversement d?effluents ou un problème de pollution sonore. On ne pourra alors pas geler le financement pour autant. Il s?agira, pour l?entreprise, de prendre rapidement les mesures nécessaires pour ne pas pénaliser les habitants », souligne Chaya Dawotal.

Il faut mettre en place des outils, des dispositifs pour un intérêt partagé, en prévoyant à l?avance leurs effets pervers.

« C?est la raison pour laquelle nous demandons aussi une réforme des collectivités locales. Elles doivent avoir force de loi. Il faut donc leur donner les moyens et les structures nécessaires pour résoudre les problèmes de ce genre », affirme encore Georges Ah-Yan.

<B>Trouver des solutions aux écueils</B>

Il est aussi impératif de revoir et même d?abolir l?Environment Impact Assessment, censée mesurer l?impact du développement sur l?environnement, mais qui néglige la dimension humaine. « À la place, il nous faut une Strategic Environment Impact Assessment (SEIA), recommandée depuis 1991 par l?Onu. La SEIA fait obligation au secteur privé de consulter ses partenaires avant d?aller de l?avant. »

La vie des habitants de Mare-Chicose ne serait alors pas un enfer aujourd?hui.

« L?odeur émanant du centre d?enfouissement technique nous asphyxie et se répand jusqu?à Nouvelle-France. Et on vient nous dire qu?on a mesuré l?impact sur l?environnement? Si nous savions tout cela, nous n?aurions jamais accepté cet état de choses », se lamente Raj Behari, un habitant de la localité, qui est aussi responsable du département de la Santé au conseil de district de Grand-Port-Savanne.

Les promoteurs doivent comprendre qu?à long terme, ils ne pourront faire des bénéfices que si les problèmes de société et d?environnement ont été réglés. Les ac-teurs du secteur privé doivent, quant à eux, réaliser qu?ils ne peuvent pas rester indifférents aux tensions et aux difficultés que connaît la société. Il leur faut apprendre à trouver des solutions aux écueils auxquels elle se heurte, afin de pouvoir prospérer à long terme.

Enfin, l?État a son rôle à jouer. « Nous avons maintes fois entendu nos gouvernants dire que les caisses de l?État sont dans le rouge. Mais cela ne justifie pas le développement sauvage. Déjà, nous ressentons les effets de la dégradation environnementale à cause de cela », conclut Vassen Kauppaymuthoo. C?est aujourd?hui qu?on décidera de l?île qu?on veut léguer à nos enfants.

<B>Rose-Belle respire</B>

« Le pire est derrière nous. » Ces mots prononcés par un haut fonctionnaire du ministère de l?Environnement, ont tout lieu de rassurer les habitants de Rose-Belle. Vendredi, les techniciens de ce ministère nettoyaient le bassin de rétention de l?usine Alcodis qui avait recueilli les effluents malodorants.

« Nous profiterons du soleil pour mettre le bassin à sec. La boue séchée sera alors traitée à l?aide d?une solution bactériologique », confiait notre interlocuteur. En tout cas, les habitants respirent enfin. La directrice de l?école maternelle Prinidush Les Papillons, Bina Goordyal (photo), se dit soulagée mais espère que ce problème ne se répétera pas. « Il y va des enfants que nous accueillons ici », dit-elle. Mais il semblerait que la psychose se soit installée à Rose-Belle. En effet, quelques étudiants du collège Sookdeo Bissoondoyal ont refusé de gagner leur salle de classe vendredi matin, en prétextant une mauvaise odeur provenant d?Alcodis. « Nous avons arraché des plantes du bassin et cela a provoqué quelques odeurs par intermittence. Mais il n?y a rien de comparable à ce qu?on a vécu il y a deux semaines », soutient Jean-Claude Hoareau, le directeur d?Alcodis.

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