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Peur infondée

17 août 2004, 20:00

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Jamais l?impact d?une mauvaise communication n?a été aussi négatif. Bien que la réforme de la pension de vieillesse doive offrir une meilleure protection aux citoyens vulnérables, les procédures mises en ?uvre pour son application sèment la panique. Beaucoup de personnes âgées sont en plein désarroi depuis que le ministère de la Sécurité sociale leur a enjoint de remplir une déclaration de revenus.

Le formulaire a été expédié aux personnes âgées de plus de 60 ans sans aucune lettre d?accompagnement pour expliquer le sens de la démarche. Pire, le ton de la correspondance officielle est menaçant : ?? fill in and submit the attached declaration form within one week failing which your pension will be discontinued as from October 2004?. Si le ministère accorde un délai aussi court pour le retour des formulaires, c?est parce qu?il s?y est pris un peu tard. La mesure a été rendue publique depuis le mois de juin...

Le formulaire est rédigé dans le jargon complexe des bureaucrates et il n?est pas facile à lire. Ce n?est pas étonnant qu?il suscite de l?inquiétude et provoque une mauvaise perception de la réforme. Les agitateurs habituels s?en sont emparés pour exacerber les résistances au changement. Ils colportent des rumeurs alarmistes sur un soi-disant démantèlement de l?Etat providence. Pourtant il n?y a rien de plus juste que de protéger les seuls nécessiteux.

Le gouvernement s?est montré audacieux en brisant le tabou de la pension universelle. Mais toute pratique innovatrice inspire d?abord la peur. Dans ces circonstances, une bonne stratégie de communication est le meilleur allié des dirigeants. Ceux-ci ne l?ont pas compris.

Les autorités ont déclenché une campagne d?explication seulement après avoir posté les formulaires. C?est en amont qu?il fallait communiquer. Des blocages sont déjà créés et il est difficile d?entreprendre maintenant une campagne pour rassurer.

Il serait dommage si les procédures lourdes et inadaptées des administratifs suscitent le chaos avant la réforme. Hier, le ministère a réagi au désordre ambiant en précisant que ceux qui ont des revenus mensuels inférieurs à Rs 17 333 ?n?ont aucun souci à se faire?. Mais il est toujours très difficile de réintroduire une confiance sapée. C?est avec bien plus de prudence qu?il fallait s?aventurer sur un terrain aussi chargé d?émotion que la pension de vieillesse. La mauvaise communication initiale peut maintenant forcer le ministère à s?empêtrer dans des explications confuses pour corriger le tir.

Toute remise en cause de la réforme, provoquée par ce déficit d?information et de communication, serait dramatique. Il est en effet impératif de revoir les modalités de la pension de vieillesse. Si le système devait rester inchangé, le paiement de la pension de vieillesse absorbera à lui seul 11 % du produit intérieur brut, soit environ Rs 8 milliards, en 2040. Une telle situation est intenable. Ce chiffre est de 2 % actuellement.

Du reste, il y a un chiffre qui mériterait d?être mieux connu pour comprendre combien injustifiées sont les craintes actuelles. Sur la base des statistiques recueillies lors du dernier recensement seulement 3 % des pensionnés touchent des revenus supérieurs à Rs 20 000. Les pyromanes qui veulent combattre la réforme défendent en vérité la petite poignée de citoyens nantis qui seront dorénavant privés d?un bakchich de l?Etat.

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