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Petites économies : un défaut?de taille
Lorsque l?on définit le terme ?petite économie?, le facteur le plus souvent retenu, bien qu?il n?existe aucun consensus sur sa définition, est celui de la population. Ainsi, avec sa population de 1,2 million d?habitants, Maurice se retrouve dans cette catégorie en compagnie de pays en développement comme les Barbades (270 000 habitants), Fidji (800 000 habitants) et le Gabon (1,2 million d?habitants), de même que certains pays développés tels que le Liechtenstein (32 000 habitants) et le Luxembourg (440 000 habitants).
Certaines caractéristiques des petites économies les rendent particulièrement vulnérables et diverses réflexions ont été lancées sur ce sujet, qui ne manquera pas de revenir sur le tapis lors de la Conférence ministérielle de l?Organisation mondiale du commerce (OMC) qui se tiendra à Cancun du 10 au 14 septembre. Ainsi, les Nations unies ont consacré un programme d?action et de réflexion à la question du développement durable des petits Etats insulaires en développement. Sur le plan commercial, l?OMC a institué, dans le cadre du cycle des négociations de Doha, un programme de travail sur l?intégration des petites économies vulnérables dans le système commercial mondial. Maurice a activement participé aux travaux de ce programme. Cependant, aucun consensus n?a pu à ce jour être dégagé concernant ces recommandations.
Les difficultés des petites économies dans le commerce mondial
Les petites économies en développement ont, outre certains problèmes communs aux pays en développement, des problèmes qui leur sont propres. Certaines caractéristiques des petits Etats les rendent particulièrement vulnérables. En raison de la taille limitée de leur marché domestique, ces pays n?ont un environnement suffisamment favorable ni pour de grandes industries, ni pour la production, à des prix compétitifs, de biens bénéficiant d?économies d?échelle (impossibilité de mener une politique de substitution aux importations). Par conséquent, ces pays sont fortement dépendants du commerce extérieur, ce qui les rend encore plus vulnérables aux chocs économiques. Dans la plupart de ces pays, les exportations sont concentrées sur un petit nombre de produits (essentiellement des produits agricoles ou miniers) et de services; ces exportations sont souvent orientées vers un nombre restreint de marchés d?exportation.
Bon nombre de ces petites économies sont des pays insulaires ou des Etats enclavés souvent éloignés des principaux marchés. En effet, dans une île éloignée ou dans des pays enclavés, les frais de transport, par unité de marchandise, ont tendance à être supérieurs à ceux d?autres pays. Par exemple, dans les îles éloignées, comme Maurice, on peut recourir uniquement au transport aérien ou maritime, généralement plus onéreux que le transport terrestre, pour de petits volumes expédiés. Les chargements sont généralement d?un volume réduit, ce qui augmente le coût unitaire des marchandises. A l?instar de Maurice, les petits Etats se trouvent dans des zones à forte fréquence de catastrophes naturelles (par exemple les cyclones ou tremblements de terre), qui ont une incidence plus marquée dans les petits pays que dans les grands.
S?il existe un consensus entre les gouvernements des petites économies, c?est que l?actuel système commercial multilatéral ne tient pas compte de façon appropriée de l?influence de la taille d?un (petit) pays sur son économie et son commerce extérieur, et plus généralement des besoins de développement spécifiques aux petits Etats. Et pour cause : les pays concernés ne peuvent pas participer aux processus multiformes de l?OMC et mettre en ?uvre ainsi qu?administrer convenablement les Accords de l?OMC. L?administration nationale de ces (petits) pays a une capacité très limitée de formuler et d?administrer la politique commerciale; la plupart de ces pays n?ont pas de mission à Genève ou bien n?ont qu?une très petite représentation.
Maurice : à la recherche d?un nouveau souffle ?
L?économie mauricienne est très fortement orientée vers l?exportation, à travers des secteurs comme le sucre, le textile, le tourisme, et les services financiers. Selon les chiffres publiés par la Banque mondiale, en 2001, les exportations de biens et services représentaient environ 64 % du Produit intérieur brut (PIB) du pays. D?ailleurs, la success-story de Maurice sur le plan mondial repose sur l?essor qu?a connu dans les années 80 et 90, l?industrie textile dont les produits étaient exportés vers les marchés américains et européens. Ce développement a pu avoir lieu grâce au cadre réglementaire protectionniste applicable à l?époque (les fameux arrangements multi-fibres), à certains régimes préférentiels, et à la disponibilité de facteurs de productions (particulièrement la main-d??uvre) à faible coût.
Maurice ne bénéficie plus de l?avantage du cadre réglementaire; avec la libéralisation du commerce international des produits textiles, les quotas devront être complètement éliminés d?ici le 1er janvier 2005. Par ailleurs, les parts de marchés actuellement détenues par les entreprises mauriciennes sont le résultat d?un avantage artificiel conféré par les régimes préférentiels tels que les régimes de Lomé/Cotonou et l?African Growth and Opportunity Act (AGOA). Dans le secteur textile, les opérateurs mauriciens doivent faire face aux effets négatifs de la petitesse du pays : le pool de main-d??uvre à bon marché s?est graduellement épuisé amenant une escalade des coûts de productions. Désormais, en ce qui concerne ce critère, Maurice n?est plus compétitive face aux géants tels que la Chine, le Vietnam, l?Inde ou le Pakistan.
La grande crainte demeure que la faiblesse inhérente aux petites économies (y compris Maurice) risque de leur être fatale dans le cadre du processus de mondialisation. L?adhésion de la Chine à l?Organisation mondiale du commerce en novembre 2001 et son insertion dans le système commercial multilatéral ont modifié les données sur le plan du commerce international et les petites économies se trouvent encore plus vulnérables. La libéralisation accélérée du commerce international, plus particulièrement dans le cadre de négociations actuellement en cours (le cycle de Doha) risque fortement d?empirer les choses.
OMC: intégrer davantage les petites économies dans le système commercial multilatéral
C?est dans cette perspective que les participants à la quatrième session de la Conférence ministérielle de l?OMC ont convenu, dans la déclaration de Doha de novembre 2001, de la mise sur pied d?un programme de travail, placé sous les auspices du Conseil Général de l?OMC pour examiner les questions relatives au commerce des petites économies. La Déclaration de Doha précise que ?ces travaux ont pour objectif de définir des réponses aux questions liées au commerce, identifiées pour intégrer davantage les petites économies vulnérables dans le système commercial multilatéral et pas de créer une sous-catégorie de membres de l?OMC?.
Selon le cadre et les procédures adoptés par le Conseil Général pour ce programme de travail le 1er mars 2002, les discussions se sont tenues durant des sessions du Comité du Commerce et du Développement (CCD) spécifiquement consacrées à ce sujet. Maurice a activement participé aux travaux du programme de travail sur les petites économies. Les représentants mauriciens ont même communiqué, conjointement avec ceux des Barbades, de Belize, de la Bolivie, de la République Dominicaine, du Guatemala, du Honduras, et du Sri Lanka, des propositions concrètes pour remédier à certaines préoccupations et problèmes spécifiques affectant le commerce des petites économies.
Ces propositions visent notamment la préservation des marges de préférence existantes pour les produits exportés par les petites économies (en dépit du processus de libéralisation); la possibilité pour les petites économies de ne pas accorder des conditions de réciprocité en contrepartie du traitement préférentiel qui leur est accordé par les pays développés membres de l?OMC dans le cadre d?arrangements régionaux; alternativement, les petites économies souhaiteraient un aménagement des règles actuellement applicables afin de pouvoir parvenir à la réciprocité (si nécessaire) sur une base asymétrique non-assortie de délai.
Il est aussi proposé que les petites économies ne soient pas soumises aux dispositions relatives aux subventions et autres incitations fiscales (qui devaient être abolies à compter du 1er janvier 2003, Maurice ayant bénéficié de prorogations reconductibles annuellement jusqu?à la fin de l?année civile 2007). Les autres propositions ont trait aux aménagements nécessaires à l?Accord sur l?application des mesures sanitaires et phytosanitaires, à l?Accord sur les obstacles techniques au commerce, ainsi qu?au Mémorandum d?accord sur les règles et procédures régissant le règlement des différends. Finalement, il est demandé à l?OMC d?élaborer des dispositions particulières afin de faciliter la transition à l?OMC des petites économies quittant le statut de Pays Moins Avancé (?graduating out?).
Selon le mandat confié au Conseil Général dans la Déclaration de Doha, celui-ci devra faire des recommandations en vue d?une action à la cinquième session de la Conférence ministérielle qui se tiendra à Cancun (Mexique) du 10 au 14 septembre 2003. Cependant, lors de la session du Comité du Commerce et du Développement de l?OMC du 17 juillet 2003 (la dernière session consacrée au Programme de travail sur les petites économies avant la Conférence ministérielle de Cancun), les membres n?ont pas pu se mettre d?accord sur les recommandations à faire au Conseil Général.
Pour les représentants mauriciens, ce n?est là que partie remise. D?ailleurs, dans son rapport au Conseil Général, le CCD demande à pouvoir poursuivre les travaux dans le cadre du Programme de travail sur les petites économies, pour remplir le mandat énoncé dans la Déclaration ministérielle de Doha. Il est en effet essentiel pour Maurice (et les autres petites économies en développement) de faire reconnaître au niveau de l?OMC que, bien que pays ait dépassé le statut de Pays Moins Avancé (PMA), la taille du pays est une contrainte particulière qui risque d?avoir un effet néfaste sur son développement dans un contexte encore plus libéralisé.
Saisir les opportunités de la mondialisation
Mais ce n?est pas tout. Il y a aussi une question de stratégie, de ?mind-set?. La mondialisation est source de défis, mais aussi d?innombrables opportunités pour les petites économies. Les changements imposés par l?accentuation de l?intégration commerciale (à l?image de l?adhésion de la Chine à l?OMC) peuvent certes poser des problèmes à des pays qui ne sont pas riches en ressources naturelles et dont les capacités technologiques et productives sont limitées. Mais cette même mondialisation peut aussi être une source de nouvelles opportunités, à travers l?ouverture accrue de nouveaux marchés, tels que les services financiers, la technologie de l?information et de la télécommunication, et le commerce électronique. En d?autres mots, les petites économies doivent se préparer à prendre position sur des ?niches? (créneaux) où elles seront mondialement compétitives.
Dans un monde dynamique et en changement, les petits Etats disposent d?un atout ?de taille?! En effet, ces petits Etats peuvent procéder rapidement et facilement aux changements nécessaires permettant de répondre aux opportunités offertes par la création de nouveaux biens et services. Maurice a, outre celui-ci, bien d?autres atouts. A nous de savoir les capitaliser et de montrer qu?après tout ?Small can be beautiful? !
Jacques Andy Isabelle E-mail : [email protected]
?Dans une île éloignée ou dans des pays enclavés, les frais de transport, par unité de marchandise, ont tendance à être supérieurs à ceux d?autres pays. Ils sont plus onéreux que le transport terrestre, pour de petits volumes expédiés.?
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