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Pessimisme linguistique au sujet des langues orientales
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Pessimisme linguistique au sujet des langues orientales
Fin août 1981, le Dr Peter Stein, linguiste allemand, confie à la presse son pessimisme concernant la valeur pratique, à Maurice, des langues orientales et leur régression, sinon leur perdition dans certains cas. On peut certainement attribuer ce pessimisme au fait que, ne parlant aucune des langues orientales pratiquées à Maurice, il a dû dépendre de tierces personnes pour avoir accès aux cercles où ces langues sont le plus couramment utilisées. Ses propos valent ce qu?ils valent. Nous savons seulement que le Dr Stein dit bien connaître la situation linguistique mauricienne et qu?il a présenté une thèse de doctorat à l?université allemande de Regensburg (Ratisbone), au nord de Munich. Elle porte sur la connaissance et l?emploi des langues à Maurice.
Peter Stein commence par expliquer la genèse de son intérêt pour l?île Maurice. Il étudie à l?université d?Aix-en-Provence et se lie à plusieurs Mauriciens. Comme il étudie la linguistique, la mosaïque ethnique de Maurice l?intéresse au plus haut point : comment un peuple aussi cosmopolite peut-il communiquer aussi facilement, à croire qu?il n?existe pas de barrières linguistiques en son sein. Il vient à Maurice en 1973. Le phénomène du multilinguisme le surprend davantage sur place. Il cite un Mauricien d?origine indienne qui, dans ses réponses, utilise jusqu?à cinq langues différentes, passant, avec une rare agilité et spontanément, d?une à l?autre. Fasciné, il décide de consacrer sa thèse de doctorat à la maîtrise et à l?emploi des langues à Maurice. Qui connaît telle ou telle langue ? Qui l?emploie ? Dans quel contexte ?
Il se rend compte qu?il faudrait aussi étudier ceux qui maîtrisent une langue orientale, pouvant ne pas être leur langue maternelle ni ancestrale. Y a-t-il, dans ce cas, des variantes notables dans la langue asiatique parlée par quelqu?un pas originaire de Chine ou de l?Inde ? Y a-t-il des variations entre le parler urbain et celui rural ? Il ne pourra malheureusement pas entreprendre ce second volet de ces possibles recherches.
En revanche, son statut de chercheur étranger lui facilite la tâche, en ce sens que nombre de personnes interrogées se confient plus facilement à lui qu?elles ne l?auraient fait avec des chercheurs mauriciens d?origines ethniques différentes.
Le Dr Stein situe sa thèse de doctorat par rapport aux recherches effectuées à travers le monde mais aussi à Maurice sur la créolophonie. Il fait l?historique de l?introduction des différentes langues à Maurice. Il compare la situation linguistique mauricienne par rapport aux différents modèles de bilinguisme et de trilinguisme dans le monde.
Il parvient aux conclusions suivantes : - La prédominance du créole grandit au fur et à mesure qu?on s?éloigne du cadre familial et du cercle étroit des intimes ; le créole entre de plus en plus dans des sphères où il était jadis exclu (par exemple les milieux administratifs, l?enseignement, les cérémonies religieuses) ; tout le monde comprend et parle le créole, hormis quelques vieilles personnes, recluses ou presque ; la propagation croissante du créole s?accompagne parallèlement d?une régression des langues orientales.
Une constatation le surprend particulièrement : le français l?emporte de plus en plus sur l?anglais. On prétend que les Mauriciens d?origine indienne préfèrent de beaucoup parler l?anglais que le français. Ce n?est pas ce qu?il constate sur le terrain. Il cite l?exemple de la fonction publique où pour plusieurs raisons (administratives, historiques et ethniques), l?anglais devrait l?emporter sur le français mais là aussi il retrouve une prédominance de la langue de Molière sur celle de Shakespeare, pour ne rien dire du créole, plus omniprésent que jamais. Il constate, au sujet des langues supra-communautaires, que beaucoup de Mauriciens comprennent quand on leur parle en anglais ou en français même s?ils éprouvent des difficultés à répondre dans l?une de ces deux langues.
Les langues intra-communautaires se limitent, en revanche, aux seuls cercles restreints, où elles sont couramment utilisées. On rencontre certes, ici ou là, des personnes de la population générale parlant le bhojpuri ou encore un ancien ministre des Arts et de la Culture parlant couramment le mandarin, le hakka ou le cantonais. Ils sont, toutefois, l?exception confirmant la règle. Dans la vie courante, les trois langues les plus utilisées sont dans l?ordre le créole, le français et le bhojpuri.
Les langues orientales revêtent une grande importance dans certains milieux. Celle-ci est, toutefois, d?ordre beaucoup plus symbolique et même emblématique que pratique. On les apprend à l?école, on les connaît mais on les utilise de moins en moins. Peter Stein va même jusqu?à poser la question : ?Qui parle le tamoul, le télougou, l?ourdou, dans la vie de tous les jours ?? il précise qu?il ne s?agit nullement d?évincer ces langues mais de redéfinir leur place dans la société mauricienne. Il distingue entre la forme et le contenu des cultures et valeurs ancestrales. Plus importante que la maîtrise plus ou moins adéquate des langues ancestrales demeure la connaissance et la vénération du passé et des traditions ancestrales. De plus, celles-ci peuvent être le fait de l?ensemble de la population mauricienne, plutôt rétive à s?initier à des langues étrangères, ayant peu de valeur pratique, mais grandement désireuse de mieux connaître les valeurs des autres afin d?intensifier le sentiment de fraternité et de solidarité qui soude et cimente les Mauriciens entre eux.
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