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Percy Selwyn en butte à l’île Maurice kafkaïenne
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Percy Selwyn en butte à l’île Maurice kafkaïenne
Avec son humour habituel et très british, Percy Selwyn (pourtant un good old friend de tant de Mauriciens) raconte ses tribulations administratives, dues uniquement à son désir ô combien imprudent et téméraire d’ajouter un étage à la maison (un simple rez-de-chaussée) qu’il occupe dans l’arrière-pays au Cap Malheureux (au nom prédestiné).
Il sollicite les services d’un ingénieur et d’un architecte qui lui fournissent les plans de l’étage à ajouter et de tous les travaux qu’il convient de faire. Ici commence le chemin de croix de Percy Selwyn qui découvre que les plans d’un architecte et d’un ingénieur qualifiés ne suffisent pas et qu’il doit obtenir en sus tous les permis administratifs requis avant de procéder à tous travaux de construction.
Qu’à cela ne tienne, il se rend dare-dare aux bureaux administratifs du conseil des districts de Pamplemousses-Rivière du Rempart, à Mapou. L’ingénieur de service lui apprend, à sa plus grande stupéfaction, que l’examen et l’approbation de ses plans prendront au moins trois mois alors qu’à peine trois semaines ont amplement suffi pour leur conception et réalisation. Des inspecteurs se rendront sur place à cet effet.
L’approbation obtenue à Mapou, Percy Selwyn apprend qu’il doit désormais obtenir l’aval du ministère du Logement et des Terres. Au bout de plusieurs visites, plus ou moins espacées, il obtient l’approbation requise mais accompagnée d’une mise en garde pleine d’appréhensions. La façade de son rez-de-chaussée se trouve à 35 pieds du milieu de la route au lieu des 40 réglementaires. Cela l’expose désormais aux pires ennuis. Percy Selwyn ne cache pas sa surprise car il sait sa maison bien en retrait par rapport à celles de ses voisins immédiats. Celles-ci ne doivent pas être éloignées du milieu de la route par plus d’une dizaine de pieds. Ce problème concerne ses voisins mais les cinq pieds manquants à la maison de Percy Selwyn risquent de l’exposer aux pires tracasseries administratives. La suite de l’histoire le confirmera amplement.
Retour à Mapou où on lui demande s’il a le permis du Town and Country Planning Board. Il tombe des nues. Sans l’accord de ce Board, pas question d’obtenir un permis de construction, lui rétorque-t-on. Il apprend alors que Mapou a soumis sa requête au TCPB et que le secrétaire de ce dernier communiquera à Mapou sa réponse, favorable ou pas.
Selwyn accorde quelques semaines au TCPB et s’enquiert à Mapou de la réponse faite à sa requête. Point de réponse, lui répond-on. Il décide de se rendre au TCPB à Port Louis. Il y apprend que sa requête est soumise à un sous-comité. Des inspecteurs doivent se rendre chez lui à Cap Maheureux. L’obstacle des 40 pieds paraît infranchissable. Il faut tenir compte d’un éventuel élargissement de la ruelle passant devant chez lui. Tout élargissement suppose la démolition partielle des bâtiments de ses voisins immédiats, fait-il remarquer. Cela est de leur ressort. Mais il est difficile au TCPB d’accorder un permis à une maison dont la façade se trouve à seulement 35 pieds du milieu de la route. Par le plus grand des mystères, Mapou finit par lui accorder un Development Permit. Il lui faut encore un Building Permit. Nul n’est capable de lui expliquer la différence entre ces deux permis. Les demandes de copies des plans et des permis déjà accordés stupéfient Percy Selwyn : cinq pour le seul ministère des Travaux, deux pour Mapou, autant pour le Logement. Les visites des inspecteurs se multiplient vainement d’ailleurs car aucun permis ne sera accordé avant la visite d’un ingénieur de l’Etat.
De rendez-vous stériles à d’autres du même acabit, Percy Selwyn met en place une contre-offensive radicale. Il suffit qu’on lui annonce que le préposé qui lui a donné rendez-vous n’est pas à sa place ou que le document réclamé n’est pas disponible, pour qu’il se mette à lire la presse du jour et, à l’épuisement de celle-ci, un roman choisi parmi les plus volumineux de sa bibliothèque. Il obtient généralement satisfaction au bout d’une heure d’attente.
Quand tous les permis lui sont remis, il apprend qu’il lui faut encore celui de la Santé. Enfin, au bout de plusieurs mois d’attente, il finit par obtenir tous les permis requis encore qu’il est stipulé que ces derniers ne sauraient constituer aucune garantie de solidité. S’il faut tant de temps, de patience, de ténacité, pour simplement ajouter un étage à son rez-de-chaussée, combien de temps faut-il, à Maurice, pour construire une usine, se demande Percy Selwyn ? Il conclut que la stagnation économique n’a rien de surprenant. Il en connaît même la cause principale.
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