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Percy Mc Gaw interviewe Paul Bérenger

27 juin 2005, 00:00

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A la fin de juin 1980, Percy Mc Gaw éprouve le besoin d?interroger Paul Bérenger, sachant qu?il est déjà un des hommes-clés de la politique à Maurice et que de plus en plus, à l?avenir, les Mauriciens devront compter avec lui, qu?il soit ou non leur leader politique préféré. Le secrétaire général du MMM craint pour l?avenir car le temps presse et Maurice dispose de moins en moins de temps pour renverser la vapeur. Il sait que le Premier ministre, Seewoosagur Ramgoolam, doit dissoudre l?Assemblée législative avant le 28 décembre 1981. Il est prêt à aller aux élections avec une équipe composée de politiciens dévoués, compétents et intègres.

Il croit au bonheur et le MMM est, selon lui, le parti de la spontanéité et de la vie. Il est en quête d?une gérance saine de l?économie. On craint pourtant le MMM parce qu?il est nouveau. On donne ensuite des prétextes à cette peur, en lui collant sur le dos des étiquettes effrayantes, du style ?parti communiste? ou encore ?parti soviétique?. Son programme gouvernemental, enrichit par une expérience parlementaire de 30 mois, s?ancre dans les réalités mauriciennes. Sa connaissance des dossiers lui permet d?estimer son programme d?autant réalisable que le port et le transport sont déjà presque nationalisés. La State Bank est opérationnelle. La part prise par les assurances dans le développement économique est toutefois jugée décevante.

L?urgence, selon le MMM, est le financement du plan de développement. Le plan mauve de nationalisations prévoit la création d?une ?Sugar Authority?, comme préconisée par la Commission Balogh. Les informations fournies par l?industrie sucrière sont décevantes car incomplètes. Le gouvernement doit connaître tous les rouages de la commercialisation, du financement, du transit de l?argent du sucre dans le circuit bancaire à l?étranger.

Avant la centralisation des petites usines sucrières non rentables, le MMM exige la reconnaissance de ses syndicats par le patronat et par le gouvernement. La nationalisation de l?industrie sucrière fait peur. Bérenger le sait. Il la lie par conséquent à une bonne gestion, elle-même précédée par une étude des capacités de production. Le MMM ne veut pas d?usines sucrières d?Etat fonctionnant aussi mal que Rose Belle S.E. L?excellence sera atteinte grâce à la participation des salariés à la gestion de l?outil de production, autrement dit l?entreprise. La rentabilité de celle-ci est une condition sine qua non. Pas question d?aucune subvention de l?Etat pour maintenir la tête hors de l?eau de canards boiteux ne sachant pas nager.

Bérenger sait qu?il faudra un changement de mentalité pour améliorer la productivité des Mauriciens. Cela est possible si l?exemple vient d?en-haut. La clé de l?avenir est détenue par les directeurs de personnel qu?il convient de distinguer des PROs (Public Relations Officers) manipulables et malléables à souhait, au gré des caprices patronaux. Le directeur du personnel a un rôle charnière à tenir à équidistance du patronat et du travailleur. Il doit jouir de l?indépendance requise pour prendre les mesures qui s?imposent.

Le même jour, Paul Bérenger avoue à Alain Gordon-Gentil qu?il vise un socialisme moderne et lucide. Il se réfère volontiers à la rigueur économique d?un Michel Rocard. AGG concède que ?par petites touches? le MMM procède à une modification progressive de son image. On récuse les excès idéologiques. Jugnauth l?a dit : ?Il n?y aura pas de grand soir révolutionnaire !? Il y a l?appel aux cadres. Il n?y aura pas place à la ?rêverie révolutionnaire?. Pas de place non plus aux représailles ni aux chasses aux sorcières post-électorales.

Quelque chose change au sein du MMM, admet Paul Bérenger. Le socialisme demeure le même mais le parti veut se doter d?outils modernes pour le construire. Il sera en tout cas ?lucide et sincère? s?intéressant davantage au concret des solutions qu?au romantisme révolutionnaire.

AGG rappelle que Michel Rocard est accusé par François Mitterrand ? pas encore président de la République française ? d?être un social-démocrate à la française. Revoilà lancé le débat sur le glissement admet Bérenger du MMM vers une social-démocratie ancrée à gauche. Fondamentalement le programme du MMM demeure celui de 1976. Le changement réside dans les mesures concrètes à prendre. Entre 1970 et 1973, des choses ont changé. Nul ne peut ni a intérêt à l?oublier.

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