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Perception relative et esthétique
Les tableaux réalistes d?Yves David ont la particularité d?ériger l?imitation de la nature en principe. L?expérience qui a familiarisé l?artiste avec la nature comme donnée catégorielle et la connaissance qu?il a de cette donnée lui ont servi de base pour sa vision esthétique. Chez lui, ce qui distingue les éléments de la nature comme objets susceptibles d?être représentés en tant qu?objets d?art n?est pas simplement un faisceau de propriétés, mais aussi une certaine relation qu?il maintient avec eux. Cela montre combien la perception est relative : une chose peut être perçue de diverses manières par le même observateur. En face d?un objet destiné à devenir objet d?art, que voit l?artiste quand il le voit ?
En peinture, les diversités d?observation et de vision soulèvent la problématique de la représentation. Dans un monde de symboles où chaque chose peut être représentée par n?importe quelle autre (un cheval par un bâton, par exemple), n?importe quoi peut représenter n?importe quoi. Dans l?histoire de l?art, cette possibilité, loin de constituer une solution, n?a fait que se développer en un n?ud gordien qui a abouti à la substitution de ?Quand y a-t-il art ?? de Nelson Goodman à la traditionnelle question de ?Qu?est-ce que l?art ??
Pour ses réalisations artistiques, Yves David a choisi de trancher le n?ud à sa manière, en adoptant la voie de ceux qui ont accepté l?idée des normes pour marquer la frontière entre les beaux-arts et ce qu?ils nomment les ?bas-arts?. Parmi les propriétés de représentation qui forment l?essence qui caractérise ses ?uvres, il y a l?imitation de la nature comme principe premier. La nature sert de modèle auquel l??uvre se veut une ressemblance. L?artiste utilise alors les lois de la perspective dans l?optique de conduire son art vers une imitation de la nature à la perfection. Pour atteindre le comble de la perfection, il fait usage des techniques des impressionnistes qui ont cherché à reproduire avec la plus grande exactitude l??image perçue par la rétine?. C?est ainsi que dans ses tableaux, l?impression visuelle touche à l?illusion presque parfaite.
Mais l?imitation a ses propres paradoxes. La perspective nourrit l?illusion de la représentation en vue d?atteindre une qualité parfaite, mais reste néanmoins illusoire. Par ailleurs, en voulant traiter l?art comme imitation de la nature, tels les réalistes impressionnistes, le peintre affirme par la même occasion sa dépendance à la nature. Cela constitue l?une des limites majeures de sa représentation artistique. La peinture reste alors chez lui en état de soumission, incapable de s?éloigner de sa dépendance à la nature. Elle ne peut pas aboutir à une forme d?autonomie artistique. Car l?autonomie, en art, suppose la condition préalable de dépasser le réel et ses conventions pour atteindre un idéal du beau dans la représentation artistique. C?est ce qu?a voulu faire l?esthétique romantique en répudiant l?imitation comme principe premier de la représentation. Et les peintres du romantisme l?ont très bien réussi. Ils ont donné à l?art son émancipation.
Mais qu?importe ! La perfection dans l?imitation n?existe pas, puisqu?il y a toujours une part d?imagination et d?invention qui se rajoute à chaque représentation artistique de la nature. C?est ce qui modifie quelque peu le style propre à l?artiste. Et, à bien y voir, l?évolution de son style n?est en réalité qu?une évolution de sa vision : une distance par rapport à celle des autres artistes. En ce sens, ses ?uvres sont authentiques, à leur manière. Cependant, malgré la qualité sublime qu?affichent les tableaux si bien réussis d?Yves David, ne devrions-nous pas nous interroger quant à l?avenir de son art si sa technique demeure pour lui une indépassable étape ? Déjà, J. F. Schlegel écrivait ?si l?imitation devait être érigée en principe, elle entraînerait la disparition de l?art?. A méditer.
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