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?Passerelle?, l?autoroute vers l?absolu

9 mai 2004, 20:00

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Faire barrage à la morosité. Ouvrir les vannes de la luminosité. Mélanger les techniques, les textures, les sensibilités. Jeter des ponts entre Maurice et la Malaisie, dans une même quête d?absolu. Le coup de pinceau alerte et appuyé, la troisième Passerelle de Saïd Hossanee ? et de ses deux complices malais, Najib Dawa et Rani Majib ? se veut un véritable antidote à la monotonie.

Pour s?en convaincre : la fleur déstructurée, baignant dans plusieurs bleu, que le peintre a intitulé Oiseau du Paradis. A travers l??il de Saïd Hossanee, les lignes géométriques de ce tableau d?ouverture, dansent devant nos yeux. Deviennent une série d?ondulations, tour à tour sillons, puis vagues. Comme un tourbillon qui entraîne, arrondit puis balaie sur son passage, les complexités de la nature. Adoucit l?allure de flèche de la fleur telle qu?elle est dans la réalité.

Sur le chemin de la plénitude, Saïd Hossanee célèbre les noces de l?acrylique avec le carton ondulé. Pour effeuiller toutes les vies de la plante, la figer dans l?état idéal de floraison, le peintre s?aide de carton ondulé, de toile de jute, de pâte à texture. Le souci avoué : empêcher l??il de retomber, inerte, sur les aplats. L?aider au contraire à dévaler de la rétine, des zones de profondeur ou de mouvement.

La cadence s?accélère au Retour des pêcheurs, le ?tableau préféré? de l?exposant. De prime abord, deux yeux ne suffisent pas pour contenir la profusion de couleurs. Des pans rouges, des étendues vertes, des espaces bleu. Le premier temps de la lecture passée, c?est comme si les cases modelées comme pour une bande dessinée, qui avait été éparpillées comme un puzzle, se remettaient en place. Bien en évidence : Le Morne. Moitié rouge, moitié vert avec un contour souligné au bleu. On devine l?intensité des efforts du personnage ? une silhouette sans traits ? aux poissons disproportionnés qu?il ramène.

Un quotidien terne s?embrase au passage d?un trio de pailles-en-queue. Alors que des courbes fuient vers l?infini, les oiseaux eux font la ronde. Donnent l?exemple. Sont le miroir ? inconscient ? ? de l?initiative elle-même : une exposition conjointe de Saïd Hossanee, Najib Dawa et Rani Majib.

?Passerelle?à l?Alliance française de Bell-Village, jusqu?au 18 mai.

Les esclaves du pointillé

  • Cultivant l?art du détail, Najib Dawa pousse le batik dans ses retranchements. Montre à travers une série d?oiseaux mythiques, ses travaux sur la ?rétromorphose?. Un voyage dans le passé pour transformer l?art. Au final : des coloriages qui rappellent ceux des enfants. En voyant le soin apporté à l?alignement des points, on imagine l?artiste penché, tirant la langue, évitant soigneusement de ne pas dépasser les contours. Comme un enfant qui ferait du coloriage. Des dessins construits autour de triangles aux angles parlants. Pointés vers le haut : synonymes de virilité. Pointés vers le bas, symboles de féminité. Montagne ou utérus, le triangle est le pallier idéal de la passerelle. Cette forme géométrique est également exploitée par Rani Majib, notamment à travers sa série de ?Triangle bird?.

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