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Passer du fuel aux sources renouvelables
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Passer du fuel aux sources renouvelables
Le pétrole s?enflamme. Toute crise, aussi bénigne soit-elle, affole le marché mondial. Le prix du baril, en cinq ans, est passé de US $ 10 pour flirter avec la barre de US $ 70. En une année, le déficit du Central Electricity Board (CEB) s?est creusé de Rs 800 millions. Le salut : les sources renouvelables d?énergie.
Le président indien, Abdul Kalam, l?a maintenu lors de sa récente visite : ?Maurice n?importera plus de charbon, de pétrole et de gaz.? Ce que le scientifique de renom propose est de réduire notre dépendance sur cette source unique en se tournant vers les énergies du soleil, du vent et des biofuels. La liste devient plus longue quand on inclut les vagues, l?eau marine profonde, le jatropha curcas et la noix de coco à Agaléga (voir hors-texte). Les sources privilégiées sont l?éolienne pour l?électricité et le biofuel. Y parvenir exige une préparation immédiate. Et c?est un énorme potentiel à exploiter.
En matière de politique énergétique, le pays est largement dépendant du pétrole et de ses dérivés. D?une part, la fourniture électrique est assurée à 53 % par des turbines du CEB roulant à l?huile lourde. De l?autre, le parc automobile carbure encore et toujours plus à l?essence, au diesel et, à un degré moindre, au gaz.
Les réserves de pétrole seront épuisées vers la fin de ce siècle, estiment les spécialistes mondiaux. Même si tous ne sont pas d?accord sur la durée de vie de ces réserves. Dans un tel cas de figure, fait ressortir Michael Atchia, spécialiste en biofuels et environnement, ?ceux ayant des réserves seront de plus en plus enclins à les garder pour leur consommation personnelle?.
La réussite économique d?un pays se mesure à sa capacité à assurer sa sécurité en énergie, en alimentation et en eau potable. ?La première est la plus importante car elle peut générer ou contribuer à la création des deux autres?, explique Arjoon Suddhoo, directeur exécutif du Mauritius Research Council. Mais ce dernier prévient qu?un tel changement ne se fera pas de sitôt. ?Nous avons commencé à recentrer notre stratégie en matière de production énergétique. Il ne faut pas se leurrer. Bouger du fuel vers des sources renouvelables prendra son temps. Ce qu?on fait aujourd?hui, on le récoltera dans 20 ans, d?où l?urgence d?agir rapidement.?
Capitaux massifs
Ces sources renouvelables non polluantes nous entourent comme l?air qu?on respire. Mais les transformer en énergie accessible à tous exige des capitaux massifs dont l?amortissement est dans la durée.
Le chauffe-eau solaire acquis à Rs 25 000 dans les années 80 est toujours là, à assurer de l?eau chaude chaque jour. Cette logique s?applique également à des projets de grande envergure. L?exemple type : la ferme éolienne que le CEB a installée sur une base pilote à Rodrigues. Trois unités qui ne produisent que 180 kW, mais ayant nécessité Rs 15 millions.
A une échelle beaucoup plus grande, des investissements dans des énergies renouvelables permettraient à l?avenir d?économiser sur la note pétrolière, d?alléger le fardeau financier du CEB et de conserver les devises étrangères. Ces montants pourront être injectés dans de projets identiques ou d?autres secteurs plus porteurs. Michael Atchia estime que la production d?éthanol à partir de la canne permettra d?économiser Rs 2,5 milliards en 2008.
Le CEB est en négociation avec des Indiens pour la ferme d?éolienne à Bigara, Curepipe, et pour étudier les possibilités de générer de l?énergie à partir des vagues en se basant sur l?expérience danoise et australienne.
En termes de sources renouvelables, le pays a montré ses limites dans un cas : l?hydroélectricité. Les barrages de Champagne, Ferney et Tamarin ne contribuent qu?à 5,7 % de la production. A titre de comparaison, le Canada, favorisé par son climat pluvieux, est le leader mondial en hydroélectricité, suivi des Etats-Unis et du Brésil. ?L?investissement massif requis ne pourra être amorti?, explique Patrick Assirvaden. Et puis le pays se doit aussi d?avoir des ressources humaines qualifiées pour mener à bien ses projets.
ÉOLIENNES
De l?électricité dans l?air
Le moulin a pris hauteur, envergure, et puissance. Ses lames tournent toujours par la force des vents. Et l?éolienne qui s?y trouve, désormais, produit de l?électricité. Le CEB, dans sa nouvelle philosophie de diversifier les sources énergétiques, implante sa ferme à Bigara, Curepipe avec 25 éoliennes, en partenariat avec la firme indienne Suzlor.
Une première expérience dans les années 80 avec un mât unique à Grand-Bassin, s?est soldée par un échec. Par contre, au cours des dix dernières années, en Europe, la capacité de production a progressé de 32 % par an ! ?L?idée est de créer encore de ces fermes à travers le pays, où chaque parc alimente une usine ou des blocs de maisons. Ce sera un bonus qui réduira notre dépendance sur l?huile lourde?, explique Patrick Assirvaden, président du CEB. Une ferme d?éolienne assure un niveau important en termes de watts, et alimente, grâce au réseau électrique déjà en place, les maisonnées des alentours. En cas d?arrêt, l?électricité du réseau national du CEB pallierait toute coupure.
Baisser sa facture d?essence grâce au biodiesel
Les projets de biodiesel se bousculent au portillon du Board of Investment. L?organisation a émis, la semaine dernière, deux lettres d?intention à deux entreprises, qui produiront du biodiesel à partir de l?huile de palme importée de la Malaisie.
La firme indienne Royal Energy avait soumis son dossier vers la fin de 2005. Des séances de travail avaient eu lieu avec les autorités locales.
La deuxième, Biofuels (Mauritius) Limited, est détenue par l?homme d?affaires Harry Sookun à travers sa compagnie First Global. Ces projets se concrétiseraient dès cette année, après des investissements globaux de quelque Rs 500 millions. Les producteurs ciblent le marché local.
A Maurice, les projets cités ci-dessus s?ajoutent à une liste déjà bien étoffée dont le pionnier est Chandni Oil qui a eu sa ?letter of intent? en 2004. Elle sera basée au port franc pour produire de l?éthanol.
Face à la hausse constante des prix des produits pétroliers, de nombreux pays se tournent vers des sources alternatives pour faire rouler les moteurs des véhicules, sous forme d?ajout à l?essence ou au diesel.
En ce faisant, le consommateur allège sa facture. A hauteur de 10 %, c?est 39 000 tonnes d?essence et de diesel que le pays importerait en moins.
Le Brésil est largement en avance dans ce domaine, grâce à sa production massive d?éthanol pour être ajoutée aux fuels classiques. Pays qui sert de modèle à l?ensemble du monde.
A Maurice, deux idées font leur chemin tranquillement. D?abord, dans le cadre de la réforme de l?industrie sucrière, l?éthanol est présenté comme une alternative énergétique.
Alcodis s?est déjà implantée dans ce créneau très porteur. La liste s?allonge encore avec les projets en gestation au Mauritius Research Council. Il est désormais question de recycler l?huile comestible à travers un processus très simple pour l?injecter à des tracteurs voire des autobus. Il suffit d?y mettre de la volonté.
Du côté du Soleil
Sa trajectoire est une routine, d?est en ouest. Pourtant, l?intensité de l?astre n?a jamais chuté. ?Le soleil est la source de toutes les énergies?, explique Arjoon Suddhoo, directeur exécutif du Mauritius Research Council. Installer des cellules photovoltaïques n?a pas la cote auprès des Mauriciens dans la mesure où l?idée n?est exécutée qu?en nombre de chauffe-eau solaire et quelques lampadaires.
Les avantages de canaliser et transformer cette d?énergie sont multiples. Elle est illimitée et gratuite. Elle permet de diminuer de façon drastique les émissions des gaz à effet de serre. Les systèmes sont autonomes et ne nécessitent pas de les relier à un réseau électrique ou de gaz naturel. Pêle-mêle, ses utilisations : chauffage de piscine et d?édifices, éclairage naturel, électricité grâce à des réseaux photovoltaïques importants et la cuisson des aliments et traitement de l?eau.
Le hic, cependant, précise Arjoon Suddhoo, est l?efficacité moindre de ces cellules, tournant entre 20 à 25 %. En doublant sa capacité, son importance sera tout autre.
Dans le creux des vagues
Cette énergie peut déplacer sans difficulté des masses humaines d?un à 200 kg. Tant à sa surface et en dessous, la mer est en mesure d?apporter électricité et économie. Le CEB a eu des séances de travail fin décembre 2005 avec les firmes Ocean Tech du Danemark et Energ Tech de l?Australie. Leur technique consiste, de manière générale, à placer et relier des bouées dans le lagon, qui, en suivant le rythme des vagues, génèrent de l?énergie. ?Des régions comme Tamarin et Gris-Gris sont idéales pour ce type de projets. Le prix est très bas. Le problème est l?instabilité, surtout en cas d?intempéries, nécessitant un soutien électrique extérieur. De plus, c?est bruyant?, explique le président du CEB.
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