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Pas de foules pour le 1er Mai 1981

2 mai 2006, 20:00

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Les syndicalistes reprochent volontiers aux partis politiques de leur avoir volé la fête du Travail pour organiser à grands frais, financés Dieu seul sait comment et combien, leurs grands-messes partisanes et autres rassemblements se voulant monstres à en juger par les centaines d?autobus et de marmites géantes de ?bryani?, affrétés à cette occasion. S?ils étaient moins amnésiques, nos politiciens pourraient répliquer qu?il leur est arrivé, dans le passé, de faire l?impasse sur leurs meetings du 1er Mai pour laisser la place aux seules forces ?vives? syndicales. En pure perte d?ailleurs. La foule n?était pas alors au rendez-vous, prouvant amplement par là que ce ne sont pas les arguments syndicaux qu?elle désire entendre mais les promesses politiques les unes plus mensongères que les autres. Une année, par exemple, le MMM a laissé le champ libre, au Champ de Mars, à un front syndical élargi, avec une assistance aussi clairsemée que lors des congrès des fédérations dispersées.

Pour le 1er Mai 1981, les principales alliances politiques ne peuvent, bien sûr, faire une telle fleur aux syndicats, compte tenu de l?imminence d?élections législatives, devant se tenir, en principe, avant la fin de 1981. Le meeting conjoint MMM/PSM/GWF remporte toutefois la palme de la meilleure affluence avec 7 500 personnes à la Place Jean-Margéot, Rose-Hill. Le PMSD d?Eliézer François (celui de Gaëtan Duval s?étant déplacé à Rodrigues pour tenir la dragée haute à l?OPR de Serge Clair) réunit, à la Place Victoria, Port-Louis, à grands renforts de chanteurs et d?orchestres, quelque 400 personnes, le va-et-vient des usagers du transport par autobus compris. Le Parti travailliste de Ramgoolam ne fait pas mieux, sur la Place du Quai, Port-Louis, pas encore éventrée par l?autoroute intra-urbaine et toujours ombragée par les magnifiques arbres (des calebassiers d?Amérique si la mémoire ne flanche pas) de la coquette place de la Poste centrale.

Plusieurs orateurs rouges prophétisent, à cette occasion, en direction de ?l?immortalité? de leur parti, prédictions parfaitement réalisées de nos jours et pour quelques décennies encore, si l?on tient compte du fait que Seewoosagur Ramgoolam a dû attendre ses 65 ans pour devenir notre Premier ministre. Que seront les adversaires actuels de Navin Ramgoolam vers 2030 ?

Le père Ramgoolam surprend son auditoire en prononçant un discours de seulement trois minutes. Le temps de rappeler que les problèmes des Mauriciens sont de la bibine comparés à ceux des Africains et des Asiatiques et que son gouvernement aspire à asseoir durablement la stabilité économique et l?unité nationale. Le MMM et le PSM ne gouverneront qu?en instaurant la dictature, ajoute Ringadoo. Les Mauriciens devront choisir entre une société démocratique et un régime communiste, précisent Kher Jagatsingh et Boolell, au grand soulagement des représentants de la bourgeoisie d?Etat, présents au meeting. Ce dernier souligne l?offre de Rs 15 millions faite au thé mauricien par l?Afrique du Sud de l?apartheid honni et accuse le MMM d?hypocrisie à l?égard de Pretoria. Kailash Purryag explique doctement que les prix des commodités montent parallèlement à ceux des produits pétroliers. Il prouve l?existence d?une dictature au sein du MMM par le départ de nombreux transfuges, accueillis à bras ouverts par le PTr. Razack Peeroo pleure la perte de 965 000 heures de travail entre 1971 et 1980, en raison des grèves de travailleurs, coupables, bien sûr, de revendiquer leurs droits avec autant d?énergie et de conviction. Il rappelle la nécessité de lois telles que l?IRA et le Labour Act.

Les chauffeurs de taxi n?apprécient guère l?initiative d?Eliézer François, leader adjoint du PMSD, de tenir le meeting du 1er Mai de ce parti, à la Place Victoria, Port-Louis, les obligeant à aller garer ailleurs leurs véhicules. Ils soutiennent que l?emplacement est assez vaste pour héberger ceux-ci et les partisans bleus. Et nous les croyons sur parole. Eliézer François et Paul Chong Leung, les deux principaux organisateurs de ce rassemblement, ont promis de faire éclater une ?Bombe 81? à cette occasion. De quoi éclater de rire, quand on connaît leur sens de l?humour. Eliézer François ne dissimule pas qu?il préfère l?aide occidentale et même impérialiste aux canons soviétiques. Le Dr K. Nundoochand, le président PMSD de la commission administrative du Port Louis, suggère qu?on change l?appellation du 1er Mai et que de fête du Travail il devienne fête du Chômage, en raison de la crise économique qui sévit à Maurice. La presse ne précise pas, si les alizés aidant, la Place du Quai entend les propos déblatérés par la Place Victoria. Il met en exergue l?exploit de Bérenger, réussissant à créer des pensionnés âgés d?une vingtaine d?années. Il fait allusion aux plus jeunes des travailleurs portuaires, ayant perdu leur emploi, en raison de la mise en place du chargement du sucre en vrac. Josias Albert, toujours du PMSD, met à nu les différents privilèges accordés généreusement aux petits planteurs, les préférés du gouvernement Ramgoolam. Il s?élève avec virulence contre ce dernier qui estime que les hindous et les musulmans pratiquent mieux leur religion que les chrétiens. Notons la présence, au meeting bleu, d?un service d?ordre essentiellement féminin. Les Iloises font école.

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