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Paroles de journaliste
Il est de bon ton de pratiquer le devoir de solidarité dans chaque corps de métier. Toutefois le risque d?une dérive vers le corporatisme est bien réel. Le monde des médias ne fait pas exception à la règle. Aujourd?hui, il s?agit de croire dans les vertus de l?autocritique car la presse écrite indépendante a déjà fait la preuve de son sens de la critique. Une critique dans un esprit constructif et dans la recherche de la mesure et du juste équilibre.
En l?absence d?institutions jouant pleinement le rôle de contre-pouvoir, dans une société qui a pris l?habitude de s?enfermer dans l?opacité et où l?effort de transparence est toujours un exercice herculéen, la mission d?information de la presse écrite indépendante a pris une grande dimension. Avec des acteurs d?une société civile atrophiée, tel le syndicalisme, tentant de protéger leur chapelle principalement, un journalisme d?opinion a souvent joué le rôle d?éclaireur. C?est ce qui explique la relation en dents de scie que le politique entretient avec cette presse écrite indépendante. A travers le temps, il y a eu des tentatives de la museler. En d?autres occasions, on a tenté de minimiser son rayonnement, de relativiser sa parole voire de la décrédibiliser. Ces journalistes qui tentent de refaire le monde dans leur tour d?ivoire. Combien de fois n?a-t-on pas entendu de telles phrases dédaigneuses!
La parole du journaliste déclame désormais qu?elle n?est pas immanente, qu?elle n?est pas infaillible. Mais qu?elle est également capable de pratiquer l?autocritique. Qu?elle se refuse de céder à la tentation de se prendre pour une parole unique devant la fascination qu?elle peut susciter chez certains. Il y a, à cet effet, le pouvoir réel des médias et cette toute-puissance des médias telle que la conçoit un certain imaginaire collectif. Il s?agit de ne pas confondre les deux. Cette parole reconnaît qu?elle peut parfois se tromper. Mais elle dit aussi qu?elle refusera de se laisser instrumentaliser. Qu?elle ne propose pas, comme le font tant d?autres, une vision manichéenne du monde. Les héros sont ailleurs. Si, dans la quête de l?information et dans l?expression de ses convictions on doit revêtir le costume de méchants, cela ne gênera pas.
Le journaliste l?admet et il le dit fort. Il ne peut y avoir ni monopole de vérité ni monopole de réflexion des journalistes. La vérité est plurielle et la solidarité confraternelle n?est pas l?«ultima ratio» de la relation entre journalistes. Sinon on deviendra comme ces agents de l?ordre qui se couvrent les uns les autres.
Objectivité, indépendance, pluralisme? il y a une tradition de presse indépendante qui transcende les aggiornamentos personnels qui pourraient exister. Cet esprit d?indépendance peut, il faut le concéder, s?accommoder d?un esprit corporatiste comme pour tout corps de métier. Aujourd?hui, la remise en question de certains réflexes, de certains automatismes devient d?actualité.
C?est cela aussi prendre le temps de s?arrêter et de s?analyser. Ainsi le caractère chevaleresque du métier et l?enjeu démocratique qui y est rattaché peuvent parfois pousser certains à assimiler contre-pouvoir à négation systématique des faits. De ces faits qui ne font pas partie de la logique et de la vision journalistiques. Car la parole du journaliste peut se laisser prendre au piège d?une vision herméneutique du monde. La critique risque ainsi d?être du degré zéro. C?est la pratique des donneurs de leçon. Des moralisateurs primaires. De ceux pour qui la moindre critique est synonyme d?une man?uvre liberticide. Cela aussi, il ne faut jamais cesser de le dire.
Cela dit, il faut insister sur le fait que le contexte de guéguerre entre journalistes et politiques confine parfois à l?ubuesque. Mais la propension à légiférer des politiques est bien réelle et elle témoigne d?une certaine peur de la liberté de la presse. Cela aussi, on n?arrêtera pas de le rappeler.
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