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Paranoïa politique

30 janvier 2005, 00:00

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Si on devait trouver un bon psychiatre pour nous livrer un diagnostic sur la classe politique, il l?aurait probablement qualifiée de grande narcissique. Serait-ce la raison pour laquelle ceux qui sont tentés par la politique enregistrent vite un refroidissement de leurs ardeurs? Avec Tengur, on a pu le voir. Il a suffi qu?il annonce son intention d?être candidat pour que son discours subisse un abêtissement extrême. On a pu le voir, il y a quelques mois, avec le candidat rouge Jeetah. Cet ancien chargé de cours à l?université promettait de belles choses pour son entrée au Parlement. On s?est vite rendu à l?évidence. Etre diplômé ès-études tertiaires n?en fait pas forcément un diplômé ès-politique. Il ne faut pas généraliser. Mais, en même temps, on ne peut pas se leurrer.

La classe politique mauricienne puise de corps de métiers spécifiques pour alimenter son bestiaire. Des travailleurs sociaux aux syndicalistes, en passant par les incontournables avocats et médecins, de même que des enseignants et anciens fonctionnaires, ce sont des catégories d?individus qui représentent grossièrement deux types de sensibilité. L?une est technique et l?autre sociale. Chacune exprime des intentions qui traduisent les préoccupations d?un vécu autant qu?elle rend compte d?une certaine stratification de la société mauricienne. Métiers de prestige et métiers traitant de pathologies sociales patentes.

Si ce n?est pas du manichéisme, on pourrait par euphémisme évoquer une thèse de complémentarité. Du moins, c?est ainsi que le marketing politique s?est organisé sur cette question jusqu?ici.

Aujourd?hui, les faits n?ont pas beaucoup changé. Il y a une importante variable tout de même. La personnalité des trois principaux leaders est l?élément crucial qui détermine le choix des éventuels politiciens. On va vers le MMM et Paul Bérenger si on accepte les rugosités structurelles d?un parti au sein duquel il faut prendre Rajesh Bhagwan pour maître avant de faire le saut vers les postes à responsabilités. Imaginez comment un tel régime puisse séduire de jeunes diplômés et professionnels intéressés par la politique! Le MMM a fait sa mue idéologique. Le marxisme-léninisme a cédé la place au libéralisme économique. Mais les structures du parti fonctionnent toujours comme celles de vieilles formations communistes. À moins d?avoir tapé dans l??il du leader, il faut donc s?armer de patience en espérant que ses mérites seront suffisants pour grimper les échelons du parti.

Au Parti travailliste, une problématique d?un autre genre se pose. Ici, on peut plus facilement accéder aux postes de prestige au sein du mouvement. On peut aussi plus aisément s?accommoder d?un leader qui a, lui-même, une grande propension à composer avec des sensibilités diverses. Ce n?est pas tant une question d?ouverture d?esprit. Ce serait plutôt une stratégie de renforcement du parti fondée sur l?acceptation de tous ceux et celles qui ont un certain crédit électoral. Lorsqu?on est ambitieux et qu?on veut vite accéder à un statut prestigieux, le PTr représente la plate-forme idéale. Pour les autres, ceux dont la démarche n?est pas uniquement électoraliste, il faudra voir ailleurs.

Ailleurs, il ne reste pas grand-chose sinon le MSM. Les dernières adhésions et recrutements du MSM témoignent du positionnement de ce parti. Entre les deux grands partis historiques, le MSM incarne un parti pont aux yeux de ceux qui aspirent à un engagement politique. C?est l?atout, mais aussi la faiblesse de ce parti. Composé essentiellement d?anciens MMM et des disciples du jugnauthisme, le MSM, version Pravind Jugnauth, est un mouvement à la recherche de son identité politique. C?est cette aventure qui peut intéresser d?éventuels candidats. C?est, en fin de compte, un pari. Mais, au fond, il n?est pas si risqué que ça.

Le panorama n?est finalement pas si attirant. Il pourrait même repousser plus d?un. Surtout lorsqu?on a une classe politique qui souffre autant de paranoïa.

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