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Paradis duty-free, une réforme par étapes
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Paradis duty-free, une réforme par étapes
Transformer les Galeries Evershine à Rose-Hill en Galeries Lafayette? L?idée est séduisante mais la tâche risque d?être ardue. Le Premier ministre par intérim et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, l?a confirmé samedi : le gouvernement travaille bel et bien sur le projet de faire de Maurice un paradis du shopping duty-free.
Ce projet consiste à enlever les droits de douane sur une série de produits. Parmi, la bijouterie et les pierres précieuses, l?électroménager, la maroquinerie, les parfums, les vêtements, les montres et l?équipement audiovisuel.
Selon nos informations toutefois, le gouvernement aurait du mal à mener une telle révolution d?un coup. ?A mon avis ce sera difficile de le faire en un seul exercice budgétaire. A moins de trouver immédiatement d?autres sources de revenus, nous serions obligés de couper les dépenses et cela sera difficile. Nous sommes dans une année électorale?, analyse un membre du gouvernement.
Les revenus douaniers sont estimés à Rs 4,3 milliards sur des taxes indirectes globales de Rs 25,3 milliards pour l?année financière 2004-2005. Un manque à gagner de cette ampleur serait difficile à absorber d?une année à l?autre. Mais ce n?est pas un obstacle insurmontable. Etalée sur plusieurs années et bien planifiée, cette abolition des droits de douane peut-être compensée par d?autres sources de revenus, avec une meilleure collecte des différents impôts directs et indirects, pense-t-on à l?hôtel du gouvernement.
En tout cas, s?il existe un fort courant d?opinion selon lequel le projet est difficilement réalisable en un seul exercice, l?idée de faire de Maurice un paradis duty-free est sérieusement à l?étude et pourrait se concrétiser en plusieurs étapes.
Elle pourrait être mentionnée dans le prochain discours du budget. Mais les spécialistes font comprendre qu?il ne faudrait pas confondre les baisses annuelles de droits de douane qui découlent de nos engagements auprès de l?Organisation mondiale du commerce et des blocs régionaux tels que la Southern Africa Development Community (SADC) et du Comesa avec le projet d?un ?duty-free Mauritius?, même si ce processus est un des fondements du projet.
Au gouvernement, ou plutôt du côté de l?alliance au pouvoir, il y a ceux qui souhaiteraient que ce projet soit formellement inscrit au programme électoral MSM-MMM en vue des prochaines consultations législatives. Mais il y a également ceux qui pensent que ce serait un engagement qui limiterait la marge de manoeuvre du ministre des Finances du prochain gouvernement.
Il existe déjà des magasins duty-free, notamment dans le domaine de la bijouterie et de la joaillerie, qui offrent aux touristes la possibilité de se faire rembourser les droits de douane sur leurs achats. Si Maurice était effectivement transformée en un ?duty-free paradise? comme Singapour et Dubayy, tous les commerces du pays seraient des boutiques hors taxes, non seulement pour les touristes, mais également pour les Mauriciens, car toutes les importations seraient exemptes de droits de douane.
Si l?idée n?est pas nouvelle, elle a fait l?objet d?un regain d?intérêt récemment dans le sillage de l?affaire Ralph Lauren. Certains des opérateurs de ce secteur ? qui a été frappé d?interdiction à la suite d?actions légales engagées par la maison-mère américaine ? ont émis l?idée de se recycler dans la commercialisation de produits de luxe, dans la mesure où ils disposent déjà du réseau marketing et commercial. La visite à Maurice d?Ali Mansoor, haut cadre de la Banque mondiale qui préconise fortement cette politique dans le cadre de la restructuration économique du pays, a contribué à renforcer ce concept d?une île Maurice hors taxes.
<B>Pouvoir de marchandage</B>
Certains membres du gouvernement pensent qu?il est même possible d?aller plus loin : pourquoi ne pas aussi rembourser la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur les achats des touristes ? A un taux de 15 %, la TVA représente effectivement un désavantage si Maurice veut concurrencer les autres paradis duty-free de la planète.
Le projet de faire de Maurice une ?duty-free island? ne sera viable que si le pays se transforme effectivement en une destination-phare alliant shopping et tourisme. Si on rate le coche, la détaxe risque de faire plus de mal que de bien sur le plan économique.
La détaxe intégrale ? droits de douane et TVA ? a le potentiel d?attirer davantage de touristes ou du moins de faire dépenser plus aux 700 000 visiteurs que le pays accueille annuellement.
Les institutions du secteur privé accueillent favorablement l?idée de faire de Maurice un paradis duty- free. Les producteurs locaux y gagneront aussi si certains intrants connus comme étant des produits semi-finis sont détaxés. L?industrie y gagnera en compétitivité.
Mais l?abolition des droits de douane ne suffira pas. Il faudra aussi revoir tout l?encadrement et la structure du commerce à Maurice, soutient un observateur avisé du secteur privé.
Pour concurrencer les autres paradis du shopping, il faudra que les commerces réduisent considérablement leurs marges. Or pour y arriver il faudra introduire davantage de compétition dans le système. L?implantation, à Maurice, de grands réseaux de distribution sera nécessaire. Seuls les grands opérateurs mondiaux disposent d?un pouvoir de marchandage adéquat pour obtenir les meilleurs prix auprès des fabricants. Et sans une baisse de prix significative, Maurice ne pourra concurrencer les autres paradis du shopping.
La révolution qu?implique le concept de duty-free island veut également dire que le pays devra attirer les grandes enseignes et marques du grand luxe international. Qui dit plus grande compétition implique aussi la nécessité de remettre en question le concept de représentation exclusive des marques qui est une pratique courante à Maurice.
Le gouvernement a encore du pain sur la planche.
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